20080301 l'argent

L’ARGENT


                         Animateurs : François de Geuser, François de Bez, Jean Varnet





I- L'argent dans le temps et dans l'espace    

1/ dans le temps                                  

L’argent existe bien en tant que thématique, maître ou valet mais il a souvent joué le rôle du diable. Déjà Aristote conseillait de ne pas accumuler l’argent même si la richesse était plutôt considérée comme un don du ciel. Plaute critique surtout l’avarice.

Avec la Bible l’argent est plutôt diabolisé : les riches sont souvent décrits comme malhonnêtes et JOB lance ses anathèmes contre les riches. L’argent n’est plus dans le plan de Dieu. Il convient de s’en méfier.

Au  Moyen Age, en même temps que l’intérêt, l’enrichissement et la fortune sont condamnés, de même que le riche. Le poids des œuvres et de la charité devient prépondérant.

Sous la Renaissance, l’argent n’est ni maudit ni sacré : c’est un instrument d’échanges et de progrès.

Au siècle des Lumières, la multiplication des signes monétaires et leur utilisation judicieuse est un instrument essentiel du progrès.

La révolution industrielle va changer les rapports avec l’argent (cf « enrichissez-vous » de Guizot). La critique socialiste va à son tour apporter une réflexion sur  les moyens de changer la société pour y faire régner la justice. 

L’ambiguïté de l’argent reste entière et sa mythologie également.


2/ dans l'espace

Les appréciations sont très différentes selon les pays.

Aux Etats-Unis, faire de l'argent apparaît comme la destinée de l'homme ; le rôle de l'Etat n'est que secondaire.

En Russie (URSS), la valeur de l'argent était fixée par l'Etat

En France, l'argent est objet de méfiance, d'où le secret autour des revenus réels ou l'absence de critères rationnels pour la justification de la fortune : ce qui est normal pour Zidane ne l'est pas pour tel actionnaire ou tel industriel.


II- Ce que disent les Evangiles et la Doctrine sociale de l’Eglise


Dès le début de la Bible, il est bien précisé que la terre appartient d’abord à Dieu qui l’a confiée à toute l’humanité. « Nous sommes, pour ainsi dire, mandatés par Dieu pour gérer argent et biens, pour leur faire produire du fruit au bénéfice de toute l’humanité » (texte du Secrétariat de la Conférence des évêques de France -2000).


1/ L’argent est un outil, un moyen d’échange pour favoriser la croissance économique et le développement des peuples.


2/ Mais cet outil peut devenir une idole. Fait pour servir, il peut asservir.

La parole du Christ est très claire : Vous ne pouvez servir deux maîtres, Dieu et l’argent (Luc 16/13). Il est donc trompeur et peut nous faire tomber dans 2 pièges :

-     l’aliénation de la personne dans l’avoir. C’est la parabole du riche insensé

(Luc 12. 16-21) : l’argent n’étanche pas la soif d’accumulation, bien au contraire.

-     La rupture avec les autres. C’est le sens de la parabole de Lazare et du riche

(Luc 16, 19-31) : plus on est riche plus on risque de ne plus voir et entendre les autres.


3/ La conversion évangélique  prend 2 formes principales :

-     le partage ;

-     tout quitter (c’est François d’Assise), et le voeu de  pauvreté.


4/ La doctrine sociale de l’Eglise a traduit ces préceptes en énonçant 2 principes fondamentaux :

-     la destination universelle des biens : Dieu a donné la terre à tous les hommes sans exclure ni privilégier personne ;

-     le droit à l’usage universel des biens : chaque personne doit avoir la possibilité de jouir du bien-être nécessaire à son entier développement.


III- Que peut-on faire à titre individuel ?

«  On n’est pas toujours maître de nos recettes, mais on est responsable de nos dépenses »

(Père Perrot. s.j).

-     comme consommateur : encourager le commerce équitable (exemple du café…) ; être acteur plutôt qu’esclave de la société de consommation ; ne pas systématiquement tirer les prix vers le bas (travaux d’artisans…) ;

-     comme emprunteur : éviter les cartes de crédit multiples; surveiller et négocier les taux d’intérêt ; ne pas vivre en dessus de ses moyens ; si le crédit est normal pour des achats exceptionnels, il devient dangereux comme moyen de financement permanent ;

-     comme épargnant ou investisseur: encourager la micro finance (ADIE par exemple) et favoriser les placements éthiques et l’épargne solidaire (Finansol ; habitat et humanisme, etc.) ;

-     comme donateur : donner de son temps plutôt que de l’argent ; donner en argent plutôt qu’en nature (liberté du bénéficiaire) ; ne pas tout attendre de l’Etat et des collectivités publiques ;

-     comme citoyen : payer ses impôts et ses contraventions. Cependant, le sentiment d’appartenance commune à une collectivité locale ou nationale est caché par la forêt impénétrable de la fiscalité.

-     comme croyant ou chrétien : les trois religions monothéistes associent toujours 3 thèmes inséparables (carême ou ramadan) :

o    le jeune : conversion par rapport à soi-même ;

o    la prière : conversion par rapport à Dieu ;

o    l’aumône : conversion par rapport à l’autre.


IV- Pour aller plus loin

Les chrétiens et l’argent. Etienne PERROT (Cahiers pour croire aujourd’hui. Assas Editions 1994 )

Déclaration du Conseil National de la Solidarité et de la Commission sociale des évêques de France. Documentation catholique 2 juillet 2000. Semaines Sociales de France 2003 : l’Argent. L’argent dans la Bible. Pierre DEBERGE (Nouvelle Cité 1999)

 
Dernière modification : 30/01/2009