LA DOCTRINE SOCIALE DE L'EGLISE
DEPUIS LE CONCILE VATICAN II
Animateur : Charles Neveu
1/ Charles rappelle en introduction que le Concile a produit 4 constitutions et des décrets.
Les 4 constitutions portent sur l'Eglise : Lumen Gentium, La Révélation, La Liturgie et l'Eglise dans son temps (Gaudium et spes).
L'Eglise s'est mise en dialogue avec le monde d'aujourd'hui et la doctrine sociale fait partie de sa mission d'évangélisation. L'Eglise préconise une évangélisation dans le dialogue, ce qui postule l'échange et la réciprocité.
Charles nous présente ensuite, tirés de sa bibliothèque, les types de documents qui nourrissent la doctrine sociale de l'Eglise. C'est d'une richesse considérable : tous les sujets fondamentaux touchant l'homme, la société, le monde économique, …sont abordés de façon très approfondie.
On distingue :
- les sources : l'Ancien et le Nouveau Testament
- les textes du concile
- les textes des papes (encycliques le plus souvent)
- les textes des épiscopats nationaux
- les textes locaux au niveau des diocèses
Charles nous expose ensuite le plan de Gaudium et spes :
La Constitution pastorale "L'Eglise dans le mon d'aujourd'hui" comprend deux partie, mais forme un tout. On l'appelle Constitution "pastorale" parce que, s'appuyant sur des principes doctrinaux, elle entend exprimer les rapports de l'Eglise et du monde, de l'Eglise et des hommes d'aujourd'hui. Aussi l'intention pastorale n'est pas absente de la première partie, ni l'intention doctrinale de la seconde.
Exposé préliminaire : la condition humaine dans le monde d'aujourd'hui.
La première partie (l'Eglise et la vocation humaine) expose en quatre chapitres la doctrine de l'Eglise sur l'homme, sur le monde dans lequel l'homme est placé et sur sa manière d'être par rapport à eux :
- La dignité de la personne humaine
- La communauté humaine
- L'activité humaine dans l'univers
- Le rôle de l'Eglise dans le monde de ce temps
La deuxième partie (De quelques problèmes urgents) expose en quatre chapitres également la façon dont l'Eglise envisage plus précisément certains aspects de la vie et de la société contemporaine, notamment ceux qui paraissent revêtir aujourd'hui une spéciale urgence :
- Dignité du mariage et de la famille
- L'essor de la culture
- La vie économique et sociale
- La sauvegarde de la Paix et la construction de la communauté des nations
Il s'ensuit que, dans cette deuxième partie, les sujets traités, régis par des principes doctrinaux, ne comprennent pas seulement des éléments permanents, mais aussi des éléments contingents. Leur lecture n'est pas pour autant dénuée d'intérêt. L'insistance sur la culture, sur l'appel à éviter la guerre, l'importance de la famille ne sont pas sans question pour notre aujourd'hui.
2/ Charles nous propose ensuite de faire un plongeon dans le chapitre I de la première partie sur "La dignité de la personne humaine".
Les points de réflexion sur les quels nous nous arrêtons sont nombreux :
- L'homme à l'image de Dieu : cela est vrai pour tout homme (même les non croyants !)
- La constitution de l'homme : son unité, corps et âme
- Le corps : Dieu s'est incarné, cela doit renvoyer à des thèmes concrets (la faim dans le monde, la beauté corporelle, la sexualité, les loisirs, …) mais aussi le corps social
- L'âme / l'intelligence / la sagesse / l'amour du vrai, du bien
- La dignité de la conscience morale : la responsabilité de la conscience, le discernement sur ce que l'on a à faire ou ne pas faire, …
- L'Eglise en appelle à la conscience, "ne dicte pas", mais propose des repères pour éclairer notre conscience
- La grandeur de la liberté qui détermine notre construction propre par des choix conscients et libres dans le cadre des repères proposés (cf aussi Centesimus annus)
- Le mystère de la mort : l'homme est porteur d'éternité
- Le Christ "Homme nouveau", qui récapitule toute forme d'humanité. C'est dans notre humanité (y compris sociétale) que le Christ nous appelle à construire et continue à nous donner sa grâce pour avance dans cette construction.
3/ Les échanges qui ont suivi sont partis de la question :
"En 2008, pour nous, qu'est-ce que la dignité de l'homme ?"
a/ Assez vite un point central se dégage : la personne. Aujourd'hui on ressent comme essentiel que chaque homme puisse être reconnu comme une personne.
Cela passe par le respect, par la nécessité d'entrer en dialogue …
Il y a un véritable acte de foi à poser dans le potentiel de toute personne
Car "la gloire de Dieu c'est l'homme accompli" (Saint Irénée) que l'on traduit aussi par "la gloire de Dieu c'est l'homme debout".
b/ Un autre point de réflexion a porté sur la liberté : qu'en fait-on ?
- Liberté intérieure : être capable de poser des actes libres
- Liberté sociale : on n'a pas le droit de faire n'importe quoi !
- Liberté et responsabilité sont donc profondément liées
c/ Ensuite vint la question pratique : "La dignité de la personne : que faire ?"
En particulier :
- Comment favoriser le dialogue ?
- Comment les hommes peuvent-ils dialoguer entre eux pour trouver des solutions aux problèmes ?
- Le dialogue des générations
- Le dialogue culturel
Une proposition : tenir un langage qui exprime cette conscience de la dignité de toute personne humaine, par exemple parler d'une personne au chômage et non d'un chômeur, parler d'une personne handicapée et non d'un "handicapé" (car un "handicapé" est d'abord et fondamentalement une personne).
C'est une question d'attitude spirituelle par rapport aux personnes! Et cela permet de poser le dialogue sur des bases saines et non idéologiques.
d/ Un dernier point de réflexion a porté sur "le combat pour la culture et l'éducation" car la dignité de la personne, ses possibilités de développement et d'accomplissement passent par son accès à l'éducation et la culture.
Or aujourd'hui la lutte contre la pauvreté mais aussi la lutte contre la les fondamentalismes religieux de tous poils (américains comme islamistes) est gravement menacée par le recul de la culture. On peut rester fidèle à ce que le siècle des lumières a prôné contre les fanatismes : l'éducation et la culture.
Nous avons vivement remercié Charles Neveu de ses apports et de la qualité de cette rencontre.
Le principe est retenu de lui demander de temps en temps d'introduire un de nos samedis matins.