MORALE ET LIBERTE
A LA LUMIERE DE LA PENSEE SOCIALE DE L'EGLISE
Animateur : François de Geuser
Ce thème avait été proposé par François de Geuser avec une invitation à le préparer par quelques lectures et par deux méditations : St Jean (ch 5 v 16 à 20 et 30) et Deutéronome (ch 30 v 15 à 19).
1/ Introduction des deux points de méditation (Charles Neveu)
St Jean : il s'agit de la guérison d'un grabataire un jour de sabat. Or le sabat fait partie de l'identité juive. Faire œuvre ce jour-là est donc s'attaquer à un mur maître de l'identité juive. En fait Jésus nous déplace d'une relation d'obéissance à une relation avec son Père. C'est passer d'un système légaliste à une relation de foi. Nous sommes invités à regarder l'œuvre du Père : ce n'est pas une affaire de morale. De notre relation avec ce Père découle nos comportements.
Deutéronome : il s'agit de savoir si nous voulons choisir la vie par l'alliance ou non. Un choix demande de la persévérance. Par quels moyens rendre efficace ce choix dans le temps ? Nos comportements de tous les jours sont une mise en pratique de ce choix. Cette relation d'alliance est un appel à la conversion permanente.
2/ "Morale et Liberté" (présentation de François de Geuser)
Il est curieux de constater que l'on parle de morale on est souvent conduit à s'exclure les uns les autres. C'est que la morale n'est pas quelque chose de simple.
Les références dans le Compendium sont diverses. Il en ressort que le christianisme n'est pas une morale. Cela a des conséquences sur les rapports entre droit et morale chrétienne et sur les rapports entre liberté et responsabilité.
2a/ L'alliance
La foi en Dieu est fondée sur une alliance et cette foi doit se traduire dans la vie. Il s'agit ici de concilier St Paul (il n'y a que la foi qui sauve) et St Jacques (s'il n'y a pas les œuvres …).
Deux types de théologies : la dogmatique et la morale (comportements sociaux et privés).
La morale : depuis le décalogue et ensuite dans tous les textes, l'alliance a quelque chose de quasi juridique. Dans les alliances successives de Dieu il y a toujours cinq parties :
- on nomme les parties (Dieu, le vivant face à l'homme, Moïse, …). Dieu se nomme d'abord.
- ensuite il y a une histoire, un récit (cf. la Genèse) où l'on voit que Dieu nous a donné le monde, la création, et il a vu que "cela était bon". Dieu a fait des promesses, a donné la victoire à Israël à la sortie d'Egypte. Dieu a donné son amour.
- l'objet de l'alliance est désigné : "Je serai ton Dieu et tu seras mon peuple". "Tu accompliras mon dessein".
- les stipulations, la loi. Elles ne viennent qu'en 4ème position (613 prescriptions dans la loi !). Dans le décalogue : 2 commandements seulement sont sur un mode affirmatif. Les 8 autres sont négatifs : 4 sont cultuels, les autres sont éthiques. 3 sont des appels vers Dieu, vers la lignée, l'histoire, le prochain : c'est que l'alliance est une relation (en perdant la relation de la lignée, on se perd).
- Les sanctions (jugement de Dieu). Les témoins (Dieu en appelle à tous les peuples).
Le décalogue : 10 paroles.
- Les commandements négatifs : ce sont des barrières assez fortes. Question : où vivre la liberté quand il y a des barrières ?
- Les commandements positifs constituent des liens de communion (famille, société). Le sabat c'est prendre une journée pour reprendre du souffle dans le lien social.
"Je suis celui qui suis" : comment "être" en suivant le décalogue ? Et non chercher à "avoir" (le meurtre, le vol, sont comme vouloir posséder l'être de l'autre) ? La doctrine sociale de l'Eglise est une anthropologie qui met l'homme au cœur de l'économie.
2b/ La morale. Ce n'est pas un appel à suivre des prescriptions. C'est un rappel des multiples dons qui précèdent la loi (la liberté, l'amour), car avant de recevoir la loi Israël était esclave, sous la loi d'un autre et donc comme hors-la-loi. Ce n'est qu'après avoir rendu sa liberté à Israël que Dieu va lui donner sa loi, va le rendre autonome pour lui permettre d'exercer sa loi qui est l'expression de l'amour de Dieu. C'est par amour qu'Israël va observer sa loi.
Le sabat introduit la notion de temps: il faut des moments pour vivre la relation à Dieu, aux autres, à soi.
Tous les commandements négatifs définissent un cercle d'interdits à ne pas transgresser car au-delà de la limite du cercle il n'y a plus d'amour possible, de relations possibles. L'intérieur du cercle est le lieu de la relation à Dieu, aux autres, de la liberté. L'intérieur du cercle est l'objet même de l'alliance, c'est-à-dire l'amour. La loi de l'alliance est celle de l'amour. Et il n'y a pas de "prescriptions" à suivre pour l'amour …
C'est la bonne nouvelle reprise par le Christ qui ne donne pas une loi (si ce n'est le rappel du principe fondamental de l'amour). Il nous enseigne ce que veut dire cette loi d'amour (les béatitudes) et il enseigne longuement les disciples. La vie chrétienne est un apprentissage de la volonté du Père.
La morale selon le Christ est une morale libératrice, inscrite dans les limites de l'amour où nos choix doivent être libres pour le tête à tête avec Dieu.
3/ Les échanges qui ont suivi sont partis de la question : "Dieu a-t-il un plan pour nous ?"
Un plan ou une mission donnée ? "Lève-toi et marche". Nous avons tous une place à trouver (cf. Soeur Emmanuelle") Mais il n'y a pas de plan prédéfini. On chemine en puisant des ressources en Dieu. Dieu nous donne plutôt des objectifs. Il croit en nous et nous appelle à la liberté et à la responsabilité.
Le chemin est un chemin de progrès successifs. Comme dans la bible (progrès successifs du peuple de Dieu), à chaque étape nous sommes ramenés à la relation à Dieu : à ce niveau c'est une affaire personnelle. Il y faut du discernement (basé sur la conscience qui doit être formée par l'enseignement et la transmission du message du Christ). Il y a aussi à s'initier à la prière. La foi d'aujourd'hui est très liée à l'évolution de la société : la montée de la conscience individuelle appelle à une foi beaucoup plus personnelle.
Il y a pour chacun une question de fond dans chaque situation : "Ce que je pense faire est-ce bon finalement ? Quel est le bien à rechercher tous comptes faits ?" Question de discernement, d'éthique. La doctrine sociale de l'Eglise donne des repères (et non un code) engageant la responsabilité personnelle.
Cas concret : le travail du dimanche. Il y a le commandement de Dieu au départ, mais il faut trouver les arguments de raison. Les biens en cause sont de taille car il s'agit d'inscrire dans le rythme de la semaine un temps consacré au vivre ensemble hors des contraintes du travail : temps consacré à la vie personnelle, familiale, culturelle, spirituelle pour les croyants comme pour les non-croyants, …
Le discernement ? Comment ? On ne peut utiliser que sa conscience … mais on ne peut y arriver tout seul. Nécessité du travail en groupe pour discerner en conscience en partant des repères et valeurs (doctrine sociale de l'Eglise), en se donnant une méthode (principe de réalité) et en faisant la part des contraintes extérieures dans lesquelles notre liberté doit trouver les voies de passage.