TÉMOIGNAGE: ALLIANCE RELIGION ET POLITIQUE
Je voudrai partager, avec vous,un constat : Lyon est une terre de dialogue. Puis je voudrai lever une contradiction apparente qui a couru tout au long de cette session.
Lyon, une terre dedialogue :
Comme beaucoup de participants,j'ai été frappé par la qualité du dialogue entre les acteurs lyonnais. Dialogue entre les religions qui vous sera présenté tout à l’heure, dialogue avec les hommes politiques, dialogue social qui fait de cette terre lyonnaise, une terre d'intelligence, une terre de résistance, une terre d'innovation sociale.
Tout compte fait, cela ressemble assez à la Bretagne. Comment ne pas évoquer ici la figure du père Lebret, originaire du Minihic sur Rance, lançant l'aventure 'Economie et Humanisme à Lyon
Que nous ont dit les hommes politiques locaux?
M. Gérard Collomb, maire de Lyon. nous a rappelé que Lyon était le berceau des sessions des semaines sociales. A ses yeux, Lyon a aussi une forte tradition de dialogue inter religieux.
M. Michel Mercier, Président du Conseil Général du Rhône, a évoqué la tradition du christianisme social à Lyon. En tant qu'homme politique, il s'inquiète de la crise sociale qui va s'amplifier et il demande aux religions d'apporter une force spirituelle pour nourrir l'humanisme. ( Petite parenthèse : Michel Mercier (UMP) est un des leaders de l'opposition contre la généralisation du travail le dimanche).
M.Jean-Jacques Queyranne, Président du Conseil Régional, nous a généreusement rappelé les horreurs, les crimes, les fanatismes, les conflits, les intolérances des religions et tout particulièrement du catholicisme ! Heureusement la république, s'appuyant sur la seule raison, a séparé les sphères du religieux et du politique pour fonderl a laïcité à la française que tous les pays du monde nous envient ! A ses yeux, les religions et d'autres ont une responsabilité pour redonner du sens à l'humanisme et nous écarter du« vase noir de l'obscurantisme »
En écho, le Cardinal Barbarin ne manqua pas de brandir les bannières des guerres de Vendée
Mais trêve de plaisanterie, j'ai personnellement apprécié que ces choses soient dites publiquement. Je crois que c'est un bon moyen de faire reculer cette guerre civile larvée que nous vivons parfois à propos des religions et de la laïcité dans notre pays.
Comme de nombreux intervenants nous l'ont expliqué, nous nous rapprocherons peut-être ainsi des autres pays européens qui ne savent pas traduire le mot «laïcité» et qui vivent en général une coexistence apaisée et coopérative entre l'état et les religions. Montaigne, en son temps, avait observé cela !
Une apparente contradiction :
Une apparente contradiction fut constamment présente au cours de cette session de Lyon. En effet, d'un coté,nous constatons une forte diminution des pratiques religieuses et une perte d'influence des institutions religieuses dans la sphère privée des populations.D'un autre coté, et de façon assez inattendue, nous constatons un certain “retour du religieux” dans les sphères politiques et médiatiques. Cela est dû, en partie, à l'irruption de l'Islam.
Historiquement, nous avons tous en tête cette sécularisation du religieux qui a progressivement gagné notre pays depuis la Renaissance. Mais nous oublions que dans nos croyances collectives, la religion fut remplacée par une sacralisation de la raison, de la science, du progrès, des savoirs et de la politique. Or ces mêmes institutions sont aussi en phase de sécularisation avancée. Qui croit encore au progrès ? La science fait-elle encore rêver? La politique n'est-elle pas désenchantée et les savoirs désacralisés.
C'est parce que les institutions religieuses et les institutions politiques sont en perte de vitesse qu'elles se retrouvent pour s'instrumentaliser, coopérer ou s'entraider. Les deux constats,à savoir, la baisse de la pratique religieuse et le retour du religieux, ne s'opposent pas; ils ont même une cohérence interne.
Devant la fragmentation sociale, l'individuation et l'isolement des êtres, nos sociétés s'interrogent. Nous sommes en recherche de sens et de valeurs. Le débat est autant en chacun denous qu'entre nous. Il nous faut faire preuve là de discernement. Pour cela, je vous recommande l'intervention de Mme Hervieu-Léger, sociologue,