TÉMOIGNAGE : LES RELIGIONS EN PROCÈS
Madame Danièle Hervieu-Léger, sociologue des religions est intervenue sur le thème « Les
religions sont-elles dangereuses ? ».
Il y a 30 –40 ans cette question aurait paru un peu incongrue.Les religions étaient de plus en plus refoulées dans la sphère privée. Il y avait un consensus sur le fait que les religions ne représentaient pas une menace. Ce n’était pas un objet sociologique majeur.
Le renversement est assez saisissant depuis 30 – 40 ans. Il y a un retour des religions comme un objet de controverse, dans tous les pays démocratiques, avec l’arrivée de nouvelles religions, de dérives sectaires, d’intégralisme religieux. Il y a une méfiance sociale à l’égard du religieux et l’on oppose bonnes et mauvaises religions, les mauvaises étant toujours celles des autres.
Les société démocratiques, en ayant construit un cadre peuvent penser qu’elles se sont protégées de la dangerosité des religions. Mais elles découvrent que cette paix des religions est extrêmement fragile. Les religions s’affirment face à la logique del ’individualisme, à l’affaissement de la transmission, à l’effet de déculturation.
Les religions sont de formidables recours et proposent un cadre stable et deviennent alors un danger inhérent au religieux lui-même car concurrentes des processus politiques de la vie en commun. Cette paix des religions est donc indexée sur la vigueur du politique.
Comment les religions
peuvent-elles prendre position ? 3 voies possibles.
La première, se saisir de cette conjoncture comme une opportunité pour rétablir les droits publiques de la religion. C’est une voie rétrogressive. Les mouvements qui la prônent n’ont à priori aucune chance d’aboutir.
La seconde voie est celle de l’apaisement éthico-symbolique. La religion s’offre comme une alternative soft au déficit de sens des sociétés modernes sur le terrain des valeurs et celui du
symbolique : souci de l’autre, préservation de la communauté humaine,protection de notre planète. Il y a une limite : la réussite de l ’acculturation séculaire des valeurs religieuses dans la société moderne.
Une autre voie est-elle imaginable ? Ce serait une interpellation capable de rétablir en permanence l’écart entre le sens de la fondation des religions et la recherche du sens partagé. Il s’agit de partager un énorme travail de relecture de la tradition. C’est ce qu’elle appelle une voie mystique. Alors, les religions participent au lien social sujet traité dans l’Atelier « Religions et cohésion sociale » dont la synthèse va vous ètre présentée .