Mgr Dubost


État de sûreté et État de droit

A propos de la Loi de rétention de sureté


Mgr Michel Dubost

Évêque d’Evry, Président de Justice et Paix


Trois questions sont mises en exergue :


1° Qu’attend on de l'État ?

Est-ce dormir en paix, dans la Société qui nous protège ? dormir sans souci ? L'État doit avoir une véritable puissance pour assurer la sécurité. S’il n’y a pas de sécurité à Paris, le désordre vient vite …Le terrorisme amène des changements dans le comportement de l'État , qui doit en tenir compte pour la sécurité intérieure et extérieure .

Il y a une utilisation du terme de sécurité dans de multiples domaines, alors que l’offre de sécurité diminue , que l'État n’assure pas  ( cf Tchernobyl , la crise financière …) . L'État est dépassé ; colonial , totalitaire, il a fauté et développé l’arme atomique contre un ennemi potentiel. L'État voit l’un de ses fondements vaciller .

L'État est garant d’une communauté de vie, par le lien social ; l'État institue chacun comme citoyen  ( et la suppression des droits civiques est une punition ) , avec les responsabilités qui sont liées. Cela est remis en cause actuellement : nous lui demandons une protection, comme au temps de l’ancien régime elle était attendue du roi, sans vivre notre citoyenneté dans la société. 

Dans l’action de l'État, quel est le rôle de la loi ? Elle n’est plus un moyen de régulation pénale, mais un moyen de communication, ou de régulation politique .


2° Qu’est ce que la Justice ?

C’est ce qui est droit, ce qui conduit à être juste. La vertu de la Justice, c’est l’identification de ce qui est juste, pas forcément de ce qui est en application de la Loi.

Trop de lois entraine une abstraction de la Loi, du Droit et de sa grandeur, quand il permet de régler les conflits entre personnes le mieux possible. Mais la Loi est si complexe que les habiles s’en servent au détriment de la Justice 

La loi est faite pour être « exemplaire », traiter de questions concrètes concernant les relations humaines. La même tendance vers l’abstraction est aussi le fait de l’argent, quand il ne permet plus de voir les relations humaines qu’il traduit.

Le besoin de justice se fonde sur l’injustice. La loi est nécessaire, mais seconde : il y a d’abord nécessité de remise en ordre, besoin de justice. La loi apporte la distance pour permettre que le lynchage n’existe pas. Elle peut faire accepter un ordre injuste, constituer un filtre au désir de vengeance.

Il faut réunir à nouveau l’offensé et l’offenseur dans un équilibre judiciaire.

L’impact du terrorisme. Ennemi intérieur, extérieur, tout est suspect, alors que la transparence des charges, des interdictions est nécessaire. Doit on agir comme en temps de guerre et ne pas prendre de temps pour cela ?  Au contraire, comme cela menace de prendre du temps, on développe une culture générale de « l’agir vite » et ce qui marche pour le terrorisme, marche pour le délinquant sexuel. Mais ainsi, c’est la protection des libertés, des libertés des faibles, qui est en cause. La Justice protège les victimes et les curés protègent les coupables .
Les médias ont imposé l’ère du « tout de suite » et de la réaction dans l’immédiateté. A travers elles, le pouvoir du peuple sur les institutions se traduit par : vite un coupable, vite un jugement 

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3° Qu’attend on de l'Église ?

L'Église aussi dispose d’un Droit, le Droit canon. Le Concile Vatican 2 a traité de la fonction judiciaire, de l’ordre moral; mais la Constitution pastorale de l'Église invite à une réflexion pratique et non théorique. L'Église, peuple de Dieu, est l’ensemble des chrétiens et leur donne à tous une responsabilité. Il faut mettre l'Église dans le monde, non dominatrice, mais humble. 

La crise du Droit, c’est la crise de la métaphysique, d’un fondement. En parallèle, se met en place une justice procédurale, qui cherche des consensus. Le Droit, n’ayant plus de fondement, est soumis aux majorités. Il remplacer le Droit par le consensus populaire. 

Mais là où il n'y a plus de droit, il n’y a plus de liberté .

Le mystère de l’homme s’éclaire dans l’image de Dieu invisible .Dieu juste juge à travers Jésus. Il rend juste le pécheur, gratuitement, par identification à son Fils qui se donne totalement. Cela n’a pas pour conséquence de ne pas punir ou de ne pas vouloir punir.

Le pardon évangélique est toujours un mouvement à quatre temps, que parcourt l’homme du pardon chrétien :

-la colère. Il n’y a ni justice, ni pardon sans colère ! Si on ne dit pas que le mal est mal, le mal fait mal. Si on fait semblant de ne pas voir le mal, il n’y a jamais de pardon, jamais de justice. La colère de Dieu est présente dans la Bible. Dieu a horreur du mal, le rejette, cela lui fait mal 

-un regard au-delà de la colère : la Bonne nouvelle du péché originel. C’est parce que Je t’aime que tu M’as fait mal. Mais Je ne te reconnais pas là : tu es meilleur que ce tu as fait . tu es créé bon pour devenir saint 

Dire : « tu as menti » est différent de dire « tu es un menteur, fils de menteur » . Il faut croire à la capacité de s’amender.

-un échange symbolique de gestes et de mots, manières de signifier que l’on réintègre pleinement l’autre (et non pas le rappel quotidien de la faute supposée pardonnée…) . 

-pour un temps infini : celui qui a jugé devient aussi faible que celui qu’il juge.


Supprimer la fragilité ontologique de l’homme est un rêve prométhéen, absurde, à dénoncer . Peut on respecter l’autre si le besoin de vivre ensemble disparait. On a besoin de la conscience commune d’être pécheur, comme l’autre, même si ce n’est pas forcément de la même façon . 


La démocratie est comme un vaccin, une invitation à vivre avec le mal. Toute démocratie exclut la tentation de l’exclusion des gens « pas bons ». Une démocratie faible est corrompue ; sans force, il n’y a pas de justice.


La maladie est un autre problème et nécessite une réflexion propre ; le problème des malades dangereux n’est pas résolu dans notre pays .

 
Dernière modification : 24/01/2010