La cohésion sociale en France, déterminants et perspectives et réflexions sur la laïcité et l'intergénérationnel



Un regard de Jean Marie Petitclerc *
Notes prises lors d’un exposé fait, à Rouen , le 11 Octobre 2008, à l’occasion de l’Assemblée Générale de l’Antenne de Haute Normandie des Semaines Sociales de France.


* éducateur, prêtre salésien, fondateur et directeur du Valdocco (Argenteuil et Lyon ), chargé de mission au Ministère de la Ville et du Logement .




Les jeunes dans les quartiers sensibles :

       Dans les quartiers « sensibles », les jeunes connaissent 3 lieux de vie : la famille, l’école et la rue. Chaque lieu a sa culture et son influence. Mais pour la majorité, c’est la rue qui marque le plus, avec son propre langage, ses codes, et l’usage de la violence. Ils y vivent « entre-pairs », entre égaux. Leur langage, leur vocabulaire peuvent être incompréhensibles pour les adultes.

La famille est renvoyée à la marge : les adultes sont de moins en moins à l’aise pour intervenir, ou sont discrédités.

L’école serait le lieu d’apprentissage du « vivre ensemble », mais la formation des maitres est mal adaptée à la culture de ces nouveaux adolescents.


Le projet du Valdocco est né de ces constats, d’où un triple regard :



Au Valdocco, l’éducateur va vers le jeune dans les 3 pôles où il vit (famille, école, rue). Les activités sont centrées sur l’accompagnement scolaire, la rencontre des adultes, la médiation entre famille-école-cité. L’enfant a droit à la cohérence des adultes, en eux-mêmes, et entre eux…Educateur et jeunes partagent aussi des moments forts de vie, moto, voile, rafting avec une juste part de risques pris ensemble.

Le Valdocco est aussi engagé auprès des politiques, chargés des différentes collectivités, et leur apporte le regard du sociologue, pour contribuer à une politique de la Ville.

Le Valdocco s’inspire du regard de Don Bosco (éducateur de jeunes en difficulté en Italie (19ème siècle) et fondateur des religieux salésiens). Il regardait les phénomènes de violence chez les jeunes, non pas comme des faits divers, mais comme les symptômes des violences de la société, comme révélateurs des failles de l’action éducative, par les adultes. Faute de trouver leur place dans la société, ils s’expriment par la violence. « Ne tardez pas à vous occuper des jeunes, sinon ils ne tarderont pas à s’occuper de vous… ».



La cohésion sociale à rebâtir

     Jusqu’aux années 1950, les classes sociales pouvaient se mélanger dans un même quartier et immeuble. Nous assistons aujourd’hui à une ségrégation urbaine, la formation des « quartiers », liée à une ségrégation scolaire, les deux concourant à la constitution de ghettos ethniques et culturels. Enfants et jeunes se retrouvent dans la rue et dans les mêmes écoles : la carte scolaire - être scolarisé dans son quartier - amplifie ces effets, et produit un nivellement par le bas, les élèves les plus doués ne devant pas se distinguer, sous peine d’exclusion. La politique « des quartiers » et la carte scolaire additionnent leurs effets pour enfermer une population dans son quartier et dans ses problèmes : on a trop conçu l’action des politiques comme une action dans une zone, isolée du reste de la ville : par ex. les activités de loisirs proposées aux jeunes les laissaient sur leur quartier ou dans leur groupe. Une vraie politique de la ville doit décloisonner…



Il faut donc :

    * favoriser l’apprentissage de la mixité sociale : l’urbanisme, les transports devront ouvrir vers l’extérieur, une circulation de vie, les mouvements de population, entre centre et périphérie des villes.
    * Rapprocher les jeunes de l’emploi et favoriser un coaching individualisé

    *Valoriser l’école

    * Répartir les jeunes dans les différentes écoles-collèges-lycées pour une mixité culturelle.

    * Détruire certains collèges quand la culture de la rue et le quartier les ont phagocytés.

    *Les reconstruire ailleurs, créer des lycées-pôles d’excellence .
    * Apprendre la mobilité physique pour qu’ils ne restent pas scotchés au bas des tours, position contribuant aussi à leur difficulté à se mobiliser, psychologiquement sur un projet d’avenir .

 

     L’évolution du concept de laïcité est l’enjeu d’un débat sur religions et société (thème des Semaines 2008 à Lyon). La France vit encore dans une certaine confusion. Si les chrétiens sont innovants dans les champs économique et social, ils ne sont guère présents dans le domaine politique. La « laïcité républicaine » garante des libertés de conscience et d’exercice des cultes est souvent confondue avec un « laïcisme », qui refuse toute expression religieuse publique, et crée des crispations sur des éléments seconds (débat autour du voile « islamique »).

Il faut garder une conception ouverte de la laïcité (qui dans les faits a souvent été pratiquée par les pouvoirs publics). L'État, la société n’ont rien à craindre d’une L'Église catholique qui n’a ni les moyens ni la volonté d’intervenir dans la sphère politique. Par contre les chrétiens doivent se réapproprier davantage la sphère de l’action politique pour travailler au bien public et promouvoir leurs valeurs.


De son côté, l’Islam n’est pas qu’une religion ; il comporte une pratique sociale, des préceptes visibles (ramadan, pèlerinage, alimentation…). Ces pratiques sont des marqueurs identitaires et culturels, autant que des marqueurs religieux et signes de foi, voire totalement dissociés d’une croyance . Le mode de financement des mosquées, qui dépend de financeurs extérieurs (pays du Maghreb, Turquie …) est un problème à la fois religieux et politique dont l'État doit se préoccuper. De même le mode de désignation des imams, leur recrutement-formation, posent problème, car ils sont souvent foyers de fondamentalismes. C’est notamment le cas des prisons, où les fondamentalistes travaillent à déculpabiliser les nouveaux arrivés (« si vous êtes là, c’est la faute de la société »), et à les pousser au fondamentalisme, si ce n’est à la violence, à l’agressivité à l’égard de la France.


Quelles relations intergénérationnelles ?

     L’organisation de la ville a cassé la place des anciens dans les communautés africaines .

Le fossé se creuse entre les générations, entre enfants et parents, et aussi grands parents qui pourraient avoir un rôle de modérateurs, qui pourraient aider les jeunes à mieux découvrir la dimension temporelle de leurs actions, formations, projets.

Il faut redonner aux parents leur juste place dans la vie des cités comme dans la gestion des conflits : dans la crise des banlieues en feu, on a fait appel à la police, sans résultat, on a même songé à l’armée…mais dans plusieurs lieux, la solution a consisté, en accord avec les maires, à faire descendre les parents, les adultes dans la rue pour ramener la paix. « Vous devez être avec vos jeunes ». Le discours a vraiment passé.

C’est aussi aux adultes de montrer le bonheur de vivre, d’exprimer la capacité à s’enthousiasmer, à la place de projections négatives, de parler du bonheur que des enfants soient là.




Voir aussi :

    * l’engagement de Jean-Marie Petitclerc sur le « Plan-Espoir-banlieues » au sein du gouvernement : sur le site : http://www.saphirnews.com/Un-pretre-au-gouvernement.html

    *les objectifs et activités du Valdocco : http://www.le-valdocco.fr


- parmi les écrits :
 La violence et les jeunes , Respecter l’enfant , Changer de regard à l’école .
 
Dernière modification : 22/01/2010