Parmi les orateurs de cette session, certains nous ont fait l'amabilité de nous transmettre leur texte, des notes permettent aussi de prendre la mesure des échanges
B.Angleraud
Eglise et société
Introduction : - les récentes prises de position socialessociétales politiques de l’Eglise catholique de France. « récentes »depuis 2000, prises de position dans des domaines en lien direct avec lecontexte, les préoccupations, les enjeux du monde contemporain. Ni listing, nidirectives, mais réflexion sur le pourquoi de ces positionnements et lesengagements qui les soutendent ce qui conduit à une réflexion plus générale sur la pensée sociale de l’Eglise.
1 Mise en perspective de ce regard de l’Eglise sur les questions de société
Lien intrinsèque entre Evangile et société, quand Jésus répond au jeune homme riche ou quand il se positionne sur le paiement de l’impôt à César il prend position sur des questions de société, de politique dans le monde qui est le sien. Et dès les premiers siècles, les écrits de St Basile, St Ambroise, St Jean de Chrysostome sont riches en débats sur des problèmes de société,mais la pensée sociale tant que réflexion globale portée sur les réalités sociales naît à la fin du XIXe siècle avec Rerum Novarum.
L’encyclique est à re situer dans le contexte du XIXe siècle qui a vu l’Europe entrer dans la révolution industrielle avec ses effets secondaires : société inégale structurée autour de deux classes antithétiques :ouvrière et patronale, libéralisme économique et social qui livre l’individu sans assistance aux aléas des accidents de la vie et de l’économie. Jusque dans les années 1890 l’Eglise a répondu à la question sociale par la charité mise en œuvre par les possédants« les capitalistes », préconisant de soigner sans agir sur les causes du mal. Les initiatives chrétiennes ont été dans un premier temps le fait d’individus comme Ozanam voire les « socialistes chrétiens »comme Pierre Leroux, Buchez qui oeuvrent à des réformes sociales, dans les années 1860/70 l’industriel L Harmel qui dans son usine expérimente l’association des ouvriers à la gestion et à la participation aux bénéfices.. L’Eglise va prendre à la fin du XIXe siècle le train en marche. En 1891, en Allemagne, tout un arsenal législatif a déjà été mis en place pour améliorer le quotidien des ouvriers, en France la République légifère aussi dans ce domaine. Des syndicats, des partis politiques ont fait de cette question sociale leur cheval de bataille. Donc c’est après coup,poussée par les événements que se fait entendre la voix de l’Eglise pour dénoncer dans un même élan les excès du capitalisme et la violence et les leurres des socialismes « faux remèdes ». Ouverture de voies avec l’intervention de l’Etat, rôle de subsidiarité, et appel à l’association, à l’organisation collective pour que les ouvriers prennent en mains leurs destin.
En 1991 cent ans après et 19 encycliques plus tard, Jean Paul II clôt provisoirement avec Centesimus annus ce cycle de doctrine ou d’enseignement social. Parmi ces 19, on peut citer Quadragesimo anno en 1931(40e anniversaire de Rerum) où Pie XI dans un contexte de crise économique mondiale condamne le capitalisme sauvage et le communisme, mais apporte un point de vue nouveau envisageant l’économie à l’échelle mondiale pour appeler à une réorganisation de l’ordre social et économique dans le respect des préceptes de l’Evangile. On peut aussi signaler l’encyclique Mitbrennen der Sorge du 19 mars 1937 par laquelle Pie XI se positionne face aux totalitarismes qu’il dénonce comme des idéologies païennes en opposition avec le message de l’Evangile.
Par la suite, Jean XXIII, Paul VI et Jean Paul II dénonceront les méfaits du communisme athée ou du libéralisme exacerbé dans des mêmes messages adressés aux peuples de l’est et de l’ouest. Comment ne pas citer aussi Populorum Progressio en 1967,dans le contexte de croissance éco, de décolonisation, « le superflu des pays riches doit servir aux pays pauvres. La règle qui valait autrefois en faveur des plus proches doit s’appliquer aujourd’hui à la totalité des nécessiteux dumonde. » Caractère universel,et conception approfondi du développement qui revêt des aspects aussi bien économiques culturels ou politiques . Et pour les 20 ans de Populorum Progressio, en 1987, Sollicitudo rei socialis oùJean Paul II partant dePopulorum tente d’actualiser lemessage « La présente réflexion a pour but de souligner, à l'aide de la recherche théologique sur la réalité contemporaine, la nécessité d'une conception plus riche et plus différenciée du développement, en fonction des propositions de l'encyclique, et d'indiquer quelques modèles de réalisation » Centesimus annus intervient 4 ans après pour clore ce cycle.
Publiée en 1991
Certains diront que l’Eglise se risque sur des terrains en dehors de ses champs de compétence, peut-elle se faire politicienne,économiste, juriste…Volonté
hégémonique, l’Eglise aurait-elle la nostalgie d’un temps où elle était un acteur majeur de la vie politique , éco ?
En fait, ce qui est proposé« doctrine » « enseignement », pensée sociale n’est ni uneidéologie, ni un système de pensé organisé pour justifier un type de pouvoir,ni un modèle alternatif entre capitalisme et marxisme, mais davantage la formulation des fruits d‘une réflexion collective sur les réalités complexes de l’homme dans la société, dans le contexte international, réflexions engagées à la lumière de l’Evangile.
Traiter de cette pensée sociale dans la période récente (XXIe siècle) pose pb car il n’y a que peu de textes de « doctrine sociale » émanant du Magistère pontifical et de celui de l’Eglise de France, qu’il s’agisse du Conseil permanent ou de l’Assemblée des évêques. On peut citer Deus caritas est ( 25 dec 2005) sur le thème de l’amour et qui dans sa 2e partie positionne la charité dans le monde contemporain, partant de la parabole du Bon samaritain où le prochain n’est pas l’identique mais celui qui est dans le besoin« rencontré par hasard ». La caritas dépasse les frontières géographiques et idéologiques. La charité est définie comme le moyen pourl’Eglise d’agir sur les souffrances sociales non pas en prenant en main la bataille pour un monde plus juste mais en étant présent là où il y a souffrance pour transmettre et vivre le message d’amour de l’Evangile. Positionnement qui reste théorique en attendant une encyclique sociale mais qui se fait attendre.
Faute de gds textes, il faut se rabattre sur des interventions des commissions épiscopales et sur des textes généralement courts, relatifs à des événements locaux ou en réaction à des décisions politiques textes qui émanent de déclarations, de communiqués ou autres.
On ne peut citer que trois textes importants dans cette période mais passés assez inaperçus :
Le jubilé et l’argent en 1999 proposé par la commission sociale et par le conseil de solidarité
Quand l’étranger frappe à nos portes en 2004 proposé par le Comité épiscopal des migrations
Repères dans une économie mondialisée en 2005, émanant de la Commission sociale de l’épiscopat
2 Le politique
Terrain où de nombreuses encycliques s’étaient engagées pour dénoncer les méfaits du communisme ou l’après communisme dans Centesimus annus.
Peu de choses côté épiscopat français depuis le « rapport Matagrin »
présenté à l’Assemblée plénière de Lourdes en 1972 au nom de la commission sociale de l’Episcopat :.. Première fois que le politique occupe une place marquante dans le programme de l’assemblée annuelle des évêques de France. Réflexion pour une pratique chrétienne de la politique Retour à l’étymologie, vie de la cité « tout est politique » appel à un engagement des Catholiques ds la vie de la cité sans qu’une voie soit privilégiée, tout autant un appel à assumer les divergences d’opinion.
Depuis on peut signaler en 1999,la déclaration de la commission sociale de l’épiscopat « Réhabiliter le politique » qui dans un monde en turbulence (mondialisation, construction de l’Europe) propose une réflexion sur le politique :
- Regard lucide sur la politique : constat d’un désenchantement, sentiment d’impuissance devant des décisions dominées par le court terme (enjeux électoraux), la coupure élites pol/ base, les« affaires ». face auquel il est important de rappeler les finalités du politique : moyen pour réaliser un « vivre ensemble », moyen pour maîtriser al violence, le vote qui se substitue au coup de force, à l’insurrection. Quelles sont les lumières apportées par la foi chrétienne ? NI stratégie, ni modèle institutionnel mais la foi donne sens et des repères par les valeurs annoncées : dignité de la personne humaine, attention aux pauvres, pouvoir comme un service, respect de l’adversaire, destination universelle des biens, espérance.
- L’apprentissage de la démocratie : rappel de la fragilité de la démocratie, elle suppose des comportements : débat et non combat, privilégier la réflexion, renouveau de la représentation, apprentissage individuel (famille, école, études…) et collective.
- Foi et démocratie : La Bible ne pouvait traiter du régime démocratique. Il y a cependant une réelle convergence entre les valeurs de la démocratie et les sources d’inspiration de la foi chrétienne : 3 points se dégagent dans l’enseignement constant de l’Eglise :
- importance des corps intermédiaires (partis, syndicats, associations…)
- elle met l’accent sur le principe de subsidiarité. Celui-ci demande, d’une part, de laisser à l’échelon d’organisation le plus proche ce qui peut y être traité. Il invite,d’autre part, à faire remonter à l'échelon immédiatement supérieur - et ainsi de proche en proche -, dans une démarche ascendante, ce que des institutions trop légères ne peuvent assumer.
- Enfin, elle fonde la reconnaissance du pluralisme. Celui-ci n’est ni neutralité ni indifférentisme, mais il témoigne de la relativité des pensées et des programmes politiques, lesquels ne peuvent jamais prétendre incarner toute la vérité.
Mise en parallèle démocratie/ Europe/ mondialisation
La noblesse de l’engagement politique est indéniable
L’Eglise n’a ni compétence technique propre ni pouvoir institutionnel à finalité politique,mais elle a vocation à stimuler les énergies spirituelles, à rappeler le rôle fondateur des valeurs de transcendance et de spiritualité pour la construction d’un monde plus digne de l'homme, fils de Dieu. Elle invite les chrétiens à chercher, dans leurs groupes et mouvements respectifs, à discerner, à agir avec les autres croyants et avec les hommes de bonne volonté.
3 Des rapports Nord/Sud à l’économie
Thème du développement très présent ds les années 1960 /70
Thème lancé dans les années 1960 où la FAO - organisation des Nations unies pour l'alimentation et l’agriculture - lance un appel contre la faim dans le monde.
1961 : Sous l'impulsion du Pape Jean XXIII et à l'initiative des Evêques de France, 15 mouvements et services d'Eglise s'organisent pour fonder ensemble le Comité Catholique contre la Faim (CCCF).
En 1967, Populorum Progressio
Depuis 2000,le thème du développement est rarement abordé en tant que tel , thématique abordée à travers d’autres enjeux celui de la mondialisation, et des migrations qui a suscité de très nombreuses publications et prises de position.
La mondialisation : thème que l’on retrouve dès 1982 document du Conseil permanent « pour de nouveaux modes de vie », on le retrouve aussi en avril 1994 thème de la Conférence plénière des évêques sur le thème de la solidarité, et document plus récent de 2004 du Comité épiscopal des migrations « Quand l’étranger frappe à notre porte ».
En 1994, la conférence des évêques de France s’est entourée de responsables de différents mouvements et organismes qui œuvrent au niveau de la Solidarité dans et hors de l’Eglise pour engager une réflexion globale sur la solidarité autour de 4 séquences Solidarité et vie sociale en France/ solidarité et vie de l’Eglise / Justice et développement/ réflexions générales sur le thème.
Est réaffirmée l’idée d’un développement intégral qui ne saurait se limiter à l’économique, dimension écomais aussi sociale, politique.
Dans le même temps affirmation de nouveaux instruments de mesure au niveau international comme l’IDH ( créé en 1990). Affirmation (Equité et solidarité d’Yves Berthelot, secr général de la CNUCED) de la nécessité de « préserver le futur » dans la lignée de la Conférence de Rio.
Approche nouvelle des rapports Nord/Sud :
- A partir du constat du maintien de fortes inégalités (R Valette pauvreté et partage) : rappel du rapport de la Banque mondiale qui signale qu’un milliard deux cent millions d’hommes vivent dans un état d’extrême pauvreté, qu’en 1991 sur les 5,3 MM d’habitants de la planète, 920 M sont analphabètes, 1,3 MM n’a pas accès à l’eau potable,1,2 MM n’a pas accès aux soins, mais en même temps « lueurs d’espoir » : recul du taux de mortalité, disparition des famines endémiques,cela en partie grâce au travail des états, action des ONG
- Réflexion sur l’aide au développement en prenant pour référence la destination universelle des biens, il s’agit d’affirmer une co-responsabilité qui vaut pour les états (dépassement des explications simplistes du sous développement qui rejettent la responsabilité sur les états du sud ou du nord) mais aussi pour tout un chacun : réflexion sur le partage vécu non comme une démarche paternaliste, condescendante mais comme un acte de réparation d’injustice, comme un engagement, appel à s’engager dans des ONG, appel à réfléchir à la gestion de son épargne, à engager un travail de conscientisation au sein de la cité (syndicats, associations…) de façon à ouvrir le débat sur les plus pauvres et éviter un repli frileux sur ses propres problèmes.
- lors de la conférence cet appel à un engagement personnel a eu pour écho les interventions d’acteurs d’autres continents ( cf évêque de Diébougou BF) qui
insistait sur le fait que les projets de développement passent d’abord par l’échange, la rencontre entre les partenaires qui s’oppose à des actions de gde envergure déconnectées des besoins des populations.
Dans les années suivantes, la thématique des liens Nord/Sud est surtout abordée à travers le thème de la mondialisation :ce qui amène l’Eglise à se positionner sur un nouveau terrain l’économie. Champ nouveau où l’Eglise était peu à l’aise :en1975, l’Ass plénière de l’épiscopat fr à Lourdes avait fait une déclaration sur« la conjoncture éco et sociale », en 82 texte de la Commission sociale « Pour de nouveaux modes de vie » , également en 1987 toujours de la Commission sociale « Sur l’économie la parole au peuple de Dieu » qui tente de faire un bilan sur les débats qui depuis 1982 ont eu pour thème l’économie. qui de l’épiscopat, tente de donner une idée des débats sur ce sujet, qui ont eu lieu postérieurement à 1982, en tenant compte de deux réunions importantes, l’une sous forme de "colloque" à en 1984 et l’autre de "forum" à Chantilly, en 1985.
il y a aussi d’autres textes peu connus, cf en 94 sur« le développement moderne des activités financières au regard des exigences éthiques du christianisme » .
Globalement, c’est un terrain sur lequel l’Eglise s’engage peu, une fois de plus c’est le contexte qui conduit la Commission sociale des évêques à s’emparer du sujet : libéralisation, mondialisation des échanges,financiarisation de l’éco, croissance extraordinaire pour les pays occidentaux mais aussi pour des pays émergents : d’Asie du SE (Thaïlande, Singapour),Inde, Brésil…mais constat d’une aggravation du fossé entre riches et pauvres tant au sein des états qu’entre états, inégalités qui affectent la consommation, mais aussi la liberté et capacité des individus et des groupes à vivre la vie qu’ils souhaitent, inégalités qui conditionnent l’accès à la santé, l’éducation, la sécurité… Ces inégalités liées et interconnectées avec la pratique de l’éco qui concerne l’être humain ds toutes ses dimensions.« Mondialisation de la souffrance » .
Volonté des évêques de mieux comprendre cette situation, appel à des experts pour se donner les moyens de réfléchir aux voies par lesquelles les Catholiques peuvent contribuer à sortir la société mondialisée de cette culture de l’exclusion. On le voit l’objectif n’est pas de se contenter de dénoncer, de condamner mais de comprendre pour agir.
Différents textes émanent de ces réflexions : Maîtriser la mondialisation de Justice et paix (1999) « Repères ds une économie mondialisée » de la Commission sociale des évêques de France en 2005. Constat que la mondialisation est une réalité, dont les racines sont à chercher dans la naissance des Temps modernes, qu’il n’ y a lieu ni de la diaboliser ni de l’idéaliser, la mondialisation peut être Babel ou Pentecôte, uniformisation totalitaire ou échange ds le respect de la diversité. Dans ces textes, deux parties : analyse de la situation ( Les éléments du débat)sous l’effet de deux lames de fond la mondialisation des échanges et le rôle prépondérant de la finance ds l’éco.
- réflexion constructive, refus du catastrophisme analyse « optimiste »c'est-à-dire tout en dégageant les risques de la finances, les dangers de la croissance, refus de diaboliser l’économie,et d’ailleurs les évêques évoquent profit, plus value, spéculation, concepts utilisés sans fard parce qu’ils rendent compte d’une réalité que chacun pratique. Optimisme mais il ne s’agit pas d’attendre béatement que les choses se régulent d’elles mêmes,ni de s’en remettre passivement à l’action des états qui doivent trouver des équilibres. Ces textes avancent une réflexion sur nos propres pratiques, avec l’idée que l’éco n’est pas une machine implacable, pas de mains invisibles qui tiennent le monde, que chacun à sa façon peut être acteur d’un mieux vivre la mondialisation, avancée d’un certain nombre de piste :
- réflexion sur le rôle des états qui doivent garantir l’existence d’instances de régulation , réflexion sur l’école, l’université lieu où se prépare le devenir professionnel, nécessité de mettre en lien avec le monde professionnel.Réflexion aussi sur les participations citoyennes à différentes niveaux :- soutien à des élus de proximité quand ils s’engagent ds des actions institutionnalisées,
- réflexion sur l’entreprise comme lieu d’expression de l’esprit d’initiative,lieu d’expérimentation du bien commun, ce qui conduit à réfléchir sur le rôle des syndicats qui doivent œuvrer au respect des personnes, à la pérennité de l’entreprise et réfléchir à la pertinence d’avantages obtenus dans d’autres contextes. Nécessité de combiner "responsabilité, bien commun et imagination"
- réflexions sur les modes de consommation, affirmation d’une éco solidaire qui change les rapports entre consommateurs et producteurs : commerce équitable, placements éthiques…
Volonté de donner des repères, de partir des réalités quotidiennes pour annoncer une« culture de la participation » où chacun à son niveau peut être acteur. Discours qui rompt avec la tendance naturelle à faire l’unique responsabilité aux états, aux politiques et à se présenter en victimes.
Tout récemment, la conférence des évêques de France ds un communiqué de presse ( le 8 octobre ) .. « au cœur de la crise : faire crédit, faire confiance » appelait à une réflexion éthique et à un engagement sur les mécanismes de la crise qui se joue au niveau des états,des banques, des systèmes de rémunération et de gratification des dirigeants d’institutions financières mais aussi au niveau de de tout un chacun:interrogation sur les pratiques spéculatives, recours raisonné au crédit,investissement socialement responsables , en bref rétablir la priorité de l’homme au sein de l’économie.
Autre approche des relations Nord/Sud par le biais de l’immigration : C’est sans doute un
des thèmes qui revient le plus fréquemment dans les publications des évêques de France : en 2000 déclaration de la commission sociale « Sans papier, l’homme est toujours en danger » , en 2001 déclaration de la Commission sociale,du Comité épiscopal des migrations
et Justice et Paix « Nous prenons au sérieux la vie des immigrés », en 2002 déclaration « accueillir les demandeurs d’asile » en2006 de l’évêque d’Arras JP Jaeger « Lettre à Sarkozy : immigrés que fait la République ? » ou en 2008 le communiqué de l’évêque Créteil Mgr Santier « le désespoir des sans papier »
Engagements car l’Eglise a été directement interpellée ds de nombreuses actions relatives aux migrants : occupation d’églises, partenariat avec des associations…ce qui l’a conduite à réaffirmer le message de fraternité de l’Evangile. On s’appuiera sur un dossier proposé par le Comité épiscopal des migrations paru en 2004 « Quand l’étranger frappe à notre porte » : travail réalisé en partenariat avec la Pastorale des Migrants en partant de situations de terrain. Dossier sous forme de fiches thématiques. Volonté d’engager un travail de réflexion, d’évoquer des pistes, en intervenant non pas en donneuse de leçons mais en se nourrissant du long compagnonnage de l’Eglise avec les migrants au nom de la foi en JC.
Ces fiches peuvent se regrouper autour de trois grandes thématiques : - connaître les facteurs migratoires ( causes,réalités des migrations, politiques migratoires)
- l’expérience humaine de la migration, nécessité de prendre en compte l’épreuve que représentela migration,
- positionnement en temps que Chrétien, opposition entre la fraternité républicaine basée sur la notion de contrat et le fraternité présente au cœur du message évangélique basé sur la notion d’alliance
Au terme de cette réflexion l’Eglise va jusqu’à envisager le refus d’obéissance aux autorités civiles lorsque la loi humaine ne respecte plus la dignité de la personne, mais au quotidien nécessité d’engager un travail de sensibilisation des opinions publiques chrétiennes ou non et de façon générale c’est un appel à agir, chacun construisant sa propre voie, voies
nécessairement multiplesétant donnée la diversité des situations.
Volonté de s’engager sur un terrain sensible mais au cœur du message évangélique.
4 De nouvelles thématiques
- renouveau de l’appréhension du social, les récentes prises de position des évêques les montrent engagés sur des questions concrètes et conjoncturelles. Certes on trouve des textes généraux, cf ceux de la commission sociale dans les années 1980/1990 en 1984 « Attention pauvretés », « La solidarité » en 1994, 1996 « l’écart social n’est pas une fatalité », en 2006 « Perspectives pour une société juste et fraternelle » reprise de Deus caritas est, perspective des élections. Pas de grands textes « sociaux » mais de nombreux documents portant sur des catégories socio-professionnelles particulières : en lien avec les préoccupations pastorales des différents évêques :
- texte de Mgr Fihey, évêque de Coutances-Granville « les agriculteurs vivent une crise dramatique » 2001
message des évêques du Languedoc Roussillon « solidaires avec le monde rural et agricole »
- « halte à la dégradation de la mer » de Mgr Ricard arch de Bordeaux 2003
- Textes et prise de position de Mgr Raffin, évêque de Metz sur les fermetures de puits ( 2004) et en début d’année appel à une solidarité avec les familles de l’est frappées par les réductions d’emploi chez Arcelor-Mittal dans l’est. . appel à la solidarité ds le Lourd tribut payé par la Lorraine ( déclaration 2008)
« la justice consiste à reconnaître la dignité de chaque acteur du travail, son droit à un travail justement rémunéré»
Engagement sur le terrain social en lien avec la réalité sociale qui est celle de leurs fidèles, les évêques se font porte-paroles des souffrances vécues, mission de conscientisation et d’appel à des mesures justes de la part des états. Rôle de relais.
Nouvelle thématique : l’environnement : pas de gds textes, ni de déclarations des évêques en attendant une encyclique sur le développement durable annoncée depuis le printemps, on peut glaner des choses ds des documents de nature différente, cf. encycliques,
des derniers messages du 1er janvier de Jean Paul II textes souvent riches entre autres sur la question de l’environnement, on utilisera aussi des documents de Justice et paix « Mobilité durable » (2007).L’approche de la thématique de l’environnement peut se regrouper autour de
à références bibliques,reconnaissance ds toutes les créatures qui entourent l’homme d’autant de dons de Dieu à cultiver et à garder avec un sens de gratitude envers le Créateur (Discours de Jean Paul II aux participants à un Congrès sur environnement et santé en 1997)
à notion de patrimoine de l’humanité qui s’étend non seulement aux exigences du présent mais aussi du futur , d’où la responsabilité des générations actuelles vers les futures (Jean Paul II Centesimus annus 1991), qui nécessité des protections au niveau juridique afin que les activités humaines concilient les exigences du développement éco avec celle de la protection environnementale avec une attention particulière accordée aux ressources énergétiques ( Jean Paul II Discours aux participants à l’Assemblée plénière de l’Académie Pontificale des sciences en 1994)
à nouveaux modes de vie : on peut citer le texte de Justice et Paix avec pour sous titre « Bouger moins pour être plus présent » réflexion sur les déplacements en terme quantitatif et qualitatif (quels moyens de transport privilégier) qui aboutit à des réflexions sur des choix de société :aménagement du territoire (politique de la ville concentrer ou étendre), tourisme ( quelles visées,rencontre des autres ou recherche de l’exotisme) pour aboutir à une réflexion sur « la mobilité durable » qui s’exprime par un nouveau style de vie qui passe par la redécouverte de valeurs telles l’éloge de la lenteur ou la vertu de l’enracinement pour expérimenter une nouvelle forme de présence à soi même et à autrui.
Conclusion : - déficit de grands textes de doctrine sociale, mais quantités de documents prises de position qui témoignent d’un souci de présence au monde.
- plus d’interdit, l’Eglise s’invite dans tous les débats : économie, environnement. Volonté de ne plus délivrer des leçons, imposer des modèles mais de donner aux Chrétiens des outils pour réfléchir sur des questions d’actualité, de société, en se nourrissant du message de l’Evangile pour définir des lignes de conduite, des engagements ds le monde contemporain.
Table ronde : Les religions, moteur social aujourd’hui ?
Louis Pailhas présente les intervenants :
Chantal Bordes-Benayoun, sociologue, directrice de recherche CNRS,
Jean-Pierre Deniset, pasteur de l’Eglise réformée de France,
Hamid Demmou, chercheur au LAAS – CNRS,
Jean-François Geneste, syndicaliste CFTC,
Chantal Bordes-Benayoun
Salue la mémoire de Michel Bressolette.
La question sur le religieux… ce qui fait le lien social, ce qui relie…
La religion a été parfois l’origine de conflits…
Rappel historique :
Rupture entre religion et société : c’est la modernité qui en est la cause… la religion a –t-elle encore une place dans notre société ?
La religion définit l’identité personnelle de l’individu, remise en question par la modernité… la religion n’est plus le seul code de référence… naissance de l’individu moderne, seul face à ses choix, libre choix individuel.
L’individu doit être capable de donner un sens à sa vie, alors qu’avant c’était la religion qui donnait sens…
Place du religieux dans la vie sociale ?...
Le lien entre l’ancien modèle et le nouveau n’est pas totalement rompu. L’effacement du religieux ne s’est pas totalement accompli… Repenser l’accomplissement de soi entre une fin déjà définie… et l’aspiration à l’égalité.
Héritage religieux avec ses valeurs et
Cf. Tocqueville
Aujourd’hui, que se passe-t-il ?... Le religieux n’est plus là où on l’attend, il est multiforme… ce n’est plus dans les églises, ou à côté d’elles (cj les JMJ). Le religieux est devenu plus « bricolé »… on est dans un bazar des croyances (Hervieu-Léger)… On va faire sa religion à la carte… Cela est-il prometteur de lien social ?...
Le moteur devient plus individuel que social : réussite personnelle… et lien social.
Jean-Pierre Nizet :
Questions sur la religion ?...
Karl Barth, Bonhoffer… critiquent la religion, comme un système de croyances. La foi rend libre, la religion conduit dans le monde des idoles…
La Réforme… l’écriture est-elle un moteur social ?... devoir de la justice sociale, de la solidarité… cf Bible - Genèse V : tous les hommes sont les enfants d’un même père. Que nul ne soit privée de nourriture ?
Quel type de société devons-nous bâtir ? la société nous éloigne…
Le Christ a des mots très durs sur les religieux de son temps… Cf. Isaïe … Dieu est du côté des petits, des précaires…
Nous devons rager contre tous les discours qui veulent justifier le monde tel qu’il va, la théologie du succès…
Autre écueil : instaurer le royaume de Dieu sur terre… dans l’immédiateté, tout de suite… d’où le chaos…
Luther : distinguer temporel et spirituel…
Calvin : séparation des pouvoirs civils et religieux…
On ne mélange pas les deux sphères.
Régis DEBRAY : l’incarnation, C’est très inconfortable, c’est plus amer que doux, s’engager dans la patience des chemins…
Hamid Demmou, musulman :
Question fondamentale, qui concerne l’ensemble de la société… Pourquoi n’y a-t-il pas de jeunes aujourd’hui ?
3 niveaux : l’islam, la foi, et l’excellence… ( ?)
Le moteur, ce sont les êtres humains, ce qui influence les êtres dans leur comportement, c’est la relation entre les hommes qui créent le lien social.
Les religions apportent une réponse, parce qu’elles influencent les comportements humains. L’homme est au centre de cette vision… Relation avec le divin, qui imprègne la relation avec les humains… Solidarité, justice sociale… un devoir de partager avec l’autre. C’est par l’action des hommes que la religion se manifeste…
Verset du Coran : nous vous avons constitué en peiuples tribu, afin que vous vous connaissiez comme le plus noble d’entre vous, et le plus vertueux ». pour mieux connaître l’autre et vous connaître vous-même… et mieux connaître le divin… l’excellence, c’est de prier Dieu, comme si tu le voyais.
Jean-François Geneste :
La religion est une contrainte, et c’est pour cela qu’elle est un progrès… Elle entraîne une notion de durabilité… donne un horizon bien supérieur… vision collective où chaque individu a sa place…
La science est basée sur la vision grecque (géométrique) du monde et de la société… Grâce à la religion, l’homme est un être pensant… la religion est un moteur social phénoménal.
L’homme idéalisé est plus facile à approcher… Chacun a une vision idéale de la société.
Dieu est un être Maximal… Il n’y a rien au-dessus de la vérité.
Dans la religion chrétienne, le moteur, c’est l’amour. Il y a égalité devant Dieu, jusqu’au bout, jusqu’à la vie éternelle.
L’histoire plaide pour l’Eglise : les hôpitaux, le patrimoine culturel de l’humanité…
Moteur social : le big-bang (inventé par un prêtre), refus de l’euthanasie,
La religion tire l’être humain vers le haut.
Cf. La doctrine sociale de l’Eglise.
Le pardon… Comment finir une guerre (cf Bagdad) ?... Le respect de l’individu (cf communisme URSS). Le don et le merchandising…
Louis Pailhas :
Un Dieu père de tous les hommes… aspiration vers le plus haut… produit d’un champ de forces de l’esprit…
Mitterand avant de mourir : « nous nous reverrons aux forces de l’esprit »…
Et l’espérance !... Un homme religieux est plus porté vers l’espérance… une espérance incarnée (dit J-P.Nizet).
Hamid Demmou :
L’espérance fait partie de la foi, du message de la religion… Pour les chrétiens, c’est le Christ qui porte l’espérance, pour nous c’est le prophète Mohamed qui porte, qui incarne l’espérance…
Chantal Bordes-Benayoun :
Il y a un point commun entre croyants et non-croyants… la recherche du bien… la déclaration des droits de l’homme…
En réponse à Jean-François Geneste :
Relisez l’histoire… la religion a parfois oublié le précepte : « tu ne tueras pas »…
Jean-Pierre Deniset : nous sommes bien silencieux…
Bernard Ibal : le mot « spiritualité » est le dénominateur commun… notre foi est ce qui nous permet d’aller vers l’autre…
Approuve Chantal Borde-Benoyoun : On peut être humaniste, sans être croyant en Dieu… Et il y a une spiritualité athée…
Athée ou croyant, y a-t-il une vision commune de l’humanisme contemporain.
JP.Nizet : la religion peut être un repli…
Dernière modification : 01/02/2010