Semaines Sociales de France

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Intervention de Xavier Lacroix à l'AG des Semaines Sociales


Révision des lois de bioéthique : points de vigilance



Quatre sujets majeurs vont se trouver à l’intersection des thèmes annoncés par le gouvernement et des préoccupations ecclésiales :

1. Les procréations médicalement assistées, avec trois questions :
- faut-il élargir leur pratique aux femmes célibataires ?
- faut-il offrir cette pratique aux « couples » homosexuels ?
- faut-il lever l’anonymat et la gratuité du don de gamètes ?


2. La légalisation du recours aux mères porteuses, présentée sous le nom de « gestation pour autrui »


3. Le diagnostic prénatal (DPN) ou préimplantatoire (DPI) : faut-il modifier la loi ?


4. La recherche sur l’embryon : faut-il conserver le système actuel (interdit / dérogation) ou passer à un système plus libéral (autorisation encadrée) ?

Pour aborder ces questions, il est à relever que nous ne sommes pas dans un désert éthique. Un fond commun existe en matière de principes, de valeurs, de repères et même de normes. En particulier :

- la dignité de la personne, qui doit être reconnue comme fin et jamais seulement comme moyen,
- l’extension de ce principe au corps humain, indisponible, non commercialisable, non patrimonial,
- l’extension du même principe à l’embryon lui-même : tous ou presque tous s’accordent à reconnaître qu’il n’est pas une chose.


Chez les couples eux-mêmes, chez les femmes enceintes, les praticiens perçoivent généralement une conscience de la gravité et du prix de ce qui se joue pendant la grossesse, un attachement à l’embryon ou au fœtus, la conscience d’une responsabilité éthique à son égard.

Le propre de la démarche éthique est de dépasser une perspective qui ne serait qu’utilitaire ou pragmatique, c’est-à-dire qui n’aborderait les questions qu’en termes de coût-bénéfices, avantages-inconvénients. L’éthique est une optique, selon laquelle sont en jeu des biens humains fondamentaux, à portée universelle. En posant tel acte, j’engage aussi une idée de l’homme, de la filiation, de la parenté.

A la croisée de l’inspiration chrétienne et des catégories ou arguments recevables dans le contexte de notre culture peut se dessiner une éthique que je qualifierai, avec d’autres, de personnaliste. Une telle éthique me semble appeler à trois points de vigilance.

1. Le premier porte sur l’unité de la personne humaine. Dès son origine, la parole chrétienne s’est opposée aux diverses formes de dualisme qui dissocient le corps et l’esprit. Ce dualisme réapparaît de nos jours chaque fois que le corps humain, même en ses commencements, est perçu comme un instrument au service de visées techniciennes, fussent-elles médicales. De la reconnaissance de la dignité et de l’unité de la personne humaine découle l’affirmation du respect qui est dû à la vie humaine à tout stade de son développement, même lorsque l’autonomie est très faible ou quasi-nulle.
En deçà donc des débats interminables sur la personnalité de l’embryon, nous pouvons avancer la définition minimale suivante : l’embryon est à tout le moins une vie humaine commencée. Ou un être humain commencé. Ce caractère humain, de lui-même, implique un très grand respect. La dernière instruction romaine parle de « corps embryonnaire ». Finalement, le respect dû à l’embryon est le respect dû au corps humain comme tel.
Certains affirment que c’est le projet parental, qui fait entrer l’embryon ou le fœtus dans l’humanité. La dimension relationnelle de cette intégration doit certes être reconnue. Mais qui pourrait accepter que la volonté d’une ou deux personnes décide de l’appartenance ou non d’un être à l’espèce humaine ? Cela s’est hélas vu aux temps de l’esclavage ou du racisme. En vérité, ainsi que le déclarait Jean-Paul II, « il ne revient pas à l’homme de déterminer le seuil d’une humanité ».

2. Le deuxième axe de vigilance portera sur le refus d’une logique de la toute puissance. Une telle logique est rarement prônée comme telle et il faut, à cet égard, se garder des caricatures. Elle peut toutefois se glisser dans l’idée qu’il doive exister une réponse médicale à toute souffrance. Si la compassion est au cœur de l’éthique, le compassionnel est une dérive, dès lors qu’il devient un système, effaçant tout discernement. Stefan Zweig parlait de « pitié dangereuse ». La pitié peut être dangereuse si elle conduit à perdre toute lucidité sur d’autres biens humains fondamentaux, tels le respect de l’embryon ou les conditions de la naissance. Il y a des souffrances qui n’ont pas de réponse médicale, mais d’un autre ordre : spirituel, religieux, sociétal… De cela, la médecine elle-même doit prendre acte.

3. En troisième lieu et plus globalement, la vigilance portera sur la cohérence de la filiation.
Les questions de bioéthique sont souvent abordées sous l’angle ponctuel d’attention à un état ou un moment donné de la vie. Mais elles portent, pour la plupart, sur la naissance ou ce qui la précède. Or, celle-ci n’est pas seulement un phénomène transitoire : elle implique des liens. Naître, c’est être fils ou fille, c’est entrer dans des liens, liens de filiation. Que ces liens se nouent à l’articulation du corporel, du social et de l’affectif est riche de sens et de valeur. Cela provient de ce que nous héritons d’une tradition spirituelle et culturelle où les liens sont fortement personnalisés, et nous pouvons l’apprécier. Né de l’union d’un corps d’homme et de femme, à tout le moins de l’union de deux gamètes masculin et féminin, l’enfant a besoin, en profondeur, de grandir sur le roc d’une double filiation, paternelle et maternelle. Au minimum d’une généalogie claire et lisible.
Puisque ce sont des liens qui sont en jeu, ils sont nécessairement institués, on ne peut pas s’en tenir au principe anglo-saxon de plus en plus opérationnel, celui du « libre choix individuel ». L’intervention du législateur ou de la société médicale doit demeurer au service de cette cohérence de la filiation.
Ici un point de méthode très important doit être rappelé : une chose est de faire face, avec réalisme, aux situations telles qu’elles se présentent – par exemple en offrant à l’adoption un enfant sans parents ; une autre serait de prévoir délibérément la naissance d’un enfant privé de père, ou porté par une femme autre que celle qui sera sa mère, ou ne rencontrant pas la différence sexuelle dans le couple adoptif : autant de situations qui seraient induites si l’on faisait droit aux demandes actuelles d’élargissement de l’Assistance médicale à la procréation. Autant de manières de dissocier la vivante unité entre le corporel, le social et l’affectif.

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Dernière modification : 04/05/2009