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Intervention de Xavier Lacroix à l'AG des SSF


Révision des lois de bioéthique : points de vigilance (2/2)



A cet égard, nous sommes particulièrement attentifs aux témoignages d’enfants conçus par IAD : ceux-ci témoignent que le gamète n’est pas seulement quelques molécules de matière, mais qu’il provient d’un corps, d’une personne. Il a une histoire, il est porteur d’une hérédité. « 50% de mon corps venait d’une part inconnue » affirme un enfant ainsi conçu. Derrière le gamète, il y a quelqu’un, l’intervention d’un tiers dans la conception. Nous avons là un exemple particulièrement net de l’unité du corporel et du personnel. On ne peut pas purement et simplement aligner le droit régissant le don de gamètes sur celui des dons d’organes. Le gamète n’est pas un organe comme les autres.

Le même enjeu de fond est impliqué dans les demandes de légaliser la gestation pour autrui. Il n’est pas possible d’ériger en principe que, selon les termes d’une ministre, « l’enfant grandisse dans le corps d’une femme et dans le ventre d’une autre ». Cela reviendrait à dissocier la dimension relationnelle et la dimension charnelle de la maternité. La grossesse est le temps d’une relation extrêmement intime entre la mère et l’enfant, d’une interaction sans nulle autre pareille entre deux organismes. On tremble à l’idée d’une grossesse sans attachement. L’abandon prévu par contrat correspondrait à une rupture dans l’histoire de l’enfant et à une instrumentalisation du corps de la femme. Il conduirait à une redéfinition de la maternité lourde de conséquences, où la dissociation serait posée en principe.

D’autres sujets préoccupants pourraient être évoqués, tel celui du dépistage systématique de la trisomie 21 qui, dans 96 % des cas aboutit à une interruption médicale de grossesse. Nous passons alors de la notion de dépistage à celle d’éradication. Le problème est bien que, selon les termes de Didier Sicard (ancien président du CCNE),« dans la très grande majorité des cas, le dépistage prénatal n’est pas destiné à traiter mais bien à supprimer ». Que faire pour corriger la situation ? La réponse n’est pas facile à apporter. En dernier ressort, nous sommes renvoyés à la conscience personnelle des couples. Mais il faut reconnaître que cette décision n’est pas entièrement libre et affranchie de tout déterminisme : une forte pression sociale peut jouer.

Un des sujets les plus difficiles politiquement est celui de la recherche sur l’embryon. Sur le fond, l’Eglise est opposée à toute instrumentalisation ou chosification l’embryon, ou de cellules susceptibles de donner vie à un nouvel embryon. Elle interroge la conscience citoyenne sur la demande actuelle d’ouvrir la recherche sur les cellules souches embryonnaires à l’industrie pharmaceutique, voire cosmétique. En amont de cette question, elle déplore le fait que la FIV, dans notre pays comme en d’autres - mais non chez tous - s’accompagne presque toujours de la production d’embryons surnuméraires qui seront voués à la destruction. Là est le problème le plus grave, qui est à l’origine de la plupart des autres.
Pratiquement, si le maintien des actuelles dérogations s’avérait inévitable, le système selon lequel l’interdit fondamental est rappelé et les exceptions présentées comme une transgression nous paraît préférable. Il y a une grande différence entre dire qu’une pratique est d’emblée légitime, fût-ce dans un cadre très limité et dire qu’elle en principe interdite mais autorisée par dérogation. Maintenir l’interdit de principe rappelle l’essentiel, à savoir que l’embryon n’est pas une chose. Le minimum éthique nous semble être que la transgression apparaisse comme une transgression.
Cette manière de légiférer serait la seule cohérente avec l’esprit et la lettre de la loi française qui affirme le principe du respect de la vie humaine dès son commencement. Dans notre code Civil est inscrit l’article 16, selon lequel  "la loi assure la primauté de la personne, interdit toute atteinte à la dignité de celle-ci et garantit le respect de l’être humain dès le commencement de sa vie".

Je suis conscient du risque, dénoncé parfois, d’être fascinés par la vie en ses commencements et en sa fin, au détriment de l’attention à toute l’histoire de la personne. Mais ce risque n’est absolument pas un automatisme. Prêter attention à ces deux formes de fragilité n’est pas exclusif de l’attention à d’autres formes de détresse. Au contraire : dans le regard porté sur la vie en ses commencements ou en sa fin s’indiquent des options fondamentales qui trouvent des échos en d’autres domaines. On voit quelles conséquences éthiques aurait l’option de lier la notion de dignité et a fortiori celle de personne seulement à des performances intellectuelles, relationnelles et, finalement sociales. « Les critères que vous prenez quant au début de la vie, vous les prenez aussi pour les vies nées » (Olivier de Dinechin).


Xavier Lacroix
Université catholique de Lyon
Comité consultatif national d’éthique
Auteur de De chair et de parole, Bayard, 2007



 
Dernière modification : 04/05/2009
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