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Prologue par Azzedine Gaci


Prologue de la session 2008 des Semaines Sociales de France,"Les religions, menace ou espoir pour nos sociétés ?"


AZZEDINE GACI, président du conseil régional du culte musulman de rhône-alpes.





azzedine gaci

Chers amis, vous le savez, il n'y a pas un musulman ni une musulmane en France qui ne soit régulièrement interpellé sur les questions de la guerre et de la violence qui se développent dans le monde, et notamment dans le monde musulman. Certains tentent même d'établir un lien, qui s'apparenterait à une règle, selon laquelle la violence serait une donnée intrinsèque à l'islam.


Que disent les textes fondateurs de l'islam ? C'est parce qu'il est capable du pire que l'homme doit lutter, faire l'effort à l'intérieur de lui-même, pour devenir meilleur. L'homme doit lutter au quotidien contre les forces les plus négatives de son être. Son humanité dépendra essentiellement de la maîtrise de ses pulsions, de ses tensions et de ses démons intérieurs, nous disent-ils. Au lieu de déclarer la guerre au monde entier, l'homme devrait d'abord apprendre à faire la guerre à l'intérieur de lui-même, dans son cœur.


Car l'homme est sur terre non pas pour détruire la vie, mais pour la donner. « Quiconque a tué un être humain, à l'exception en punition d'un meurtre ou d'autres crimes odieux, doit être considéré comme ayant tué toute l'humanité ; et quiconque a sauvé une vie humaine doit être considéré comme ayant sauvé la vie de toute l'humanité » (Coran, sourate 5 la table servie, verset 32). L'homme n'est pas sur terre pour haïr mais pour aimer. « Nul d'entre vous n'a la vraie foi s'il ne désire pas pour son prochain ce qu'il désire pour lui-même » (Hadith, parole du prophète).


L'homme n'est pas sur terre pour prêcher la violence, semer des peurs, mais pour propager la paix comme le recommande une tradition musulmane : « Soyez les propagateurs de la paix » (Hadith, parole du prophète). C'est au fond ce que nous disent toutes les religions, toutes les philosophies. C'est l'essence même de toute culture et de toute civilisation. C'est sur ces valeurs, précisément sur ces valeurs, que nous devons fonder la politique dont le monde a besoin pour aujourd'hui : une politique qui intègre à la fois la dimension intellectuelle, morale, éthique, mais aussi et surtout la dimension spirituelle dont les hommes et les femmes d'aujourd'hui ont besoin, une politique de civilisation qui fait du respect de la diversité, de la dignité humaine, du respect des croyances et des religions une valeur universelle.


Nous, musulmans, considérons la diversité comme une volonté divine. C'est Dieu qui a voulu que je sois musulman aujourd'hui. S'Il l'avait voulu, comme le dit un verset coranique, nous serions tous des juifs ou des chrétiens, ou des musulmans. « À chacun de vous, Nous avons assigné une voie et un chemin. Si Dieu l'avait voulu, certes Il aurait fait de vous une seule communauté. Mais (Il ne l'a pas fait) afin de vous éprouver dans ce qu'Il vous a donné. Concurrencez vous donc dans les bonnes œuvres. Vers Dieu est votre retour à tous ; puis Il vous informera de ce en quoi vous divergiez. » (Coran, Sourate la table servie, verset 48).
La diversité n'est pas un défi d'aujourd'hui, c'est notre épreuve de tous les jours, de tous les temps : apprendre à respecter les amours, les sensibilités, la complexité de celui ou de ceux qui ne partagent pas ma foi, ni entièrement ma mémoire, mais avec lesquels je dois immanquablement construire mon avenir. Parce que nous vivons ensemble et que nos responsabilités sont partagées. Quand elle est bien gérée, cette diversité est une richesse : elle équivaut à une rivalité dans la bonté. Mais quand elle est mal gérée, elle peut s'exprimer dans la volonté de puissance, de pouvoir sans partage, d'exploitation, et la violence.


Les musulmans de France et les responsables musulmans de France ont effectivement beaucoup à faire aujourd'hui en France, en Europe et dans le monde occidental en général, pour revisiter, relire les textes fondateurs de l'islam, les approfondir, ne pas rester à la surface, entrer dans leurs finalités, étudier leur environnement – les lois du pays dans lequel ils vivent – et surtout produire une pensée en phase avec leur époque et leur contexte.


Mais les politiques aussi ont beaucoup à faire aujourd'hui vis-à-vis des musulmans : leur permettre de porter une foi, de transmettre leur foi à leurs enfants et de la vivre dans les mêmes conditions de respect et de dignité que les autres communautés religieuses. C'est à ce prix-là à mon sens, et à ce prix-là seulement, que l'on pourra faire face ensemble, les uns avec les autres et non les uns contre les autres, aux prêcheurs de la haine, aux entrepreneurs de la violence et aux professionnels de la peur. C'est de cette manière et de cette manière seulement que l'on pourra apprendre à vivre tranquillement, sereinement et paisiblement ensemble aujourd'hui.


 
Dernière modification : 18/02/2013