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Nouvelles solidarités,
nouvelle société
Jérôme Vignon
Une fois encore, l'actualité rattrape les Semaines sociales. Choisi en 2007, le thème de la session 2009 risque bien de trouver dans la crise un relief inattendu. Pourtant, le constat d'un émiettement du corps social et celui de l'essor des initiatives multiples pour y faire face, préexistaient à la chute des marchés financiers. Avec les nouvelles solidarités (entreprises d’insertion, commerce équitable, mobilisation médiatique en faveur des sans abris, réseaux d’échange de savoirs, responsabilité sociale des entreprises…), la session de 2009 explore l'idée que le déni de l'autre n'a pas seulement conduit à la marginalisation croissante d'une fraction importante de la population. Il a aussi miné le lien social lui-même. Or cette crise pourrait donner l'occasion de transformer l'essai de ces nouvelles solidarités en un vrai départ pour la société toute entière.
Ce qui pose question, malgré le déploiement de la protection sociale, c'est l'aggravation des situations d'exclusion et la précarisation croissante d’une part de la société. Quels sont donc ces "nouveaux risques sociaux" ? Qu'apprenons-nous à l'écoute de ceux qui éprouvent le regard d'une société qui veut les éloigner et s'éloigner d'eux ? Comprendre avec eux les causes des formes nouvelles d'exclusion, les distinguer de la pauvreté, c'est mesurer combien, au fil des époques, l'exclusion et le sentiment d’appartenance sont les fruits d'une vision de la société et des "modèles" qu'elle impose. Cette question de la solidarité s’avère finalement autant morale et politique que strictement économique. Ainsi mesurera-t-on l’apport révolutionnaire du message chrétien qui fait justement de la pauvreté et du manque le ressort d'un lien de fraternité.
On sera donc attentif à ces formes nouvelles de solidarité qui ne sont pas simples réponses à des problèmes précis mais annonciatrices d'un projet de société qui rassemble et associe plutôt qu'il n'écrème, qui ne proclame pas seulement l'autonomie mais aussi la capacité de participer, qui pratique à la fois la réciprocité et le don.
Est-il réaliste, en ces temps de crise, de vouloir généraliser les initiatives qui complètent le soutien institutionnel par du lien volontaire, entre les Etats, entre les générations, entre les actifs stables et les actifs précaires, entre les branchés et les déconnectés ? Existe-t-il une ou des visions globales qui créent de la cohérence entre les solidarités de proximité et l’ambition d'un développement durable planétaire ?
Jérôme Vignon,
Président des Semaines Sociales de France