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L'enseignement social de l'Eglise sur la justice [5/5]

Débat




Des participants expriment des doutes sur l’impact concret de l’enseignement social de l’Église. En quoi les prises de position des Évêques des États-Unis ou de France peuvent-elles avoir un impact ? Qu’est-ce qui selon vous, dysfonctionne dans l’intervention de l’Église ?

S’inquiéter de l’impact immédiat de la parole des évêques ne doit pas masquer la question d’une véritable conversion à l’Évangile. À travers son enseignement social, l’Église nous rappelle sans cesse des principes enracinés dans une longue méditation de la Révélation. S’il n’y avait pas eu des personnes, des chrétiens, un Magistère, qui depuis les origines s’étaient souciés des plus pauvres et de plus de justice, je ne sais pas si nous aurions vraiment fait évoluer le monde. Lorsqu’on considère l’expérience ecclésiologique qu’a représenté l’élaboration de la lettre pastorale des Evêques américains – durant six ans toute une Église qui discerne ensemble, des plus pauvres sur le terrain jusqu’aux plus grandes universités qui avaient organisé des colloques sur le sujet – même si la situation des États-Unis n’a pas été bouleversée, des transformations ont forcément été vécues.
Ce qui dysfonctionne ? J’ai l’impression que c’est surtout que nous ne sommes pas capables d’entendre le discours social de l’Église. L’Église de France a par exemple produit de merveilleux textes – je pense notamment à Ce peuple de la Pentecôte, l’un des magnifiques textes de la Pastorale de Migrants. Malheureusement, nous ne relevons pas ces paroles et nous n’en débattons pas ; nous ne les étudions pas.



La doctrine sociale de l’Église n’est-elle pas trop ou très occidentale, dépendant de la conception du droit romain ?


L’intérêt de l’homme non occidental est pris en compte lorsque l’on considère l’élargissement de la question sociale au monde entier dans les textes des cent dernières années. C’est par exemple le cas du très beau texte, peu étudié, du Conseil pontifical Justice et Paix sur l’endettement du Tiers Monde : voilà un texte magistériel qui prend en compte les plus pauvres du Tiers Monde, rappelle les responsabilités de tous, un texte non idéologique, soucieux de la complexité.
Sur notre conception occidentale de l’homme, il est vrai que lorsqu’on parle des droits de l’homme, et notamment dans sa version de 1789 ou 1948, c’est un certain type d’homme. On se demande même parfois si les femmes en font partie. Mais si l’on prend Pacem in terris, nous avons là une autre vision qui parle de la dignité de tout être humain.



Quelle a été la participation des femmes dans l’élaboration de cette Lettre des évêques américains ?


Les femmes catholiques américaines ont participé à ce travail et elles y ont pris goût. Peut-être vous souvenez-vous qu’une troisième lettre était prévue selon le même processus de discernement global dans l’Église nord-américaine sur le thème des femmes justement. Cela n’a pas eu lieu, changement de conférence épiscopale et de personne aidant, mais peut-être aussi par crainte devant un certain extrémisme des propositions féministes. Le sujet a peut-être paru difficile à traiter avec paix et équité.



Dans sa réflexion sur  la justice sociale, l’Église intègre-t-elle aujourd'hui tous les problèmes posés par la raréfaction des ressources mondiales, de l’écologie, etc ?


Avant toute réponse, je voudrais appeler à plus de précision : de quelle Église parlons-nous dans nos questions ? Par exemple lorsqu’on demande comme ici si l’Église s’intéresse à la raréfaction des ressources : oui, je connais des groupes de chrétiens mobilisés pour réfléchir sur ces questions. ; ils appartiennent à l’Église. L’Église magistérielle se soucie de ces questions – présentes par exemple à travers les thèmes de la destination universelle des biens ou de la responsabilité à l’égard des générations à venir – mais elle n’a pas encore produit de grande encyclique. Tout simplement peut-être parce que les têtes chercheuses n’ont pas encore élaboré complètement un programme qui mériterait d’être repris. L’enseignement social de l’Église a toujours été construit peu à peu, grâce à tous les clubs et groupes de chrétiens en recherche sur les sujets les plus contemporains.






 
Dernière modification : 25/08/2009