> Actes 2005 > Ouverture - Michel Camdessus
 

Effectuez une recherche
La recherche porte sur l'ensemble du site, mots clef et occurrences

 

Introduction de la session 2005


Par Michel Camdessus


Ouverture de la session 2005 des Semaines Sociales de France, "Transmettre, partager des valeurs, susciter des libertés".



MICHEL CAMDESSUS, Président des Semaines Sociales de France



Nous sommes 3 900... presque le double des participants des dernières années. Cela nous dit quelque chose de fort sur la société française. On nous dit qu'elle est autiste, que les messages n'y passent plus ; notre nombre nous dit que vous ne vous y résignez pas. Des responsables d'Église nous disent qu'ils craignent pour elle panne de transmission, que les Chrétiens tendraient à se replier dans des chapelles qui s'ignorent. Votre présence nous dit que vous voulez rejoindre aux Semaines Sociales de France un « espace ouvert de parole et d'imagination où  – que l'on soit Chrétien ou pas – on se demande quel est le regard de Jésus-Christ sur les réalités politiques, économiques et sociales d'aujourd'hui ».


Les réalités d'aujourd'hui... eh bien, nous sommes servis ! Trois dates situent notre aujourd'hui : d'abord à quelques jours près, le centenaire de la loi du 9 novembre 1905 portant séparation de l'Eglise et de l'Etat ; ensuite, 29 mai 2005, le "non" français au projet de contribution européen. Enfin, nous sommes le vingt- cinquième jour de ce novembre embrasé de feux de voitures, de boutiques et d'écoles, de violences, bref de crise ouverte, de révélation de la profondeur de notre crise de sens, de repères et d'identité comme cela a été bien dit. Voilà notre aujourd'hui !


Vous êtres nombreux à nous avoir dit qu'une réunion des Semaines Sociales de France sur le thème « Transmettre » ne pouvoir donc tomber plus à propos. Oui, il ne fallait pas être grands clercs pour discerner dans vos réponses à nos questionnaires des dernières années que vous viviez un questionnement, une inquiétude, et chez beaucoup, une angoisse qui portait précisément sur le transmettre dans un monde qui va si vite que tout semble nous échapper – à commencer par des repères sur lesquels nous comptions –, dans un monde surtout où nous voyons que partout valeurs et messages semblent ne plus passer.  Une société où le lien social se déchire, une société où, en bien des endroits qui s'embrasent, le lien social tout simplement n'existe pas ; une société où une confiance primordiale a disparu, où les perspectives de vie sont bouchées. Une telle société peut-elle être encore lieu de transmission ?


Pourtant, devant ces questions, devant cet état de choses, nous ne sommes pas à court d'explications et donc de pistes pour réagir : logement, chômage, racisme ouvert ou subreptice, et peut-être par-dessus toutes les autres, l'injustice la plus grave de toutes dans nos sociétés : l'injustice faite aux jeunes. Le traitement que notre société réserve aux jeunes, nous a-t-on dit, est un véritable symbole de nos dysfonctionnements. Ces analyses sont certainement utiles, mais il faut aller plus loin et être prêts à nous laisser toucher, interpeller, changer pour repartir vers nos engagements porteurs d'une espérance renouvelée. Nous allons pour cela travailler presque comme d'habitude. Vous avez bien médité notre programme. Je puis être très bref.


Aujourd'hui, avec Robert Rochefort, nous partirons d'un regard sociologique aussi précis que possible sur l'état du « transmettre » dans notre pays. Vous verrez que nos compatriotes sont plus lucides qu'on ne le croit, qu'ils pressentent que nous vivons une crise avec un grand "C", avec des risques qui touchent à l'essentiel de l'homme et de la société, mais avec des chances aussi qui passeront pour chacun par des remises en cause que les forums de demain nous aideront à élucider. Auparavant, nous aurons essayé d'aller plus au fond des choses en écoutant et en dialoguant avec de grandes voix de notre temps : des philosophes, psychanalystes, sociologues, théologiens. Enfin, en ce temps où l'image est partout mais où le regard ne sait plus se poser sur elle, nous accueillerons un des plus grands artistes d'aujourd'hui, Gérard Garouste, qui trouvera les mots pour nous aider à recevoir la transmission au-delà des mots, dans cet univers du sensible où nous savons si peu nous mouvoir.


Demain, après un moment de retour avec Bernard Lecomte sur ce que nous aurons vécu aujourd'hui, nous nous répartirons dans les six forums : famille, école, monde du travail, Église, médias, vie associative. Permettez-moi deux suggestions : gardons-nous de trop sectoriser notre problème et gardons à l'esprit combien ces six univers font système entre eux. Surtout, n'oublions pas cet autre espace de transmission qui aurait pu faire l'objet d'un septième forum, mais qui encore plus que les six autres, devra se situer en permanence en contrepoint, par rapport à celui dans lequel vous échangerez : ce septième espace, c'est la rue ! Espace certes de violence, mais aussi espace de création d'une culture avec laquelle nous devons apprendre à mieux dialoguer.


Voilà, il ne restera plus pour dimanche que quelques robustes morceaux de résistance : partager avec deux personnalités politiques de premier plan sur la manière dont le politique se situe par rapport aux risques et aux chances de la transmission des valeurs – cette charpente du bien commun que le politique a en charge. Deux amis très chers des pays de l'Est de l'Europe viendront ensuite nous dire l'expérience qu'ils en ont. Vous verrez dans cette séquence européenne une suite évidement de notre rencontre de Lille sur cette société européenne à inventer. Mais ce ne sera pas la seule puisque au moins une dizaine de pays nous ont envoyé des représentants que je salue chaleureusement parmi nous. Avec eux et quelques autres, le travail entrepris à Lille se poursuit. Nous cherchons à faire face à cette autre composante de notre aujourd'hui qu’est la panne de la construction européenne, à laquelle non plus nous ne voulons pas nous résigner.


Enfin, il nous faudra repartir avec un goût retrouvé de l'avenir. Contrairement à notre espoir, Umberto Eco n'est pas en mesure d'être des nôtres, mais nous rencontrerons Jean-Claude Guillebaud. Il nous aidera à dissiper nos doutes, à retrouver, dans cette France où nous avons appris à vivre la laïcité comme une chance pour le véritable « transmettre », ce terrain solide pour construire un avenir ouvert à tous.



 
Dernière modification : 25/08/2009