C-Aux racines de la violence
René Girard Je vois Satan tomber comme l'éclair Grasset 2000 - 300 p. (*)
Toute l'œuvre de René Girard, depuis " la violence et le sacré ", en 1972, tourne autour du thème de la violence, de ses origines et de ses manifestations symboliques dans la littérature et l'histoire de l'humanité. Notre auteur pense, comme Simone Weil, que les Evangiles sont une théorie de l'homme, avant d'être une théorie de Dieu. Loin d'être un mythe semblable à tous les autres, comme certains le répètent depuis deux siècles, les Evangiles seraient la clef de toute notre histoire passée, présente et à venir. Une œuvre incontournable, convaincante…, et dérangeante. On pourra lire également son tout dernier ouvrage : " Celui par qui le scandale arrive " (Desclée de Brouwer oct. 2001).
Françoise Héritier De la violence O. Jacob 1998 440 p. et 350 p.
Il s'agit du séminaire tenu en 1995, 1996 et 1997, par Françoise Héritier, alors qu'elle dirigeait, au Collège de France, le laboratoire d'anthropologie sociale. L'approche pluridisciplinaire adoptée (philosophique, historique, anthropologique, psychiatrique, religieuse, ouvre des perspectives riches pour approcher des matrices et des racines de la violence
Jean Guilaine et Jean Zammit Le sentier de la guerre Visages de la violence préhistorique Seuil 2001 384 p.
L'un est paléopathologiste, l'autre archéologue et professeur au Collège de France (Jean Guilaine). Leur enquête sur les formes premières de la violence chez l'homme éclaire nos comportements actuels : l'humanité est-elle vraiment sortie de sa préhistoire ?
Tony Anatrella
La différence interdite sexualité, éducation, violence, trente ans après 1968 Flammarion avril 1998 323 p.
Psychanalyste, spécialiste en psychiatrie sociale, prêtre, l'auteur établit un lien entre les racines de la violence et le refus de la différence. Reconnaître celle-ci implique d'accepter la différence des sexes, des générations et des rôles au sein de la famille. Reconnaître l'autre, ce n'est pas tout accepter de lui ni l'encourager dans ses conflits psychiques, c'est lui permettre d'effectuer cette patiente élaboration personnelle, à l'issue de laquelle il peut expérimenter une certaine liberté. " Mai 1968 n'a libéré personne. L'heure n'est plus à la nostalgie ".
Marie Balmary Abel ou la traversée de l'Eden Grasset 1999 362 p. (*)
Cet ouvrage est le quatrième (les trois précédents sont " L'homme aux statues ", " Le sacrifice interdit ", et La divine origine ") d'une série consacrée par l'auteur, psychanalyste, au déchiffrage du sens contenu, pour chacun d'entre nous, dans la révélation judaïque et chrétienne. L'éblouissement ressenti à la lecture des livres de Marie Balmary est une expérience très forte qui sollicite les profondeurs de la conscience et de l'esprit. Peu de spécialistes de l'exégèse sont allés aussi loin qu'elle, faisant jaillir du corps à corps avec les textes de l'écriture, une lumière qui porte en avant et qui nourrit. Par son entremise, l'histoire de Caïn et d'Abel revêt une dimension fondatrice qui délivre de bien des lectures convenues sur le mal, la souffrance et Dieu.
Cahiers Évangile n° 76 La violence dans la bible Ed. du Cerf 1991 64 p.
Ce recueil, œuvre de deux jésuites réputés, les Pères Paul Beauchamp et Denis Vasse, permet de pénétrer en profondeur dans l'interprétation chrétienne de la violence. De la Genèse au Nouveau Testament, on réalise que la violence est partout dans la bible, comme elle l'est en chacun de nous et au cœur de l'humanité depuis l'origine des temps. Guides expérimentés, les deux auteurs - l'un est exégète, l'autre psychanalyste - déchiffrent, commentent, et montrent les chemins qui convergent vers le Calvaire, d'où Jésus nous appelle à l'autre violence : celle de l'amour. En dépit de son petit format, ce livre est d'un abord difficile pour les non-spécialistes.
Christus La violence : une force à convertir N° 192 octobre 2001
La revue de spiritualité des jésuites consacre ce numéro à notre thème. Le volume contient de beaux articles, en particulier de Françoise Le Corre (" les ruses de la violence "), d'André Wénin (" Le Seigneur est un homme de guerre "), de Jean-Marie Tézé (" Le Bouddha et le Christ : deux attitudes devant la violence "), de Paul Valadier (un très bel article sur " la vertu de force : une réhabilitation nécessaire "). A noter aussi : les intéressantes contributions de Nadine Deveaux (sur les violences conjugales), et de Pierre Lassus (sur la maltraitance des enfants). Un regret : le silence complet sur l'œuvre très importante de René Girard, dont les travaux sur les relations de la violence et du sacré (en particulier au travers de la bible) sont à mettre en perspective avec les recherches des théologiens et des exégètes.
Amin Maalouf Les identités meurtrières Grasset poche 1998 - 189 p. (*)
D'origine libanaise, arabe et de culture chrétienne, Amin Maalouf vit en France depuis 1976. Il a acquis, depuis, la nationalité française. Historien de formation et romancier, il puise dans son expérience personnelle, aussi bien que dans l'histoire, l'actualité ou la philosophie, pour interroger la notion cruciale d'identité. Loin d'être donnée une fois pour toutes, l'identité est une construction qui peut varier. Il en dénonce les pièges et les illusions, et nous invite à un humanisme ouvert qui refuse à la fois l'uniformisation planétaire et le repli crispé sur la " tribu ". Un plaidoyer convaincu et convaincant. Un très beau livre !
Marie-Danielle Pierrelée Pourquoi vos enfants s'ennuient en classe 224 p.Ed. Syros 1999
Et si le collège unique avait partie liée avec la montée actuelle de la violence des jeunes ? Sans en être, à l'évidence, la seule cause, Marie-Danielle Pierrelée est convaincue, d'expérience, qu'en refusant de faire, au sein du collège, une place à chacun, notre système éducatif est à la racine d'une frustration essentielle chez de nombreux jeunes. S'appuyant sur sa pratique de principale de collège, à St Denis, puis dans la Sarthe, elle démonte et démontre les mécanismes d'échec du collège unique. Son projet pour l'école est ambitieux et convaincant. Il vise, au delà de la maîtrise des connaissances de base, l'apprentissage de la parole, de l'écoute, des projets à bâtir en commun, la gestion des conflits…Une école pour notre époque dans une démocratie vivante ! Un livre fort, et bien écrit (avec la participation active d'Agnès Baumier).
Malek Chebel Le sujet en Islam 285 p. Seuil 2002
Anthropologue et psychanalyste, musulman lui-même, Malek Chebel est spécialiste des mentalités dans le monde arabo-islamique. Ses travaux portent sur une grande diversité de sujets : la sexualité, le comportement amoureux en Islam, les symboles, l'imaginaire ("L'imaginaire arabo-musulman" PUF 1993), la religion et l'identité ("La formation de l'identité politique" Payot 1997). La question de la violence traverse l'ensemble de ses réflexions et analyses. L'autonomie du sujet, qui est au centre de la vision du monde occidental, n'a pas son équivalent en Islam, où l'on défend, aujourd'hui encore, une vision plus communautariste des rapports entre le sujet et la collectivité à laquelle ce dernier appartient. Comment, dès lors, favoriser l'écoute, le respect de l'autre et le dialogue, indispensables à tout effort pour apprivoiser la violence ?
D-Comment vivre ensemble ?
Jacques Arènes Dépasser sa violence Ed. de l'Atelier 136 p. (*)
Psychanalyste chrétien, l'auteur tente d'éclairer les origines des conflits et de la violence de tous les jours, celle qui naît toujours de la négation de l'autre. Qu'il s'agisse, entre conjoints le plus souvent, " d'un pouvoir exercé par une volonté sur une autre volonté ", ou entre parent et enfant généralement, d'un amour fusionnel qui ne respecte pas les nécessaires distances. Un petit livre riche du récit d'expériences personnelles et de cas vécus, qui permettent de comprendre, de l'intérieur, les processus par lesquels la violence s'empare de nous, et ceux qui aident à la dépasser.
Jean-Pierre Sueur Changer la ville Ed. Odile Jacob 210 p. 1999
Sénateur, maire d'Orléans jusqu'en 2001, auteur d'un rapport, " Demain, la ville ", commandé par Martine Aubry en 1998, l'auteur a consigné dans ce livre l'essentiel de ses analyses et de ses réflexions sur la ville, sujet qu'il connaît à fond, comme praticien et comme spécialiste des politiques publiques (il a été secrétaire d'Etat aux collectivités locales, de 1991 à 1993). Pour lui, trop longtemps, ce sont des conceptions réparatrices et correctrices, qui ont prévalu dans les " quartiers sensibles ", alors que c'est au niveau de l'agglomération que peut être pensée et planifiée la ville de demain. Jean-Pierre Sueur est ambitieux pour nos villes et présente des propositions judicieuses et réalistes. Un livre à lire pour comprendre l'échec des politiques de la ville depuis vingt ans, et pour réaliser la nouvelle urbanité qui reste à refonder pour le XXIème siècle.
Charles Rojzman (avec Sophie Pillods) Savoir vivre ensemble - Agir autrement contre le racisme et la violence La Découverte 2001 275 p. (*)
Dénoncer la violence, la réprimer, ne suffisent plus. Pour sortir d'une "logique de guerre", et passer "de l'autre côté de la haine", chacun doit accepter son ambivalence, apprendre à écouter l'autre, se méfier de ses préjugés et savoir les reconnaître chez les autres. Avec ces principes et quelques autres, Charles Rojzman intervient, à la demande de municipalités, de ministères ou d'organismes confrontés à des situations de crise, principalement dans les banlieues. La thérapie sociale qu'il a créée est le fruit d'expériences nombreuses qui sont décrites dans ce livre. Charles Rojzman et Sophie Pillods ont croisé terrain et réflexion politique, méthodes et témoignages. Le résultat est un ouvrage passionnant et convaincant. Il peut être utilisable dans toutes les institutions, et pas seulement dans les banlieues, par tous ceux qui ne veulent plus être des victimes impuissantes, mais devenir des citoyens démocrates et des artisans de paix.
Académie d'éducation et d'études sociales La transmission entre les générations, un enjeu de société Fayard 1999
Cette édition 1997-1998 des annales de l'A.E.S., porte sur un sujet proche de nos préoccupations. Notre époque de changements accélérés fait obstacle à la transmission. L'absence de repères, le déficit de sens, sont une des résultantes visibles de cette situation, où la violence s'avère difficile à canaliser. Les intervenants de cet ouvrage traitent du rôle de la famille, de la crise de la paternité, des rôles de l'Etat, des entreprises et des structures intermédiaires (vie associative et mouvements de jeunesse).
Jean-Marie Muller Le courage de la non-violence Ed. du Relié 2001 240 p.
"Se décider à la non-violence, c'est vouloir opposer au désir de violence une détermination qui maîtrise et transmue ce désir pour pouvoir aller à la rencontre de l'autre homme et construire avec lui une relation fondée sur une reconnaissance mutuelle ". Ouvrage de synthèse accessible à tout public, ce livre de réflexion permet de comprendre ce qu'est la non-violence, et d'abord ce qu'elle n'est pas, c'est-à-dire une simple négation de la violence.
Jacques Sémelin La non-violence expliquée à mes filles Ed. du Seuil 2000 57 p. (*)
L'auteur, professeur à l'IEP de Paris, et chercheur au CNRS, travaille sur la violence et sur la non-violence depuis 20 ans. Il s'est demandé comment répondre à ses deux filles de 13 et 8 ans, qui lui demandent : " Qu'est-ce que la non-violence ? ". La réponse figure dans ce livre minuscule en nombre de pages, mais grand par son esprit de synthèse, et le survol très complet qu'il fait de ce sujet complexe. C'est exprimé en termes simples, et appuyé par des exemples historiques (Gandhi, Martin Luther King, Mandela…).
Andrea Riccardi Sant'Egidio L'Evangile au-delà des frontières Bayard 2001 168 p.
Née d'un noyau d'amis dans le quartier pauvre du Trastevere, à Rome, la Communauté Sant'Egidio rayonne aujourd'hui dans le monde entier Dans ce petit livre d'entretiens avec Dominique Chivot, le fondateur de Sant'Egidio raconte et explique comment l'action de cette communauté, qui n'avait pas de prétentions à jouer les médiateurs, s'est élargie, en s'embarquant dans des négociations pour la paix, au Mozambique (couronnées de succès), puis en Algérie (sans réussir à y arrêter le sang), et en s'investissant pour trouver des solutions aux conflits des Balkans. Sant'Egidio a également relayé l'initiative du pape à Assise, en 1986, en organisant régulièrement des rencontres interreligieuses. Ce livre témoigne avec force et conviction de ce que peut être une pratique de la médiation et de la non-violence inspirée par l'Evangile.
Antenne sociale de Lyon De la violence au conflit : la reconnaissance de l'autre Lettre de l'Antenne sociale 2ème trim. 2000 70 p.
Antenne sociale de Lyon Religions, pouvoir, violence : relations dangereuses Lettre de l'Antenne sociale Avril 2002 66 p.
Rappel : (*) = à lire en priorité
Dernière modification : 25/08/2009