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Les Eglises et le débat sur l'identité nationale

Article paru dans La Lettre des Semaines sociales n°57, janvier 2010



Les Églises et le débat sur l'identité nationale



"Le devoir de porter le souci de l'autre"

O
n a coutume d'entendre les Églises de France s'exprimer fortement sur la question de l'immigration et de l'accueil de l'étranger en s’opposant assez vivement aux orientations globales de la politique conduite en France sur cette question depuis de nombreuses années. Or l'actuel débat mené par le gouvernement sur l'identité nationale a suscité dans ces Églises des réactions convergentes mais toutes marquées par une très grande prudence. 


Ainsi Mgr Hippolyte Simon, évêque de Clermont-Ferrand, vice-président de la Conférence des évêques de France, sollicité récemment par le préfet du Puy-de-Dôme pour participer au débat national,  a-t-il décliné l’invitation qui lui était faite en invoquant le « régime de laïcité ». Il n’a cependant pas manqué de commenter, en marge et en public, que la « France chrétienne » invoquée par le Président de la République est celle du Bon Samaritain qui a « le devoir de porter le souci de l’autre. »


Des évêques contestent ce débat

De son côté l’évêque de Verdun, Mgr François Maupu, s’il avait choisi d’assister au premier débat régional sur l’identité nationale, ne s’y était délibérément pas exprimé. Mais il a tenu lui aussi, comme Mgr Hippolyte Simon, à donner son commentaire personnel en marge du débat par voie de presse : « Le problème est que personne, dans ce débat, ne prend le temps de définir ce que l’on entend par identité nationale, et quel est l’objectif recherché à travers cette réflexion.... Nous aurions à redécouvrir que l’identité française est d’abord une identité de l’accueil. » Pour finir, Mgr Maupu admet qu’il y a des « malaises sous-jacents dans la société » à ce sujet mais l’exemple qu’il donne de ces « malaises » est pour le moins à l’opposé des attentes et des propos convenus. Il souligne le témoignage d’un ingénieur algérien de 46 ans, pleinement intégré et incroyant, qui dénonce les discriminations sur le nom de famille, signale la confusion arabe/musulman et qui, somme toute, préfère rester algérien plutôt que de devenir ‘citoyen français de seconde zone’.
Il faut dire que dès l’ouverture de l’Assemblée de Lourdes, Mgr Vingt-Trois avait donné le ton en appelant le gouvernement à respecter les droits des immigrés et en l’invitant à prendre en compte de façon urgente les conséquences sociales de la crise.
Éviter d’entrer dans le débat, en profiter néanmoins pour rappeler la position unanime de l’Eglise de France sur la question de l’immigration qui invite fortement à la non-discrimination et à l’accueil, éviter tout amalgame entre Islam et population immigrée, remettre en avant la question de la justice sociale, tel semble avoir été le parti-pris des évêques de France.


De son côté l’Eglise Réformée de France s’est bornée à renvoyer à la déclaration de son Synode national de 1998 sur l’accueil de l’étranger dont elle donne quelques extraits. Si  « la situation actuelle n’est pas propice à l’accueil de l’étranger » en raison des difficultés économiques, sociales et culturelles, il y a néanmoins lieu de rappeler que «nous avons besoin des étrangers pour nous exprimer et nous assumer dans notre identité de chrétiennes et de chrétiens: ils nous rappellent la part d’étranger qu’il y a en nous-mêmes et en Dieu.» ... «Nous rejetons l’idéal de la pureté parce qu’il nous asservit; en revanche nous considérons comme enrichissant le métissage de nos identités, la diversité de nos racines, de nos communautés et de nos nations.» Difficile d’être plus clair ! 


La session des Semaines sociales 2010 portera sur l'immigration et le vivre ensemble

Quant à l’Église orthodoxe, elle est restée muette sur la question. Mais il faut tout de même rappeler qu’à l’occasion de la visite en France du Patriarche Alexis, fin 2007, les éditions du Cerf et le centre Istina avaient publié la traduction des Fondements de la doctrine sociale de l’Église russe, un travail volumineux et novateur rédigé par un collège de spécialistes à la demande de l’Église russe en 1994 et solennellement approuvé le 15 août 2000. Or on peut y lire – peut-être avec quelque surprise – une très grande méfiance vis-à-vis de l’idéologie nationale: « Les théories qui érigent la nation à la place de Dieu ou réduisent la foi à un aspect de l’identité nationale sont contraires à l’enseignement orthodoxe ». 

Ainsi les Églises, en France, se sont-elles abstenues de se situer directement sur le terrain à la fois flou et miné de ce débat sur l’identité nationale mené par le ministre de l’immigration et de l’identité nationale. A Rome le cardinal Jean-Louis Tauran, président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux a commenté de façon tout à fait originale cette initiative gouvernementale française: « La situation française est très marquée par l’esprit de 1905, avec une tendance à opposer le religieux et le politique. Or il convient de les distinguer sans pour autant les opposer. Les religions, par leur message de paix, de fraternité, de cohésion, peuvent être facteur d’harmonie. Naturellement, il convient de ne pas amalgamer islam, immigration et délinquance. Il faut s’apprivoiser, travailler à une connaissance mutuelle, voir tout ce qu’on peut faire ensemble pour le bien commun. Le problème est que l’image d’un certain islam fait peur. Mais un pratiquant français a-t-il souvent l’occasion de rencontrer un musulman ? » (...) « Pour moi l’ignorance est la mère de toutes les dérives, elle est à la base de toutes les difficultés. Il faut se connaître davantage ... Le remède à toutes ces difficultés réside dans l’éducation, toujours plus d’éducation ». 

Ces propos nous renvoient à la fois à la session de 2008 sur "Les religions, menace ou espoir pour nos sociétés ?" où nous invitions les pouvoirs publics à tenir la promesse d’un enseignement du fait religieux à la hauteur des défis du temps. Ils nous ouvrent aussi la voie vers la session 2010 sur l’immigration et le vivre ensemble. Le travail est devant nous et nous voyons déjà les malentendus, les difficultés et aussi les vraies interrogations que nous aurons à aborder. 

Jean-Pierre Rosa
Délégué général
(15 décembre 2009)



 
Dernière modification : 24/08/2016