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Hommage à Jean-Yves Calvez

Habité par le souci de l’homme

Le père Jean-Yves Calvez nous a quittés. Les Semaines sociales de France saluent en lui un ami et un guide, un témoin passionné de son temps et un Jésuite : un authentique compagnon du Christ. Membre de notre Conseil depuis le renouveau engagé par Jean Gélamur, il en fut sans conteste un artisan toujours stimulant, chaleureux, aimé.

Il suffisait de prononcer son nom, "père Calvez", pour que se crée un sentiment de clarté, de recherche encourageante de la vérité. Jean-Yves Calvez paraissait avoir consacré sa vie à la question sociale, comme si son apostolat personnel consistait en effet à évangéliser les réalités globales de l'économie et de la société : évangéliser ou plutôt faire découvrir la force de l'Evangile au travers de l'imperfection du monde, des aspirations profondes, même si parfois dévoyées, à son perfectionnement.

Très tôt en effet le Père Calvez s'était confronté avec la théorie marxiste et les économies centralisées qui s'en réclamaient. Jamais dans cette confrontation  il ne se montrait hostile ou dogmatique. Il  partageait en effet le souci profond de l'humain qui animait aussi, pour le meilleur d'eux-mêmes, ses contradicteurs. Mais il les sommait d'aller jusqu'au bout et d'admettre au fond une contradiction, source d'une illusion qui s'avérait tragique : comment vouloir le bien de la communauté des hommes en méconnaissant la liberté et l'élan du cœur qui fondent le lien social ?

Aussi se trouva-t-il naturellement très vite aux avants-postes de la confrontation avec un libéralisme économique exclusif, sûr de lui-même et réducteur de ce même lien social, décourageant à l'avance l'ambition politique d'organiser la justice et la solidarité entre les hommes. Et de la même façon maïeutique, Jean-Yves Calvez, appelant au souci de l'humain en plénitude, démontait les contradictions et la volonté de puissance qui se cachent derrière la confiance aveugle dans le pilotage par le marché : comment proclamer la prééminence de la liberté et se désintéresser des conditions effectives d'accès du grand nombre à son exercice ?

Nous avons puisé et nous puiserons encore dans l'œuvre historique du Père Calvez, dans ses commentaires de la pensée sociale de l'Eglise, une inspiration rafraîchissante. Sa voix qui nous interrogeait et qui savait aussi interroger l’Eglise, retentira toujours au milieu de nous. Nous n'ignorons pas que sa pensée était nourrie de dialogue et d’écoute, en rien celle d'un esprit solitaire et nous exprimons notre confiance au CERAS dont il fut un animateur respecté pour continuer le chemin d'un discernement accompli à plusieurs intelligences et au travers de multiples engagements.


Amour et vigilance auraient pu être sa devise. Le père Calvez fut avec nous jusqu'au bout un veilleur aimant et affectueux. Il l'exprima jusqu'aux derniers jours de sa vie en ce dimanche de l'avent 2009 où il prêchait en l'église Saint-Ignace. Il n'y était pas question de doctrine sociale ni d’économie, mais de cette venue de l’Emmanuel, le Seigneur qui se manifeste dans l'extrême faiblesse et qui de cette façon nous met, au-delà de tous nos faux-semblants, en mouvement vers la paix authentique. Telle était la source de son unité personnelle. Il nous la transmet.



Jérôme Vignon
Président des Semaines sociales de France
Janvier 2010



 
Dernière modification : 27/05/2010