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Conclusion session 2001 (2)

Mais nous aimons que l'Eglise éclaire  nos consciences, constamment menacées de quelque égarement, tout en les  respectant dans leur perplexité et l'épouvantable complexité des  situations qu'il nous faut affronter. C'est, entre autre, pour cela que  nous avons été touchés et encouragés par le ton et la substance du  message du Saint-Père : son partage de notre enthousiasme pour les  promesses de la biomédecine, ses mises en garde contre tout ce qui porte  atteinte à la personne humaine, sa chaleureuse appréciation pour tous  ceux -et ils sont nombreux- ici qui travaillent au service médical ou  paramédical des malades.Venant d'un homme qui, contre tous les vents et  marées de ce siècle, a su ne jamais transiger quand il s'agissait de la  dignité humaine, ces paroles auront un écho durable dans nos cœurs.


Que dire du débat politique ?
D'abord  qu'il est urgent car, nous le sentons bien, ces questions de justice,  de solidarité, de respect de la vie, ces options qui définissent une  civilisation sont politiques par excellence. Il nous arrive de nous  plaindre de voir le débat politique se traîner, disons, trop au-dessous  des grands enjeux, eh bien voici que s'offre à nous un sujet qui mérite  de secouer nos somnolences. Ceci appelle un débat citoyen, car il y a là  des questions qui ne peuvent être laissées aux spécialistes. Lorsqu'il  s'agit d'éthique, ils se reconnaissent d'ailleurs incompétents et se  renvoient la balle.


Le citoyen  doit trancher, mais lui aussi se récusera si des éléments d'appréciation  premiers ne lui sont pas apportés. Il nous faut des citoyens debout et  pour cela, des citoyens informés. Or, nous le sommes très mal. Les  institutions doivent évidemment -notamment les structures d'éducation et  les médias- assumer ce devoir d'informer, mais nous avons, nous-mêmes,  le devoir de nous informer. C'est à cela que nous travaillons de notre  mieux aux Semaines Sociales de France et continuerons de travailler avec  nos antennes régionales. Ces problèmes requièrent des décisions, des  décisions urgentes, parfois simplement administratives, parfois des  changements de la loi, parfois aussi, lorsque la communauté nationale  demeure perplexe et les esprits mal préparés, la décision sage -et qui  ne requiert pas moins de courage- de surseoir à statuer. Car des  décisions où il y va de l'homme même et du respect qui lui est dû, ne  peuvent pas faire l'objet d'allers et retours législatifs comme on  nationaliserait ou dénationaliserait une entreprise publique. Dire cela  suggère déjà une certaine approche. Il est important que la loi soit  respectée et donc que, aussitôt que possible, les textes de 1994 soient  soumis à la révision prévue au terme de cinq ans. Il nous a été dit que,  sur bien des points, des ajustements qui, aujourd'hui, ne soulèvent  guère de difficultés majeures, peuvent être apportés. Qu'ils le soient.  Il n'en va pas de même de la question dont nous avons tellement parlé au  cours de ces trois jours, de la levée de l'interdiction du clonage  thérapeutique, dont l'utilisation des embryons surnuméraires ne serait  que le premier avatar. Sur ce point, les perplexités sont grandes ; les  nôtres, chrétiens sociaux, mais aussi celles de personnalités éminentes  qui ne partagent pas notre foi. Nous avons entendu Monette Vacquin -et  nous la remercions d'être revenue de Normandie pour être de nouveau avec  nous cet après-midi-. Elle nous parlait hier du " tableau délirant "  dans lequel nous sommes peut-être déjà, et qui nous menacera d'autant  plus qu'on lèvera l'interdit du clonage thérapeutique ; nous avons  entendu les perplexités aussi -pour dire le moins- d'Axel Kahn.


Je crois donc exprimer le point de vue  de la plupart d'entre nous en suggérant que le législateur prenne la  décision de différer pour le moment toute décision sur ce point.  L'urgence à légiférer conduit au panurgisme. Prenons donc le temps du  débat et du dialogue. L'exposé des motifs de la loi recommande  d'ailleurs une telle prudence qui suggère que " sur des questions aussi  sensibles et qui interpellent chacun, le temps du débat public doit être  largement respecté " ; et nous attendons aussi de l'Etat qu'il  respecte, sur de telles questions, le droit des citoyens à la  perplexité.


Notre réflexion au  cours de ces journées nous a montré que ces perplexités sont fondées.  Pour beaucoup ici, ce dont il s'agit, c'est d'un choix fondamental pour  l'avenir de nos sociétés car pour les uns, c'est le respect même de la  personne humaine dans ce qu'elle a de plus fragile qui est en en cause.  Et pour d'autres, si l'embryon n'est encore qu'une énigme, une "  personne potentielle ", s'il ne s'agit que " du début incertain d'une  vie humaine ", ce mystère touche à l'humain de trop prêt pour qu'on y  touche.


Alors, on nous dira,  certainement, qu'il faut songer au retard de la recherche -en effet, il  est temps d'y penser !- On nous parlera de brevets et de marchés. Nous  dirons alors que, pour nous, celui-ci est le plus mauvais des arguments,  car on ne peut pas combattre la marchandisation de notre monde (et  c'est un ancien du FMI qui vous parle), et céder, à première demande, à  la requête de réification et demain de marchandisation de ce qui est  "vie humaine potentielle". Mais disant cela, nous demandons aussi que le  maintien de cet interdit soit aussi ce qu'il doit être dans une société  humaine responsable : un stimulant à une créativité plus grande, un  puissant encouragement à engager des recherches là où les promesses  thérapeutiques sont réelles, sans soulever de problèmes de société aussi  graves : je pense aux recherches sur les cellules souches adultes, par  exemple.


La retenue que nous  suggérons ici au législateur me semble devoir également s'appliquer en  ce qui concerne la fin de la vie. Je n'ai perçu aucun désir de voir une  législation intervenir en ce qui concerne l'euthanasie. En revanche,  l'accueil réservé aux expériences de soins palliatifs nous suggère  d'inviter les pouvoirs publics à apporter à de telles initiatives un  soutien plus généreux. Nous ajouterions volontiers que l'attitude qui  caractérise les soins palliatifs -attention, écoute, imagination au  service de l'autre- devrait, évidemment, être étendue dans bien d'autres  domaines de la relation soignant/souffrant.


Mais n'oublions pas que la responsabilité politique est  aussi la nôtre, simples citoyens, et donc réfléchissons à la meilleure  manière -personnelle- pour chacun d'entre nous de faire entendre nos  voix, par exemple en rencontrant nos parlementaires dans nos  circonscriptions, et n'attendons pas de consignes ni de mots d'ordre  pour agir, mais évidemment, faisons de ces conclusions -qui seront dès  ce soir sur notre site Internet- tout l'usage possible.


Force nous est de reconnaître que de  tels débats et de tels enjeux dépassent largement nos frontières. Notre  vigilance de citoyen doit donc s'exercer aussi sur les travaux qui se  développent au sein de l'Union européenne. Les lobbies, disais-je à  l'ouverture de nos travaux, ne nous y ont pas attendus pour prendre  position ; et obtenir déjà certaines décisions fort critiquables, telles  que, par exemple, la directive sur la brevetabilité du gène. On nous  dira une fois de plus à Bruxelles que nous devons prendre garde de ne  pas laisser le champ libre aux recherches, aux investissements et aux  conquêtes de marchés potentiels par nos grands concurrents  d'outre-Atlantique…


Si vous me  permettez de me référer à l'expérience acquise dans une existence  antérieure, j'aimerais appeler votre attention sur le caractère  fallacieux et néfaste d'une telle approche qui, hélas, n'est pas  cantonnée au simple domaine de la génétique. Elle s'applique en matière  fiscale. Pour attirer chez soi les investissements étrangers, on réduit  la taxation des revenus élevés et des revenus du capital et on renonce  ainsi, au nom du " moins-disant fiscal ", à un moyen légitime de  redistribution des revenus. Pour attirer des dépôts bancaires, on  renoncera à des précautions élémentaires en termes de contrôles  prudentiels bancaires. On ne se montrera pas regardant sur l'origine des  dépôts. C'est ce qui fait l'attrait des " centres off-shore " et nous  pouvons être reconnaissants à M. Ben Laden de nous avoir révélé -cette  fois-ci avec éclat mais à quel prix- la perversité du " moins-disant  bancaire ". Aujourd'hui, c'est le " moins-disant éthique " que l'on nous  prêche au nom de la loi des marchés et de la concurrence. On n'humanise  pas le monde sur la base du " moins-disant éthique ". Si nous  reconnaissons la parfaite légitimité d'aller vers plus d'Europe, si nous  voulons aller vers plus d'Europe, c'est parce que nous pensons qu'il  nous faut être tous ensemble pour peser sur l'avenir du monde. Nous  voulons une Europe et un monde qui ne soient pas ceux d'un utilitarisme  triomphant mais un monde où la dignité de la personne humaine soit  défendue car elle seule n'a pas de prix.


Ceci m'amène, au passage, à souligner ici l'importance de  l'initiative que nous avons prise depuis maintenant deux ans avec le  Comité central des catholiques allemands, de travailler à faire en sorte  que puisse efficacement s'exprimer une conscience européenne. Vous vous  souvenez du manifeste signé par Jean Boissonnat et le Président Hans  Joachim Meyer en mai 2000. Sur cette lancée, nous voulons avancer et  espérons pouvoir célébrer en 2004, en parallèle, notre propre centenaire  des Semaines Sociales de France et les premières Rencontres sociales  paneuropéennes. Alors, nous essaierons de mettre en place la structure  qui, au plan européen, assumera la fonction d'information, de réflexion  et de propositions que nos Semaines Sociales ont jouée dans nos pays au  cours de ce siècle. Il y a urgence.

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Le  moment vient pour moi de remercier tous ceux qui ont fait de ces  journées des moments très riches de réflexion et de chaleur humaine.
Permettez-moi  de le faire en commençant à dire toute notre gratitude à tous ceux qui  font et continuent à faire que la parole et l'action des chrétiens  restent un rempart pour les plus pauvres, les plus fragiles et apporent  ainsi les fondements même d'une civilisation humaine. C'est le rôle de  l'Eglise, du Saint-Père et de nos évêques, et comment ne pas saluer avec  eux ces hommes qui, dans la modestie et la discrétion, jouent ce rôle  de vigie et d'éclaireurs constants de nos réflexions. Je voudrais saluer  ici très chaleureusement le rôle des Pères Verspieren et de Dinechin,  du Frère Cadoré ainsi que de tous ceux qui œuvrent en pionniers pour  ouvrir des chemins d'Espérance, guidés par la Lumière qu'ils trouvent  précisément dans cet accompagnement des plus faibles ; que ce soit dans  le travail parlementaire -merci Professeur Matteï, ou de mille autres  façons et vous devinez bien que, disant cela, je ne fais que refléter  l'émotion et la gravité avec lesquelles vous avez écouté Xavier Le  Pichon et Marie-Sylvie Richard.


Mais  il faut mentionner aussi tous ceux qui font que les Semaines Sociales  existent et retrouvent leur vitalité et ici, je voudrais saluer le  travail de tant de volontaires, de mes collègues du Conseil, de tous  ceux qui, à travers la France, par exemple, avec tellement d'attention,  ont travaillé sur l'enquête qui a servi de base à notre réflexion ; de  tous ceux qui sont déjà au travail sur la préparation de la session  prochaine et vous tous enfin qui, par cette magnifique participation, si  attentive, si intelligente et si fervente, avez fait cette 76e Semaine  sociale.


A tous, merci du soutien  et des encouragements que vous nous apportez et rendez-vous donc à  l'année prochaine pour discuter de " Violences et société "


25 novembre 2001.
Michel  Camdessus ,
Président des  Semaines Sociales de France


 
Dernière modification : 25/03/2010