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Synthèse de la session - 5

L'éducation à la démocratie


Mais il n'y aura pas de participation ni de démocratie sans démocrates, c'est-à-dire sans éducation à la démocratie. Éduquer à la démocratie consiste à la fois à rechercher une transformation positive de l'avenir et à susciter l'engagement de tous pour cet objectif. Cette éducation concerne d'abord les acteurs que nous sommes, acteurs responsables dans un souci de formation permanente. Car la démocratie n'est pas une situation, un état stationnaire : elle est dynamique et mouvement. L'éducation à la démocratie se fonde sur trois composantes : la composante morale des valeurs, la composante intellectuelle du discernement, la composante pratique des comportements.

Sur ces trois points, le citoyen de demain sera mobilisé autour de quelques idées fortes qui forment le terreau, la culture démocratique. Apprendre à connaître et reconnaître l'autre, c'est-à-dire à le rencontrer dans ses différences, ses oppositions, son originalité, mais aussi dans son égale dignité. Apprendre à dialoguer, écouter, se taire, c'est-à-dire développer sa propre capacité d'entendre pour accepter de se remettre en question tout en discernant mieux l'essentiel de l'accessoire. Apprendre à évaluer ses espaces de liberté pour assumer sa responsabilité, autrement dit à s'engager lucidement là où on peut faire quelque chose. Le ressort de cet engagement est double : un discernement intellectuel d'une part, une prise de risque, un courage moral d'autre part (pour apprendre à entreprendre). Apprendre à agir en fonction du bien commun. Cette direction correspond véritablement à l'éducation à la démocratie car elle est centrée sur l'objet du pouvoir. Quelques idées simples permettent de préciser ce concept : la mise en œuvre du bien commun apporte à terme un «plus», à tous et à chacun. Ce qui unit est plus important que ce qui sépare. Le bien commun s'élargit dans des collectivités qui s'emboîtent; la citoyenneté est devenue plurielle.

Les lieux et les acteurs de l'éducation à la démocratie sont multiples. D'abord la famille ; elle offre un terrain privilégié pour le vécu des valeurs : écoute, responsabilité, échanges, ouvertures multiples. Ensuite, l'école, par la valorisation de l'éducation civique diffusée dans plusieurs disciplines ; par la pratique de la participation, notamment dans des activités associatives à l'école comme à l'université ; par le développement de la formation éthique. Également l'entreprise : elle est participative lorsqu'elle traduit l'aspiration à une diffusion du pouvoir par la démultiplication des responsabilités, la gestion par objectifs ou le dialogue social ; elle est citoyenne lorsque dans la cité elle lutte contre le chômage, améliore l'environnement ou participe à l'éducation professionnelle. Ou encore l'association. C'est, a priori, le lieu de «la démocratie au quotidien» même si celle-ci n'est pas toujours facile à vivre. Évidemment les Églises, quand le citoyen est aussi un croyant. Enfin, les décideurs et les acteurs publics, appelés à être des catalyseurs du bien commun pour un exercice participatif du pouvoir; il leur appartient de transformer les mentalités afin d'agir «avec» et «vers» les concitoyens, et non pas seulement «pour» eux.

Les démocraties ont besoin d'hommes et de femmes de conviction pour structurer un imaginaire collectif en pleine mutation et pour exercer cette vigilance sans laquelle les valeurs démocratiques se délitent. La démocratie a besoin d'un souffle, d'une vision de l'homme. Le chrétien doit participer à donner ce souffle nouveau. Il est en effet éminemment concerné par le débat sur la démocratie. En accomplissant sa mission, le Christ a suscité des affrontements avec les pouvoirs, celui des Romains, celui des prêtres, celui des scribes et celui des pharisiens. On peut suivre, à travers vingt siècles de christianisme, les flux et les reflux de cette querelle de l'Esprit avec les institutions pour redonner à l'homme, à chaque homme, sa liberté et sa dignité. Le chrétien met la personne au cœur de la société parce que Dieu lui révèle par son existence et son message que chaque être humain est unique et que ni le chef ni la race, ni la classe ni le parti ne sont sacrés. Chaque chrétien est donc comptable de l'enracinement du processus démocratique dans la société.


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Dernière modification : 01/04/2010