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Dix propositions pour l'Europe - 2

La monnaie unique présente un second aspect politique. Gérée par une banque centrale indépendante, elle crée avec celle-ci le premier pouvoir européen véritablement et totalement fédéral. Or on ne peut imaginer que seul le pouvoir monétaire soit de type fédéral sans qu'un pouvoir politique le soit également. Ce serait d'ailleurs condamner à terme la banque centrale européenne que de la laisser seule de son espèce ; elle deviendrait une sorte de saint Sébastien de l'Europe, cible de toutes les flèches du ressentiment et de la revendication.

    6. Pour donner un contenu concret à ce pouvoir politique européen de type fédéral, il est peut-être trop tard si l'on voulait faire de la Commission un gouvernement européen, et trop tôt pour faire élire un exécutif européen au suffrage universel. Ne pourrait-on pas imaginer une période de transition pendant laquelle un triumvirat européen composé du président de la Commission, du président du Parlement (ou du président tournant du conseil des ministres pour éviter le risque de confusion entre le législatif et l'exécutif) et du président du Conseil européen (ou d'un secrétaire général de ce Conseil, en charge des affaires de sécurité et de relations extérieures) incarnerait aux yeux des citoyens européens et du reste du monde ce gouvernement embryonnaire. Quoi qu'il en soit du moyen choisi, il est temps de déployer autant d'efforts pour réduire le déficit démocratique de l'Europe qu'on en accomplit pour réduire ses déficits budgétaires. Le parlement, instrument de contrôle populaire, joue un rôle décisif à cet égard.

    7. De toute manière, l'inévitable et nécessaire élargissement de l'Union européenne ne permet plus de faire fonctionner celle-ci avec les institutions d'aujourd'hui. Les frontières de l'Union ne se définissent pas par la géographie mais par la volonté des nations qui souhaitent y participer, en acceptant tous les droits et devoirs qui en découlent. La vocation naturelle des pays d'Europe centrale est d'entrer dans l'union s'ils le souhaitent, quitte à organiser des transitions - non plus à l'extérieur mais à l'intérieur de l'union. La Russie, territoire à la fois européen et asiatique, devra être étroitement associée à cet ensemble auquel elle apportera les traits originaux et les valeurs de sa civilisation.

    8. Avec les États-Unis auxquels nous attachent une communauté de valeurs, de destin et d'idéal, l'Europe ne peut se contenter de gémir, de contester ou de revendiquer. Si nous voulons partager leur puissance, il faut être capables de partager leurs responsabilités. Bien souvent, ils nous montrent encore le chemin, par exemple dans la lutte contre l'argent sale, contre la fraude fiscale ou contre le travail des enfants et des prisonniers politiques dans certains pays vis-à-vis desquels les Américains, eux, n'hésitent pas à décréter le boycott.

    9. Ce que l'on a appelé le tiers monde a éclaté sous l'effet de la mondialisation. La Chine est déjà la troisième puissance économique du monde. Elle sera la première avant le milieu du prochain siècle. Il faut se réjouir que des peuples si longtemps écartés du monde économique moderne le rejoignent et il ne faut pas leur fermer nos marchés. Car l'économie n'est pas un jeu à somme nulle ; tout nouveau concurrent est aussi un nouveau client. Mais il faut aussi gérer des transitions pour qu'à une réduction des inégalités entre les nations ou des groupes de nations ne se substitue pas - ou pas durablement - une aggravation des inégalités au sein de chaque nation ou de chaque groupe.

    10. En définitive, la volonté qui manque encore aux Européens est celle de définir, d'affirmer et d'incarner collectivement des valeurs morales qui justifient leur union. Nous n'avons pas à nous excuser d'être chrétiens. Dans une société dont nous revendiquons la laïcité, nous pouvons affirmer notre identité. Je reprendrai volontiers ici un passage de la lettre que le cardinal secrétaire d'État nous a adressée de la part du Saint-Père pour la présente session : “Pour être porteuse de promesses, une politique authentique doit être fondée sur des principes moraux et créer un espace de liberté, de solidarité, de sécurité, de justice et de paix. La construction de l'Europe du troisième millénaire est donc à la fois une tâche morale et politique.


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Dernière modification : 02/04/2010