MGR PASCAL DELANNOY*
Sur cette terre, je suis certainement le dernier arrivé puisque j’ai pris possession du siège d’évêque depuis six mois seulement. Depuis, je découvre avec beaucoup de passion ce diocèse de Saint-Denis. La première chose qui me marque, cela a déjà été dit, c’est la diversité culturelle, une diversité présente au sein même des communautés chrétiennes. Le premier défi que nous devons sans cesse relever au titre d’une solidarité élémentaire dans ces communautés, c’est de permettre à chacun de prendre toute sa place, quels que soient le pays et le lieu d’où il vienne, afin que chacun puisse donner ce qu’il est, dans l’originalité d’une culture. Vivre des assemblées chrétiennes très diverses, c’est aussi être constamment propulsé vers une solidarité internationale. Quand nous voyons nos frères africains ou nos frères d’Asie porteurs de préoccupations, de questions, de problèmes, immédiatement notre champ de solidarité dépasse le niveau local pour s’ouvrir à l’international. Dans un diocèse comme le nôtre, nous ne pouvons pas être indifférents à ce qui se passe en dehors de nos frontières. Se questionner sur la solidarité dans le diocèse, c’est aussitôt se questionner sur une solidarité au niveau international.
Un diocèse comme la Seine-Saint-Denis nous oblige par ailleurs constamment à parler de la solidarité en termes concrets. Nous ne pouvons pas rêver la solidarité, nous ne pouvons que la vivre. Un exemple tout simple : quand je suis arrivé ici, plusieurs m’ont dit « vous avez de la chance, car vous arrivez dans le département le plus jeune de France : 30 % de la population a moins de 20 ans ». Mais concrètement, comment disons-nous à ces jeunes qu’ils sont porteurs d’un avenir pour notre société ? Comment ne pas en faire des jeunes désespérés face à l’avenir qui se ferme devant eux ? La question se précise là jour après jour : comment leur permettre d’avoir un projet qui les mobilise et qui engage leur dynamisme pour l’avenir ? On peut avoir un discours très théorique sur ces questions, mais celui-ci peut littéralement exploser sur le terrain quand nous voyons la situation de certains jeunes.
J’effectue actuellement une visite pastorale des cités – ces cités souvent caricaturées pour définir ce qu’est la Seine-Saint-Denis. Ce que j’y découvre est souvent une solidarité concrète au quotidien. Il suffit de quelques personnes, parfois d’une seulement, pour que se tisse le lien social et pour que se manifeste une réelle solidarité dans le quotidien. La solidarité ne se vit pas seulement par l’engagement associatif, politique ou ecclésial mais également jour après jour dans les quartiers là où des personnes, et parmi elles des croyants, sont présentes. Dans ces cités, je rencontre bien sûr des gens pressés de partir ailleurs, mais d’autres me disent combien ils sont attachés à ces lieux qu’ils ne souhaitent pas quitter car il est pour eux un lieu de vie, de relations et de liens.
Le diocèse de Saint-Denis est, vous le devinez, un diocèse très engagé au niveau de la solidarité. Un conseil diocésain de la solidarité se réunit régulièrement où les différents acteurs de la solidarité peuvent s’exprimer. Cette solidarité au quotidien, nous souhaiterions cependant qu’elle s’exprime davantage. Nous trouvons que souvent les chrétiens ont trop de pudeur pour en parler. Au mois de mars prochain, nous allons donc proposer une semaine baptisée « Le Printemps des solidarités ». Que ces Semaines sociales aient lieu dans notre diocèse est pour nous une invitation encore plus forte à nous mobiliser et préparer ce temps fort. Son objectif est de permettre aux chrétiens du diocèse de dire tout simplement comment ils sont acteurs de la solidarité – certains sont engagés au niveau politique, associatif ; d’autres de façon toute simple dans leur voisinage – jusqu’à nommer Celui qui la source de cette solidarité : Jésus Christ.
* Mgr Pascal Delannoy est évêque de Saint Denis.
Dernière modification : 26/04/2010