Effectuez une recherche
La recherche porte sur l'ensemble du site, mots clef et occurrences

 

Géographie de la solidarité en France et dans le monde [1/6]

Pierre Calame, directeur général de la Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l’Homme, ancien haut fonctionnaire et chef d’entreprise.


Conférence donnée lors de la session 2009, "Nouvelles solidarités, nouvelle société"


Après avoir été longtemps haut fonctionnaire au service de l'État français, je dirige depuis plus de vingt ans, une fondation internationale, la Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l'Homme. Elle se dédie à la solidarité internationale. Elle ne veut pas séparer la réflexion et l'action : on ne peut avancer que sur ses deux jambes. C'est à la lumière de cette expérience que je voudrais évoquer les nouveaux défis et les nouveaux visages de la solidarité.


Parler de nouveauté, c'est à la fois souligner l'inefficacité de nombreuses pratiques traditionnelles et reconnaître que, face à un monde profondément transformé, il faut traduire d'une autre manière les valeurs auxquelles nous croyons. J'aborderai successivement ces deux angles en commençant d'ailleurs par la conclusion, la manière dont le projet de notre fondation s'est reconfiguré en profondeur au fil des années à partir de ces considérations.

Une réflexion critique sur la solidarité traditionnelle


Si vous allez sur le site web de la fondation, vous trouverez une première affirmation : « une fondation indépendante qui contribue à l'émergence d'une communauté mondiale ». Chaque mot compte. Indépendante : la fondation ne se laisse pas enfermer dans des logiques d'appareils, ceux-ci seraient-ils étatiques, ecclésiaux, ou partisans ou dans le prêt à porter idéologique. Émergence : l'enjeu d'aujourd'hui n'est pas de gérer une communauté instituée mais bel et bien de l'instituer. Communauté mondiale : car les interdépendances entre les sociétés de la planète n'impliquent pas encore la conscience d'une communauté vécue de destin et nos espaces identitaires anciens, qu'ils soient là aussi nationaux ou religieux, ne correspondent plus à la réalité des interdépendances. Vous verrez ensuite que la Fondation voue son action en priorité à trois mutations : l'éthique, avec la recherche de principes communs pour gérer notre unique planète ; la gouvernance, car les modes de gestion de la société ne sont plus adaptés aux défis à relever ; la société durable, car de notre manière de concevoir les sciences et les techniques aux règles de développement de notre économie, tout nous éloigne aujourd'hui d'un monde durable. Mutations, gouvernance : d'un coup nous voilà bien loin des formes de solidarité traditionnelles.

Toujours sur notre site, nous soulignons l'importance du développement d'alliances citoyennes internationales, notamment propres à chaque milieu socioprofessionnel. Nous insistons par exemple sur l'Alliance internationale des militaires qui cherchent à concevoir les relations entre l'armée et la société sur de nouvelles bases; ou encore sur l'alliance d'universitaires ou de journalistes réfléchissant à l'exercice de leur responsabilité sociale, contribuant à la construction d'un nouveau contrat social mondial. Enfin, nous éloignant plus encore des rivages traditionnels de la solidarité, nous mettons l'accent sur les méthodes, sur les conditions dans lesquelles l'expérience de chacun peut se transformer en connaissance, cette connaissance en intelligence collective qui fasse retour aux acteurs de terrain. Là aussi, l'accent est mis sur les conditions de pertinence de l'acte solidaire plutôt que sur la générosité de ses intentions.

Ce projet est le fruit d'un long cheminement. Il part d'une réflexion critique, menée au cours des années 80, sur les formes traditionnelles de la solidarité.

Suite >>>
 
Dernière modification : 04/01/2016