> Actes 2009 > Pour une économie solidaire
 

Effectuez une recherche
La recherche porte sur l'ensemble du site, mots clef et occurrences

 

Pour une économie solidaire [1/3]

Compte-rendu réalisé par Anne-Marie Socié ET Igor Salomo, doctorants, diplômés du Master « Economie solidaire et logique du marché » de l’Institut catholique de Paris.


Atelier donné lors de la session 2009, « Nouvelles solidarités, nouvelle société »




Cet atelier, préparé sous la responsabilité d’Elena Lasida, directrice du Master «Économie solidaire et logique du marché» de l’Institut Catholique de Paris, et animé par Jean-Luc Graven, Secours Catholique, Projet Cause Commune / Équipe Développement Social, a suscité un très grand intérêt, rassemblant autour de 1000 personnes. L’animation a bénéficié du soutien de François de Witt, président de Finansol, qui a joué le rôle de journaliste en interviewant certains des acteurs.

L’atelier s’est déroulé autour de la participation de quatre groupes différents de personnes :
– un groupe de porteurs d’expériences, représentant neuf initiatives dans le domaine de l’économie solidaire, dans trois secteurs différents d’activité : le secteur production et commerce : Énercoop, Alter Éco, Terre de Liens ; le domaine du travail : Solidarités Nouvelles contre le Chômage (SNC), Travailler et Apprendre Ensemble (TAE), Association pour la réinsertion Économique et Sociale (ARES) ; le domaine de la finance : la Banque Postale, le fonds d’investissement Faim et Développement, Les Cigales.
- un groupe d’experts, constitué de personnes porteuses d’un regard particulier sur l’économie solidaire : Florence Rizzo, d’Ashoka, un réseau d’entrepreneuriat social ; Claude Alphandéry, président du Conseil National de l’Insertion par l’Activité Économique et de l’association SOL, fondateur de France Active ; Jean-Guy Henckel, fondateur et directeur des Jardins de Cocagne ; Mathieu Le Roux, auteur de 80 hommes pour changer le monde  ; Jean-Michel Servet, professeur d’études du développement à l’Institut des Hautes Études Internationales et du Développement à Genève.
- un groupe ressource, constitué de personnes ayant l’expérience de difficultés socio-économiques, identifié comme « le groupe de Mâcon » , rassemblé par le Secours Catholique.
- un échantillon de personnes issues du public.

L’atelier a été organisé autour de trois thématiques abordées successivement : le changement du rapport aux biens, le changement du rapport au travail et le changement du rapport au risque. Les organisateurs ont ainsi fait le choix de la diversité dans la mise en place de l’atelier, ce qui était en lien avec l’objectif visé. Il s’agissait de favoriser la réflexion et la prise de conscience sur l’économie sociale et solidaire, en prenant appui sur des expériences vécues au sein du secteur, et en donnant la possibilité d’une prise de parole par des personnes qui vivent en situation de pauvreté. La forme originale de cet atelier a permis de prendre du recul grâce à l’analyse des experts, tout en se donnant l’occasion de vivre concrètement certaines caractéristiques de l’économie solidaire : la parole pour tous, l’enrichissement mutuel, le primat de l’humain, l’importance du lien social. Ce compte rendu ne retrace pas chronologiquement le déroulement de l’atelier, il cherche à en extraire les lignes de force et à les réinscrire dans un cadre réflexif propre à l’économie solidaire afin de mettre en évidence l’importance du lien de solidarité qui y est créé. Nous procéderons en deux temps. Nous mettrons en avant le dénominateur commun à toutes les pratiques de l’économie solidaire, à savoir une posture spécifique où l’humain est au cœur de l’activité. Ensuite, nous montrerons comment la forme même de l’atelier et ce qui en a émergé, illustre bien cette posture. Pour conclure, nous poserons la question du rapport entre cette économie solidaire et l’économie dite classique.

Le primat du lien créé


L’économie solidaire se caractérise par le type de lien tissé entre les différents acteurs plutôt que par leur statut juridique. La logique économique de l’économie solidaire est celle de la réciprocité, qui se caractérise en premier lieu par son caractère volontaire, et en second lieu par la création d’une relation d’interdépendance. La notion de choix est particulièrement importante car elle souligne la liberté d’action des individus. En effet, ce choix reposant sur les convictions individuelles, il ne saurait être imposé par une quelconque force extérieure. Un engagement mutuel des uns envers les autres soutient l’ensemble d’une même activité.

Ainsi, le lien entre les acteurs est moins déterminé par la concurrence et le rapport de force, comme dans l’économie classique, et plus par la gestion collective et équitable de l’activité économique. Les acteurs ne sont pas soumis aux conditions de travail décidées par les responsables, mais ils les définissent ensemble. De plus, la notion d’égalité est souvent mise en avant. La relation qu’instaurent les acteurs entre eux ne repose pas sur la domination ou le rapport de force. Au contraire, c’est l’intérêt commun et l’interdépendance qui sont mis en avant. Soulignons qu’ici l’égalité et l’équité peuvent se côtoyer. L’idéal visé est celui d’une absence de hiérarchie arbitraire entre les personnes, ce qui revient à les considérer sur un plan d’égalité, mais sans nivellement des différences ni des besoins spécifiques à chacun. J- L. Laville  parle à ce propos de contrat social passé entre les acteurs, ce qui signifie que l’on se trouve en face, non pas d’une énième activité d’assistance, mais bel et bien d’un mode de vivre ensemble reposant sur un socle normatif fondamental. Cette posture, posée comme préalable dans le choix éthique de chaque acteur, peut être résumée par cette phrase : placer l’humain comme but de l’activité économique et non pas comme une « simple » force de travail corvéable à merci.

L’économie solidaire est donc un instrument au service du développement humain, à la différence de l’économie classique, qui peut sembler fonctionner par elle-même de manière quasi  indépendante ou, tout au moins, au service d’un groupe particulièrement restreint. Au sein de l’économie solidaire, si l’activité productive permet d’engendrer une certaine forme de richesse, celle-ci dépasse le strict aspect monétaire. L’apport de chaque personne n’est pas mesurable uniquement en termes financiers, mais il relève avant tout de la dimension humaine et relationnelle. Le qualitatif compte autant, si ce n’est plus, que le quantitatif. Le lien entre les êtres humains devient premier.

La grande diversité des initiatives se réclamant de l’économie solidaire, ou étant analysées comme y appartenant, tend à faire croire que rien ne vient unifier les pratiques. Pourtant, l’analyse montre qu’elles sont unies dans la diversité. Certes, chacune dépend de conditions locales, relevant du pays ou du secteur dans lequel elle prend forme, mais dans chaque cas, on retrouve une application particulière de la posture générale. Il est alors possible de parler de contrat social partagé pour les différentes initiatives.

Ainsi, l’économie solidaire, si elle est par nature multiforme, crée en même temps une certaine forme d’unité qui, au delà des multiples lieux, secteurs et activités, permet de parler d’une vision commune. Cette unicité dans la diversité donne à l’économie solidaire un caractère politique, marqué justement par l’idée de contrat social commun à toutes ces pratiques économiques.

 
Dernière modification : 26/02/2013