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Migrants et migrations [1/3]

Compte-rendu réalisé par Gilles De Courtivron


Atelier donné lors de la session 2009, « Nouvelles solidarités, nouvelle société »




Cet atelier a été coordonné par Gilles de Courtivron, administrateur des Semaines sociales, avec l’expertise de Céline Dumont, Réseau Chrétiens Immigrés, la participation active de Laurent Seux et Ludovic de Lalaubie, Secours Catholique, qui ont conduit les deux journées de préparation et la première partie de l’atelier, et de Jacques Dejean, Réseau Chrétien Immigrés, animateur de la table ronde finale.

Ont également participé à l’élaboration de l’atelier Claude Bobey, Les Amoureux au Ban Public ; Laurent  Giovannoni, Cimade ; Nina Marx, CCFD-Terre solidaire ; Servane de Bouard et Agnès Haincaud, Secours Catholique ; Jacques Giraud, Association Georges Hourdin ; et François-Xavier Gublin, Délégation Catholique à la Coopération.


L’ ensemble a été construit à partir des témoignages et de la réflexion de quatre groupes de migrants qui ont travaillé pendant de longues semaines sur le sujet des solidarités nouvelles : le groupe AIME ; Les Amoureux au Ban Public du 93 ; le groupe Santi l’Afrance de Chambéry ; le groupe de travailleurs sans papiers en grève d’Aulnay (93).


Enfin les personnalités invitées au débat final ont fait preuve d’une parfaite disponibilité pour préparer l’atelier lors d’une matinée et accepter d’intervenir à partir et après l’intervention des migrants. Il s’agissait de Yannick Blanc, ancien directeur de la Police générale à la préfecture de Paris ; Laurent Giovannoni, Secrétaire général de la Cimade ; Jacques Toubon, ancien ministre et Président du Conseil d’Orientation de la Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration.


Introduction


Précisons d’emblée que le titre même de l’atelier, « les migrations en débat », imprimé depuis plusieurs mois, ne correspond pas tout à fait au contenu qui s’est imposé après le travail de préparation avec les groupes de migrants. Les causes et les conséquences de l’immigration en France n’y ont pas été directement débattues. Un forum de l’atelier a été mis en place sur le site www.ssf-fr.org pour permettre le débat sur ces questions et poursuivre les échanges.

Réfléchir ensemble aux nouvelles solidarités à mettre en place pour mieux accueillir les migrants qui vivent parmi nous sur le sol français, telle était la proposition de l’atelier, avec comme guide la phrase de l’évangile de Matthieu 25: « J’étais étranger et vous m’avez accueilli ». La réflexion commune s’est élaborée à partir de et avec la parole des migrants qui ont bien voulu se joindre à nous. Les Semaines sociales sont en effet désormais convaincues que la grande pauvreté et l’exclusion commenceront à disparaître le jour où celles et ceux qui en sont victimes ne seront plus uniquement considérés comme des personnes à aider ou à assister, mais comme des personnes avec qui il est indispensable de s’associer pour élaborer et conduire un projet de société commun. L’atelier s’est composé de trois parties : la présentation des groupes de migrant; le travail de réflexion par petits groupes de  participants ; la table ronde.

1. Présentation des groupes de migrants


Pour clarifier quelques données: le groupe AIME

Le groupe AIME (Action Institutionnelle Migrants Étrangers) s’est constitué avec l’appui du Secours Catholique de Paris pour intervenir après des pouvoirs publics et de l’opinion publique afin de faire évoluer les préjugés qui entourent les immigrés. Le film Préjugés  qu’il a présenté donne la parole aux migrants et à divers spécialistes de l’immigration.

Fatoumata Traore et Boubou ont tenu à préciser la différence entre un migrant et un étranger : le migrant réside dans un pays autre que celui dans lequel il est né et dont il n’a pas encore acquis la nationalité (les migrants représentent 3 % de la population mondiale); l’étranger désigne celui qui ne possède pas la nationalité française. Il peut n’avoir jamais migré: c’est le cas des personnes nées en France, mais qui n’en ont pas la nationalité. À l’inverse, on peut être immigré, mais pas étranger, comme les personnes nées à l’étranger, installées en France et qui en ont la nationalité. L’ Europe des Vingt-sept compte 5 % d’étrangers.
Sur les droits à la vie privée et à la vie familiale :
Le groupe des Amoureux au ban public du 93

Au mois de juin 2007 naissait à Montpellier, sous l’impulsion et la solidarité de la Cimade, le premier collectif des Amoureux au ban public. Par cette initiative, plusieurs dizaines de couples mixtes décidaient de s’engager dans la défense de leur droit à mener une vie familiale normale mise à mal par le durcissement continu des lois et des pratiques administratives. En quelques mois, les “Amoureux au ban public” sont devenus un mouvement citoyen national implanté dans de nombreuses villes de France et rejoint par près de deux mille couples mixtes.

À travers une scénographie, quatre couples mixtes ont exprimé ce que vivent les migrants, les situations auxquelles certains sont confrontés, leurs difficultés, les solidarités vécues, celles de leurs conjoints, du collectif, et parfois de leurs familles. Pour que leur droit de mener une vie familiale soit pleinement respecté, ils ont demandé :
– la délivrance automatique d’un titre de séjour et d’un visa d’entrée en France aux étrangers vivant en couple avec un Français, quelles que soient les conditions de leur entrée et de leur séjour en France ;
– la garantie d’une situation administrative stable par la délivrance de plein droit d’une carte de résident un accès facilité à la nationalité française
– le droit au séjour en France en cas de divorce, de séparation ou de décès du ressortissant français
- l’interdiction de prononcer l’éloignement d’un étranger vivant en couple avec un Français et la fin du caractère délictuel du séjour irrégulier en France
- l’amélioration des conditions d’accueil étrangers dans les administrations.

Pour améliorer le vivre ensemble : le groupe Santi l’Afrance

À l’initiative du Secours Catholique, le groupe Santi, qui signifie voix en swahili, l’Afrance, pour l’Afrique + la France, s’est constitué à Chambéry dans une communauté d’Africains majoritairement originaires de la République démocratique du Congo (RDC). Depuis plusieurs années, ils réfléchissent aux questions suivantes : doit-on définir l’intégration comme l’adaptation à un cadre existant ou peut-n imaginer la possibilité d’enrichir le cadre de sa propre culture ? Y a-t-il un regard négatif sur les Africains ? Et si oui, pourquoi ? Y a-t-il une identité africaine ? De qui parle t-on quand on parle d’Africain ?

La définition de l’intégration par le Haut Conseil à l’intégration (1991) met l’accent sur la participation active à la société de toutes les personnes appelées à vivre durablement ensemble, en acceptant que subsistent les spécificités, notamment culturelles, mais en insistant sur les convergences dans l’égalité des droits et devoirs afin d’assurer la cohésion du tissu social. Pour le groupe présent, cette définition n’est malheureusement pas prise en compte. C’est ainsi que l’Africain noir se sent fragilisé et inutile, en particulier quand il entend dire parfois : « c’est le noir qui importe la misère en France… ». Selon eux, les Français pensent généralement que « l’Africain est un paresseux qui vient chercher une vie facile ici ». Pourtant, certains demandeurs d’asile du groupe ont été obligés d’abandonner leur travail et leurs études. Ils se sentent humiliés de ne pas être utiles à la société française parce qu’ils ne peuvent pas travailler. Ils insistent sur le fait qu’en Afrique le travail ennoblit et valorise l’homme. Ils regrettent que le parcours d’insertion professionnelle en France ne prenne pas en compte ce qu’ils savent faire. Leurs diplômes sont sous-estimés, leurs capacités intellectuelles et leur savoir mis en doute.

Pour eux, il vaut mieux parler de vivre ensemble, qui impose un effort commun de faire un pas l’un vers l’autre, que d’intégration. Les Français doivent considérer les Africains non pas comme des intrus dans le système, mais comme une pierre pour l’édification d’une nouvelle société où chacun aurait sa place. De ce fait, ils regrettent qu’en matière de logement, des quartiers entiers soient réservés à des gens issus de l’immigration. Du coup, les Africains, par exemple, vivent comme dans leurs pays et ne ressentent pas le besoin d’apprendre la langue et la culture françaises. Pourtant vivre ensemble ne signifie pas vivre avec une culture différente.


Pour les membres de Santi l’Afrance, il faut avant tout lutter contre les préjugés, comme celui de « l’Africain paresseux en quête de la belle vie en France ou venu prendre le travail des Français ». C’est par le travail, l’habitat, le mariage, la culture, le sport, l’école, la religion, la citoyenneté que nous pourrons créer du commun. Le vivre ensemble implique un mouvement de toutes les personnes, qui dépasse l’effort unilatéral souvent demandé à l’étranger. C’est la rencontre de deux peuples et de deux cultures qui amènera à la création d’une société nouvelle.

 
Dernière modification : 26/02/2013