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Vivre ensemble
Au niveau des personnes : faire un travail sur soi-même et sur le regard porté vers les migrants ; dire des paroles qui redonnent confiance ; considérer qu’il y a un devoir à être informé pour mieux combattre certaines formes d’idées; sensibiliser les entourages, des très proches au plus éloignés, en famille et sur le lieu de travail rejoindre les associations pour aider dans les démarches administratives et défendre les droits; rejoindre les paroisses et les lieux de culte pour en faire des endroits de débat et de rencontre qui donnent la parole aux étrangers favoriser les échanges spirituels, notamment chez les enfants ; prendre des initiatives d’accueil des parents dans les écoles où les enfants sont scolarisés, des rencontres, des sorties, etc.; mener toutes sortes d’actions collectives dans le sport, la cuisine, la couture, la culture, le soutien scolaire, l’alphabétisation, le parrainage.
Au niveau des institutions : favoriser les lieux de rencontre dans l’habitat; militer pour l’application des lois DALO ou SRU ; militer pour la représentation des migrants dans les instances communales, pour leur accès au vote dans les élections locales; favoriser la mixité sociale, notamment dans les écoles; reconnaître les diplômes étrangers; faire que les parlementaires portent une parole sur les migrants et aux migrants.
Jacques Toubon a retenu la proposition de droit de vote des étrangers non communautaires aux élections locales et européennes. Pour lui, c’est une question qui fait aujourd’hui clivage en France : une petite majorité est contre, une grosse minorité est pour. Mais il pense que le moment est venu pour un vrai débat, si l’on veut pouvoir l’appliquer en 2014. Un événement pourrait permettre de l’introduire le 50e anniversaire, en 2010, des indépendances africaines, une excellente occasion pour rappeler les liens historiques très particuliers qui unissent la France et un certain nombre de pays africains, et qui pourraient plaider dans le sens de la proposition évoquée.
Pour Yannick Blanc, s’il faut donner la parole aux étrangers, il faut d’abord répondre à la question : qui sont les étrangers? L’administration n’en sait rien, fait-il remarquer. Et comme il n’y a pas homogénéité des étrangers, on en vient facilement à un racisme qui catégorise. Dans son expérience à la Préfecture de police, ce sont les étrangers qui lui ont appris qui ils étaient. Il faut leur donner la parole, mais la parole ne va jamais de soi dans ce contexte. Il faut donc se poser les questions sur les conditions qui leur permettent de prendre la parole.
De quoi parle-t-on en matière d’intégration?, a demandé Laurent Giovannoni. Des nouveaux arrivants ou de ceux qui ont toujours été là ? D’étrangers ou d’intégration d’une classe sociale qui est au bas de l’échelle? Au fond, insiste-t-il, nous avons avant tout besoin d’une vraie politique d’égalité sociale qui lutte contre les discriminations.
Donatien Beya a regretté que l’Assemblée nationale vote des lois qui s’appliquent à des gens qui ne sont jamais consultés. Pour prendre de bonnes décisions, il faudrait que les migrants puissent s’exprimer.
Pour Jacques Toubon, l’intégration est à la fois une situation sociale et une action politique ; il faut des efforts réciproques. Chacun doit apporter une pierre qui permet de construire la maison commune. Aujourd’hui, constate-t-il, il y a une séparation sociale : les étrangers s’intègrent majoritairement à la classe défavorisée, une ségrégation s’installe. Mais il y existe aussi une note plus optimiste, il suffit de regarder ce qui se passe dans le domaine culturel, notamment pour la musique, la danse, les arts. L’Europe est en train d’intégrer une culture externe, la culture africaine. Finalement, l’intégration se fait dans l’autre sens. Et Alice Fontaine de dire le dernier mot sur ce thème : «Vivre ensemble, c’est apprendre la culture des autres».
Le travail
Les propositions au plan personnel : agir en citoyens solidaires, poser des questions aux candidats aux élections régionales ou aux députés ; s’engager dans des associations : Cimade, Ligue des Droits de l’Homme, etc. ; respecter et faire respecter le code du travail ; conscientiser l’opinion publique, éclairer et témoigner.
Au plan institutionnel : faire établir ou rétablir le processus de régularisation pour les travailleurs avec contrat ; obtenir une harmonisation des pratiques entre les préfectures ; arrêter le travail au noir et la monétarisation des contrats de travail ; reconnaître les compétences et les expériences des étrangers ; contrôler leurs conditions de travail, notamment en matière d’hygiène et de sécurité, faire appliquer le code du travail ; faire adopter une charte du droit du travailleur en Europe ; donner un rôle aux pays africains dans les grandes instances internationales.
En matière d’immigration, il faut se méfier des statistiques qui sont toujours fausses, a relevé Yannick Blanc. Aujourd’hui, la majorité des flux viennent du Maghreb, voire maintenant d’Égypte ou du Moyen-Orient. À propos de charte, il rappelle qu’il en existe bien une, la convention des Nations-Unies sur les travailleurs migrants, qu’il faudrait appliquer en France et en Europe. Sur la question de l’immigration familiale ou immigration de travail, il explique que le problème est biaisé et les statistiques n’en rendent pas compte. Les demandes de séjour se font en effet par la « case vie privée, vie familiale », parce que c’est la seule véritablement accessible. Et l’obtention de cette carte de séjour permettant d’accéder au travail, c’est en fait devenu le moyen d’intégrer aussi le monde du travail. Le système a généré le mouvement, qui a créé la statistique, qui a fabriqué les idées reçues. Un migrant migre toujours pour des raisons économiques. Il cherche du travail et il en trouve. Il y a ainsi un vrai/faux paradoxe : les migrants en situation irrégulière ont toujours du travail. Ils font les boulots les plus durs. Ils sont aussi très présents dans les services aux personnes. Il y a aussi une ambiguïté permanente entre migrants et étrangers. On mélange facilement leurs situations. Or ce n’est pas chez les migrants, c’est à dire ceux qui arrivent, qu’il y a un taux de chômage important. D’après Yannick Blanc enfin, il y a globalement un phénomène de discrimination massive, problème à la frontière de la migration et de l’exclusion sociale. Pourtant, il faut noter que chez les ados et les jeunes adultes, l’intégration se fait à toute vitesse, les jeunes partageant entre eux une culture diversifiée.
Jacques Toubon relève que pour le travail, la solution existe : c’est l’application de l’article 40 de la loi de décembre 2007. Il faut une circulaire qui oblige à l’appliquer de manière uniforme. Il faut de ce fait établir des critères et des listes de métiers où l’on pourra faire les régularisations rapidement. Une négociation est en cours entre les syndicats et l’administration. Espérons qu’elle aboutira vite et positivement. « Je ne voudrais pas terminer sans tirer un coup de chapeau aux groupes de migrants qui ont travaillé depuis plusieurs mois pour préparer cette réunion, a insisté Jacques Toubon. Dans le cadre de cette préparation, j’avais déjà eu l’occasion de les rencontrer et de me rendre compte du sérieux de leur démarche ».
Notre revendication majeure, a redit de son côté Laurent Giovannoni : c’est que tous soient égaux devant la loi. La revendication à la dignité doit être au cœur du pacte républicain. Et il faut se réjouir qu’aujourd’hui les grandes confédérations syndicales soient concernées par ce problème.
Difficile de prendre la parole après tout ce qui a été dit, a souligné Mamadou Sidibe, en lançant néanmoins un appel à tous les citoyens pour que la lutte pour leur régularisation soit un succès.
Fatoumata Traore, du groupe AIM E, a rassemblé en quelques mots l’essentiel des solidarités à promouvoir :
– changer les regards et sortir de la suspicion ;
– des droits appliqués pour tous ;
– des cours d’histoire africaine dans les écoles ;
– la prise de parole des étrangers face à l’administration ;
- considérer les étrangers autrement que comme des délinquants.
Remerciant les participants et les orateurs pour la qualité des échanges, Gilles de Courtivron, le responsable de l’organisation de cet atelier a indiqué en conclusion que, fortes de cette expérience de réflexion avec les personnes en difficulté, les Semaines Sociales entendaient bien poursuivre ce mode de travail dans les années à venir, y compris lors de la session 2010 sur le thème « Migrations et métissage ». Les participants se sont quittés au son du magnifique gospel interprété et créé pour l’occasion par le groupe Santi l’Afrance.
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