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Pour vous donner une idée de l’importance de Fleury-Michon, six de nos sept sites industriels ainsi que tous nos services administratifs et notre siège sont implantés en Vendée profonde - moi-même je suis un Vendéen pur porc de naissance -, dans un rayon de 30 kilomètres. Ce qui confère, vous vous en doutez, à Fleury-Michon une lourde, une sacrée responsabilité au niveau de l’emploi local. Il est certain que l’avenir de plusieurs milliers de personnes est suspendu à l’avenir de Fleury-Michon. Je n’ose imaginer ce qui se passerait si Fleury-Michon était en déclin. Et c’est justement parce qu’on ne veut pas de ce scénario que ça nous pousse aux fesses pour innover. On est condamné à se développer, condamné. C’est ça que je voulais vous faire sentir. C’est le moteur de notre développement, c’est le moteur de notre croissance. Et c’est ce qui a imprégné, et qui imprègne toujours, nos grandes décisions économiques. Innover, aller toujours de l’avant parce que l’entreprise ne pourra jamais s’arrêter.
Plutôt que de grands discours, je vais vous donner quelques exemples des innovations sociales qui ont accompagné nos innovations économiques. En 1982, notre productivité industrielle allait beaucoup plus vite que notre croissance des ventes. Nous allions inévitablement arriver devant une équation à résoudre qui était: qu’est-ce qu’on va faire ? Le chômage technique, les licenciements ? C’est alors qu’on a réfléchi avec les partenaires sociaux bien avant que ça se produise. Dès les années 80, on ne voulait pas remettre en cause cette politique industrielle parce que cela aurait remis en cause la vie de l’entreprise. On a imaginé avec les partenaires sociaux des solutions qui nous éviteraient de licencier.
C’est ainsi que, dès 1982, on a mis en place un accord de modulation d’horaires, permettant de faire des horaires de 32 à 42 heures. En même temps, en contrepartie, on a annualisé le temps de travail et on a amené une réduction du temps de travail de 39 heures à 37 heures 30. Cet accord qui, je vous le rappelle, était illégal à l’époque - il a fallu obtenir une dérogation du ministère du Travail - a été bénéfique pour les salariés, n’a pas été pénalisant pour l’entreprise et nous a permis de ne pas recourir au chômage technique, en reliant directement les heures travaillées à la charge de nos clients. En outre, cet accord a permis d’embaucher 70 personnes suite à la réduction du temps de travail.
Parallèlement, cet accord d’annualisation et de réduction du temps de travail a été accompagné par un accord de préretraite progressive pour les gens de plus de 55 ans qui le souhaiteraient. Or, en 1982, les pouvoirs publics ont mis en place les contrats de solidarité. 154 personnes qui avaient plus de 55 ans, ont dit: «Nous, on préfère partir en préretraite» - en touchant, je crois, à l’époque 80% de leur salaire. Ce qui a permis à 72 jeunes, qui étaient souvent leurs enfants ou leurs petits-enfants, de trouver un emploi dans l’entreprise, dans le cadre de ce contrat de solidarité.
Voici un autre exemple de notre souci de permettre aux personnes de concilier leur vie tout court et leur vie familiale avec le travail. En 1987, on a mis en place le travail à temps partiel, en particulier pour les femmes, pour qu’elles puissent faire face à leurs contraintes familiales ou aux horaires scolaires. Ça n’a pas été un petit travail, pour l’encadrement notamment, parce qu’il a fallu modifier l’organisation des ateliers. Mais ça a permis et ça permet toujours aujourd’hui à plus de 150 femmes d’avoir cet horaire aménagé en fonction des horaires scolaires ou de leur vie familiale.
En 1990 - je vous cite les principaux accords -, en complément de la participation financière légale qui avait été instituée par de Gaulle, on a signé avec les partenaires sociaux un accord d’intéressement financier supplémentaire lié à l’accroissement des résultats. On a déterminé quel était le niveau de résultats courants minimal pour que l’entreprise puisse avoir une performance normale. Au-delà de ces résultats, on a donc mis en place un intéressement.
En 1994, on a introduit une autre innovation sociale qui là aussi correspondait à une forte demande de la part des jeunes mamans. Il s’agissait du congé parental, avec versement d’une allocation et un engagement de réembaucher ces mères ou les pères qui souhaitaient prendre ce congé parental. Il y a eu un homme qui a décidé de prendre son congé pour s’occuper de son enfant.
En 1996, il y a eu un autre accord, pour répondre à un souci toujours fortement exprimé par les partenaires sociaux: le chômage local. Entre 1975 et 1997-1998, le taux de chômage est passé en Vendée, comme dans le reste de la France, de moins de 3% à 12% et même plus. Face à ce souci des partenaires sociaux, on a donc fait un nouvel accord de réduction de travail - puisqu’on était déjà à 37 heures 30. On est passé à 37 heures, et pour que ce soit financièrement supportable par l’entreprise, nous avons passé un accord avec les partenaires sociaux pour que la partie d’intéressement variable qui était liée aux résultats soit supprimée. On a pris le rythme dans l’entreprise en disant: «L’intéressement vous avait donné tel salaire l’année dernière. La réduction du temps de travail ne va pas vous pénaliser. On intègre l’intéressement parce qu’on fait le pari que notre croissance nous permettra dans les années qui viennent d’accroître le résultat.»
Et enfin, j’arrive au dernier accord important qui marque le volet social de l’entreprise, c’est l’accord de Robien que nous avons signé en novembre 1997. Je vais m’y attarder un peu parce que, quand on a abordé l’accord de Robien avec les partenaires sociaux, on ne l’a pas du tout abordé en accord de réduction du temps de travail. On l’a abordé en termes d’opportunité, pour l’entreprise et les salariés, d’aménager le temps de travail pour permettre à l’entreprise et aux salariés d’avoir une plus grande flexibilité dans le travail.
Je m’explique: on le sait - tous nos prix sont liés à cela -, il y a la nécessité d’aller très vite. On a des activités avec les salades maintenant qui sont très saisonnières. Il faut avoir une plus grande amplitude dans nos horaires. C’est le premier point. On a dit: «Il est important pour l’entreprise d’aborder ça en termes de flexibilité du temps de travail.» Trois règles de base ont été retenues, qui ont été signées par les partenaires sociaux avant qu’on discute et qu’on négocie l’accord de Robien. Et ces trois règles ont été signées par tous les syndicats, y compris la CGT, qui généralement ne signe jamais aucun accord - elle ne s’y oppose pas mais ne les signe pas. Et là, ces règles de base ont été signées.
Première règle: «Face à une concurrence de plus en plus réactive et à une forte saisonnalité de nos ventes, l’entreprise doit accroître sa modulation d’horaires et faire tourner plus longtemps ses équipements de production.» C’est à partir de cette première règle qu’on étudiera l’accord de Robien.
Deuxième règle: «L’entreprise doit renforcer ses performances économiques et le nouvel accord ne devra pas accroître les charges de l’entreprise.»
Et enfin troisième règle: «L’amélioration du fonctionnement de l’entreprise devra bénéficier aussi aux salariés et prendre en compte leurs aspirations.»
Comme il était évident que nous avions le souci de tous, de l’avenir, de la pérennité économique de l’entreprise et aussi le souci du volet social et de l’amélioration des conditions de vie de chacun, nous avons pu aboutir à un accord qui a été mis au vote des salariés, qui ont voté à plus de 85%. Je résume les grandes bases de cet accord. Les horaires ont été ramenés de 37 heures à 33 heures 30, la modulation des horaires, qui était de 32 heures à 42 heures, est passée de 21 heures à 42 heures, avec la possibilité pour l’entreprise d’aller à 46 heures dans un délai de 6 semaines maximum pour que l’entreprise puisse faire face à ses fortes variations saisonnières.
Résultat: aujourd’hui, le bilan est globalement positif pour les salariés et l’entreprise et, conséquence heureuse, 350 emplois nouveaux ont été créés suite à cet accord. L’année dernière, une enquête a été faite par l’encadrement et avec l’encadrement et les partenaires sociaux pour savoir ce qui marchait bien et ce qui ne marchait pas. On a modifié un certain nombre de choses. Actuellement, une enquête est en cours avec les partenaires sociaux auprès des salariés afin de recueillir leurs remarques et suggestions.
Pour moi, lorsqu’on est entré en bourse au mois de février, le fait que plus de deux salariés sur trois aient souscrit des actions Fleury-Michon - puisqu’on a couvert le capital à hauteur de 3% - démontre non seulement qu’il y a une forte confiance des salariés dans l’avenir de Fleury-Michon, mais aussi qu’ils adhèrent au projet économique et social de Fleury-Michon qu’ils connaissent; ils savent où ils vont et ils savent pourquoi on travaille.
Avant de terminer, je voudrais préciser bien entendu que ce développement équilibré entre progrès économique et progrès social n’aurait pas réussi s’il n’y avait pas eu la confiance réciproque qui existe depuis toujours chez Fleury-Michon entre les partenaires sociaux, et donc les salariés, les dirigeants, mais aussi les actionnaires.
En conclusion, je me permettrai de vous livrer l’une de mes convictions profondes, ancrée en moi depuis de très nombreuses années et qui m’a été inculquée par mes prédécesseurs, c’est que si le profit est un élément indispensable au développement et à la pérennité d’une entreprise, il ne peut plus et il ne doit pas être le seul indicateur de la performance des entreprises et de leurs dirigeants.
Je suis absolument convaincu, et mon expérience chez Fleury-Michon en est une petite démonstration, que la prise en compte des facteurs humains est et sera de plus en plus importante dans la réussite et la pérennité des entreprises. Il y a d’ailleurs une chose qui me réjouit, c’est l’apparition, nouvelle en France, des fonds éthiques, qui prennent en compte maintenant la politique humaine d’une entreprise, pas au même titre, mais parallèlement aux performances financières. Ça me réjouit et ça me renforce dans mes convictions.
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