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Une Europe en perte d'influence

150 personnes ont participé jeudi 6 mai à l’assemblée générale des Semaines sociales qui se tenait à l’Institut catholique de Paris, et où est venu s’exprimer Jacques Delors, ancien président de la Commission européenne, à trois jours du 60e anniversaire de la commémoration de la déclaration Schuman. En période de crise économique et de crise européenne, cette intervention représente un symbole pour Jacques Delors qui a rappelé « qu’il n’y avait pas d’autre solution que de faire l’Europe ».



Une Europe inévitable mais en perte d’influence, sinon en panne, c’est en substance le message que Jacques Delors a laissé à la fin de son intervention lors de l’assemblée générale des Semaines sociales de France qui s’est tenu jeudi 6 mai à l’Institut catholique de Paris. Au cours de son exposé, alors que l’Europe traverse une grave crise économique, Jacques Delors a tenté de répondre à la question : que peut-on faire aujourd’hui pour l’Europe ?

L’ancien président de la Commission européenne a d’abord rappelé la portée considérable, autant spirituelle que politique, de la déclaration de Robert Schuman, qui a proposé aux Français et aux Allemands de s’unir, malgré la rancune de ces deux peuples quelques années seulement après la fin de la guerre. Or cette Europe est aujourd’hui au croisement d’une mutation économique et géopolitique qui accroît la difficulté de la faire vivre comme démocratie.

Jacques Delors a ensuite dressé un état des lieux de cette Europe, dont la monnaie est en crise, et qu’il attribue à un « défaut de construction du système » qui nourrit la spéculation et l’euro-sceptiscime. Il a également dressé un bilan mitigé du sommet de Copenhague, qui a échoué car les dirigeants européens n’ont pas su se mettre d’accord et ont préféré jouer la carte nationale.

Jacques Delors a néanmoins insisté sur les possibilités intéressantes offertes par le traité de Lisbonne, notamment quant au rôle accru donné au Parlement européen. Cependant, avec la création du haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité et un président du Conseil européen, ce traité complexifie singulièrement une organisation qui fonctionnait plutôt bien jusque-là.

Dans la deuxième partie de son intervention, Jacques Delors s’est interrogé sur la capacité de l’Europe à faire face aux nouveaux défis, posés tant par la mondialisation, la baisse de la démographie européenne, une instantanéité accrue de l’information, et une absence de perception des menaces de la part du peuple européen. Or, les difficultés sont pourtant là, avec le risque pour l’Europe de perdre son influence dans le monde : une européanisation difficile avec des partis politiques victimes du nationalisme rampant et la faible perception pour la population de l’impact de l’Europe sur son quotidien. Autant de défis qui rendent la « tâche immense » pour la construction européenne. Seule une menace extérieure pourrait, selon lui, tirer les Européens de leur torpeur et amener les chefs d’Etats à prendre la mesure de leur rôle historique.

Isabelle Maillet

 
Dernière modification : 14/05/2010
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