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Message du président

Message du président des Semaines sociales de France

A l’occasion de l’Assemblée générale de l’association Semaines sociales de France le 6 mai 2010



Justice et confiance


En 2009, les Semaines sociales de France ont mis en exergue le thème de la solidarité et plus particulièrement ces formes de solidarités nouvelles qui s’efforcent depuis une vingtaine d’années de retisser le lien social dans notre pays. Elles espéraient que la crise leur donnerait une plus grande visibilité. De fait, les Français ont répondu plus généreusement qu’à l’accoutumée aux appels des associations de solidarité et d’entraide auxquelles ils accordent depuis longtemps leur confiance.


Mais au-delà de ce réflexe positif, force est de constater que la crise a déclenché un autre mouvement profond, en France et en Europe, qui voit au contraire s’affirmer des replis de nations ou de communautés. Les crises grecque et belge l’illustrent aujourd’hui à leur façon. Le  débat sur l’identité française, plus souvent axé sur l’affirmation de ce que nous possédons en propre que  sur ce qui aujourd’hui, dans notre diversité, pourrait nous rassembler, en atteste également. 


Rien n’est aujourd’hui plus grave que la montée des égoïsmes nationaux  et des populismes. Ils sont  exacerbés par la crise, certes, mais aussi nourris par une culture de la possession et  du chiffre qui engendre un sentiment de frustration, d’abandon et de solitude, signalé par  le rapport du Médiateur de la République. L’inconscience de ceux qui s’adjugent des rémunérations disproportionnées, ou refusent toute remise en cause des positions acquises en un temps d’évidente adaptation, récolte la tempête.


Au terme des nombreuses réflexions, échanges et délibérations ouvertes conduites par les Semaines sociale de France, dans de nombreuses villes de notre pays, comme avec nos partenaires européens dans la société civile, il apparait que la première source d’un retour à la confiance devrait être la recherche de la justice. Face à l’ampleur des adaptations nécessaires, du fait du ralentissement de la croissance, mais aussi des changements démographiques et de l’adaptation aux nouvelles donnes climatiques,  la question de la justice redistributive ne peut être éludée. Les thèmes de la réforme des retraites, mais aussi ceux de la lutte contre la pauvreté et particulièrement la pauvreté récurrente des enfants  (aujourd’hui plus d’un enfant sur 6 en France est  au risque de pauvreté), la résorption de l’insuffisance criante de l’offre de logements adaptés aux besoins  (le stock est en déficit de l’ordre de 900 000 selon les estimations  de la Fondation Abbé Pierre, reprise par le gouvernement) conduisent à remettre en cause  non seulement la répartition du fardeau fiscal et les conditions de son bouclier, mais aussi les  principes qui limitent la redistribution verticale des prestation sociales et familiales. On ne peut vouloir rassembler les Français et les Européens, on ne peut leur demander de faire face aux temps nouveaux,  sans demander plus à ceux qui ont été le plus en situation de tirer avantage des conditions passées de la croissance.


La recherche de la justice et la volonté de solidarité collective qu’elle manifeste ont besoin d’une fondation plus profonde que l’esprit de revanche ou de survie face à l’adversité. Elles doivent être soutenues et amplifiées par des initiatives et des engagements des personnes, qui en expriment le sens le plus durable, celui d’un esprit de fraternité et de générosité. Nos débats et nos échanges montrent ainsi la fécondité, le caractère contagieux des attitudes librement consenties qui savent exprimer dans une entreprise, dans un territoire, dans un quartier, dans une famille, la confiance mise dans le développement d’autrui, dans les ressources qu’il porte. Les chefs d’entreprises mais aussi ceux qui mettent en œuvre les politiques publiques, ont ici une véritable chance de changer un climat et de mieux lutter contre les racines de ce mal profond qu’est le chômage. Mais tous, nous  pouvons, par la qualité de notre regard, par la disponibilité de notre écoute faire échec  aux slogans qui aujourd’hui subrepticement dévalorisent  et insidieusement condamnent.


Dans un domaine cependant, la responsabilité politique reste exclusive, en première ligne. L’affaiblissement de la solidarité intra-européenne rendrait encore plus lourd, pour tous les États membres le coût social et politique des adaptations budgétaires nationales. La construction fondée particulièrement depuis deux  décennies, sur une confiance dans un mutuel développement, ne peut être regardée comme acquise définitivement. Le moment présent implique d’abord, de la part des chefs d’Etat et de gouvernement, de ceux notamment qui  portent  la mémoire de l’audace initiale d’une réconciliation historique, qu’ils fassent preuve de courage et osent précéder des opinions désabusées ou abusées en apportant leur propre pierre à l’Union économique et monétaire, c’est-à-dire en affirmant la possibilité d’une authentique coopération économique. Entre les peuples aussi, la confiance se fonde sur le respect et la générosité.

Jérôme Vignon
Président des Semaines sociales de France

 
Dernière modification : 12/05/2010
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