Effectuez une recherche
La recherche porte sur l'ensemble du site, mots clef et occurrences

 

Procréation assistée : lever l'anonymat des donneurs

La vie est un don de Dieu mais ses tarifs sont élevés pour les enfants du don. Nous attendons, les concernant, une loi bioéthique ambitieuse qui remette l’humain au centre des préoccupations.


Retirons d’abord aux médecins le pouvoir de détenir l’état-civil des donneurs de gamètes : comme l’a souligné le Conseil d'État, cela ne relève pas de leurs compétences. Retirons aussi le voile administratif intégral qui fait de milliers de jeunes des bannis de la société - à cause d’une mesure d’exception sur leurs origines personnelles : l’anonymat.


Aucune étude sérieuse n’existe sur les enfants du don ni sur leurs familles, bien que le CCNE en ait souligné, en 1984, la nécessité. Attendons le résultat d’études avant de crier victoire sur les bienfaits de l’anonymat, comme certains ont osé le faire. En effet, sur le plan juridique comme sur le plan psychologique, la position qu’a adoptée la France jusqu’à maintenant n’est plus tenable. Il n’est pas possible de bâtir sa vie sur du sable mouvant. Chacun doit prendre sa part de responsabilité : donner, mais avec le respect dû aux enfants issus du don ; recevoir, mais avec la conscience que nous ne sommes pas propriétaires de nos enfants. D'ailleurs, des donneurs se manifestent aujourd’hui auprès d’associations comme « Procréation médicalement anonyme » avec le souci des conséquences de leur acte, sans pour autant rechercher un fils ou une fille. De même des parents infertiles soutiennent le combat de leur enfant pour qu’il accède à ses origines personnelles,  parce que ce n’est un père qu’il recherche.

Tant mieux si des donneurs apprécient de donner et si des couples infertiles parviennent, grâce à l’assistance médicale à la procréation, à vivre une grossesse et à être partiellement parents génétiques de leur enfant. Le moindre coût financier de l’Amp, remboursée par la Sécurité sociale, par rapport à l’adoption, qui revient à 10 000 euros pour le couple demandeur, joue également dans le recours à des techniques médicales que nous acceptons puisque nous contribuons à les subventionner. Y a-t-il lieu pour autant de favoriser la « fabrication » de nouveaux bannis sous prétexte que des adultes auraient des difficultés à assumer leurs conditions de vie (l’infertilité) ou leurs actes (le don) ? Justice doit être rendue aux enfants par une nouvelle loi qui cesse de les transformer en pions venus du froid, en alléguant mensongèrement que les cellules reproductrices seraient des cellules comme les autres.  Une loi positive sur la levée de l'anonymat s'impose.

Nous serons d’autant plus fiers de cette mesure urgente de réparation pour les enfants du don que la marchandisation du corps humain est à nos portes. Des « associations sans but lucratif » comme Beginnings (Canada) ou Snowflakes (Etats-Unis) proposent déjà l’adoption d’embryons congelés pour la modique somme de 10 000 dollars sous couvert de foi en Dieu. Que ne ferait-on pas pour sauver des âmes de l’azote liquide ? Certes, Outre-Atlantique, on ne manipule pas  Dieu,  les consciences et le portefeuille avec des pincettes ! Mais qui sait ce qui adviendra demain en Europe? Au contraire si les enfants du don sont reconnus à part entière comme citoyens grâce à la levée de l’anonymat, ils seront, à n’en pas douter, les meilleurs avocats de la non marchandisation et de la non chosification de l’embryon. En outre l'identification toujours possible des donneurs et des receveurs préviendra toutes les dérives qui reposent sur le secret. Ce combat humaniste est urgent. Le don peut-être, mais pas à n’importe quel prix ! 


Pour les Semaines sociales de France :
Benoit Bonnichon, secrétaire général, Blandine de Dinechin, membre du Conseil, conseillère conjugale, Mathieu Monconduit, membre du conseil, médecin, Jean-Pierre Rosa, délégué général.

Article paru dans la Croix du 19 mai 2010


 
Dernière modification : 27/05/2010