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L'Eglise et les migrants au service de la médiation du Christ

Par Jean-François BERJONNEAU


Conférence donnée au cours de la session 1997 des Semaines sociales de France, « l’immigration, défis et richesses »

Jean-François BERJONNEAU, directeur du Service national de la pastorale des migrants



« Quand un émigré viendra s'installer chez toi dans votre pays, vous ne l'exploiterez pas. Cet émigré installé chez vous, vous le traiterez comme un indigène, comme l'un de vous. Tu l'aimeras comme toi même. Car vous-mêmes avez été des émigrés dans le pays d'Égypte. C'est moi le seigneur votre Dieu » (Lv 19, 33).

Je crois que si je vis aujourd'hui cette passion de la rencontre avec l'étranger, et si se creuse en moi le désir toujours plus profond de la connaissance de l'autre, c'est parce que j'ai moi-même été étranger envoyé pendant deux ans comme coopérant dans les hauts plateaux de l'Atlas saharien, pays rude, aux vastes horizons, peuplé de populations nomades ou semi-nomades, j'y ai vécu le choc de la rencontre avec des hommes qui m'étaient totalement étrangers. J'y ai vécu avec éblouissement cette proverbiale hospitalité ou l'hôte, l'inconnu, le passant est accueilli  comme envoyé de Dieu. Étrange aventure où, dans le même temps, la différence de l’autre m'a révélé des dimensions insoupçonnées de ma propre identité et où j'ai appris moi-même à devenir étranger, pèlerin sur cette terre. Temps de grâce, inoubliable, dont je garde le souvenir comme d'une blessure féconde, comme d'un appel à me sentir chez moi en tout lieu tout en sentant l'appel d'ailleurs en toute villégiature. Comme le dit si bien l'épître à Diognète en parlant des chrétiens : « Toute patrie étrangère leur est une patrie et toute patrie leur est étrangère. »
A travers bien des méandres qui m’ont mené des chantiers du bâtiment, où j'étais plus étranger à la maçonnerie, que mes compagnons de travail étrangers, à l'aumônerie de la prison où j'émigre encore chaque semaine, me voici maintenant encore pour quelque temps secrétaire du Comité  épiscopal des migrations au service d’une Église où les uns et les autres devraient pouvoir se dire « Vous n'êtes plus des étrangers ni des émigrés car nous sommes tous membres de la famille de Dieu » (Ep 2, 19), et qui pourtant se réclame d’une autre cité et se dit encore en pèlerinage, donc en voie de migration.
Avant d'envisager la manière dont l'Église peut situer sa mission face à un phénomène qui révèle une grande ampleur et qui comporte des enjeux cruciaux (chance ou défi), il nous faut prendre le temps du recul et de la dimension spirituelle. Certes, il y a urgence à agir et à intervenir face à tant d’appels, à se donner des points de repère pour ménager la rencontre et à relever les défis que comporte cette situation. Mais que serait une action qui ne puiserait sa force et sa pertinence dans une attitude d'accueil humble et confiante, d'un sens qui nous vient d'ailleurs, d'une révélation qui inspire notre action ? Pour donner à la rencontre de l’autre, de l'étranger, tout le poids spirituel qu’elle appelle, il nous faut contempler de quel amour nous sommes nous-mêmes aimés. C'est pourquoi, dans cette première partie, je voudrais avec vous entrer dans une réflexion sur la mission de médiation du Christ, source de notre vie, lumière sur nos pas, passion qui soutient nos choix.

Retrouvez la suite de l'intervention  de Jean-François Berjonneau sur le document  PDF, en cliquant sur l'icône PDF.

 
Dernière modification : 09/08/2010