Effectuez une recherche
La recherche porte sur l'ensemble du site, mots clef et occurrences

 

Les Français et la démocratie : coups de sondes

La vie politique française est en crise. Mais les attentes des citoyens à l'égard de la démocratie sont fortes. Elles définissent un nouveau profil du citoyen.


Les symptômes de la crise

La démocratie ne fonctionne pas bien, selon 56 % des Français interrogés par la SOFRES (1). Et pour 84 % des interviewés d'un autre sondage, la politique est en crise en France (+ 10 % de 1990 à 1997); 68 % (+ 19 %) jugent cette crise durable. Crise qui touche aussi bien la gauche que la droite (93%), et qui profite au Front National (63%) ou aux médias (31%). 79% Français se disent préoccupés par cette crise qu'ils retient à l'incapacité des partis à résoudre les grands problèmes du pays (56 %) et à la rivalité entre les hommes politiques (55 %)(2).

L'image des hommes politiques est mauvaise, les principaux griefs étant la corruption et le manque de proximité avec les préoccupations des gens. Moins d'un Français soi trois (31%) se sent bien représenté par un parti ou un homme politique et très peu s'identifient à un syndicat (3) La politique française, encore largement structurée par les clivages et les événements des années 40, devient pratiquement " illisible " pour les jeunes générations, et de moins en moins adaptée aux chantiers de l'avenir.


L'abstention aux élections dépend des enjeux perçus pu les citoyens : elle est plus forte pour les élections européennes et régionales que pour les présidentielles ou les municipales, mais elle a tendance à progresser. Près du tiers des électeurs inscrits ne se sont pas déplacés pour les dernières législatives ou municipales, et parmi les votants, un nombre maintenant important a recours au vote blanc.

La participation aux associations est assez forte mais doit être relativisée : les effectifs les plus nombreux se rencontrent dans les associations sportives ou culturelles, cependant que les associations militant pour des causes d'intérêt général ne regroupent que des effectifs limités. Les syndicats qui regroupaient 4 millions d'adhérents en 1975 (soit 23% de la population salariée), ne comptaient plus en 1993 que 2.120.000 adhérents (soit environ 10% des salariés), recrutés principalement dans le secteur publie.

Un sentiment d'impuissance domine la vie collective. Alors que les Français ont le sentiment d'être acteurs dans leur vie privée, 75% d'entre eux déclarent qu'ils n'ont pas le sentiment de faire des choix ni d'agir sur les événements quand il s'agit de la société en général et de la manière dont elle fonctionne. Ce sentiment d'impuissance est particulièrement fort chez les 25-34 ans, mais les cadres et les personnes aisées manifestent aussi une grande insatisfaction vis-à-vis du fonctionnement social.

Les catégories qui se sentent influentes sur la vie publique (locale ou nationale) sont composées le plus souvent de seniors, âgés de plus de 50 ans, et de retraités (4).

L'économie libérale, la construction européenne et la mondialisation donnent enfin l'impression de priver les gouvernements de leur muge de manœuvre.


Des attentes fortes

La vie locale : s'il y a désenchantement par rapport à la vie politique, c'est surtout de la vie politique nationale qu'il s'agit, ou de l'attitude des élus locaux lorsqu'ils sont distants et opaques. Une certaine déception à l'égard de la décentralisation n'est pas incompatible avec un souhait de voir renforcer les pouvoirs des collectivités territoriales. Le responsable de la vie politique locale auquel on fait le plus confiance est le maire (68 %), loin devant le préfet (26 %), le député (23 %c), le président du conseil général (21 %) ou du conseil régional (16 %), le sénateur (6 %) (5).

Les attentes à l'égard du personnel politique se déduisent des critiques qui lui sont adressées : l'honnêteté, la proximité, la transparence... Le profil du député idéal, testé en mai 97, renouvelle l'image classique des parlementaires : c'est une femme (38%) plutôt qu'un homme (25%) ; une personnalité politique peu connue au niveau national, mais très présente sur le terrain et à l'écoute de la population (83%), de préférence à une personnalité nationale dont l'influence peut être utile (12%) ; un jeune député dynamique (62%) de préférence à un plus âgé plein d'expérience (30%) ; enfin, il doit être plutôt austère et très travailleur (88%) plutôt que convivial et bon vivant (8%) (6).

Les avis sont partagés sur le cumul des mandats, entre d'une part l'avantage de pouvoir suivre les décisions à plusieurs niveaux (32 %) et de rapprocher les élus nationaux des réalités du terrain (31 %) et, d'autre part, les inconvénients majeurs d'empêcher les élus de faire bien lent travail et de mélanger les responsabilités (à égalité à 36 %) (7).

La modernisation de la vie politique passe cependant d'abord par le non-cumul des mandats (60 %) puis pu le rajeunissement des dirigeants politiques (39 %) devant le recours élargi au référendum (32 %), la réforme des modes de scrutin (30 %) ou encore la féminisation de la vie politique (26 %) (8).

Quant aux attentes concernant les droits des citoyens, c'est actuellement le droit au travail qui est prioritaire (76 %) devant le droit à la santé (47 %) et le droit à l'égalité entre les hommes et les femmes (37 %) (9).

Vers une nouvelle citoyenneté

Être citoyen, c'est d'abord respecter les règles de vie commune (98%).Mais la liste et la hiérarchie de ces règles comportent des nouveautés: ainsi préserver l'environnement (95%) ou s'informer sur ce qui se passe dans son pays (89%) viennent avant le fait d'aller voter (88%) (10). Mais ces comportements idéaux, c'est ce que l'on attend des autres. Qu'en est-il des attitudes personnelles ?

L'heure est à l'action de terrain, plus qu'aux débats idéologiques. 88 % des Français interrogés déclarent s'impliquer personnellement et de façon régulière dans la vie collective, d'abord par le vote systématique (60 Où), puis par l'écoute et le service des voisins (47 %), devant l'adhésion à des associations culturelles ou sportive (24 %), les manifestations et pétitions (23 %), l'adhésion ou des dons à des associations humanitaires (21 %). 61 % souhaiteraient s'impliquer davantage dans des activités collectives qui peuvent amener les gens à mieux se connaître et s'entraider ", via des activités de quartiers, humanitaires, culturelles ou sportives beaucoup plus que religieuses, politiques ou syndicales (11).

Dans une grande enquête de l'Association des journalistes de l'information sociale, les Français énoncent une claire hiérarchie des institutions ou groupes capables d'apporter des solutions. Ils font confiance d'abord à ceux qui peuvent recréer du lien social, dans la proximité : les associations (66%) et les élus locaux (53 %).
Par contre ils n'attendent pas de solutions des entreprises ou des syndicats, du gouvernement ni de l'Europe dont une majorité se méfie. Une proportion massive (90 %) insiste sur l'idée qu'il "faut inviter les moyens pour que les Français participent davantage aux décisions". C'est le sentiment que les mécanismes de la concertation et de la décision collective ont perdu leur caractère démocratique et qu'il faut d'une manière ou d'une autre revivifier l'expression des citoyens et de la société dite "civile" (12).

Cette enquête, comme bien d'autres sondages de ces dernières années, est traversée par la nécessité de donner aux citoyens davantage responsabilités vis-à-vis de la communauté. Le centre de gravité de la décision collective doit "redescendre" partout, dans tous les domaines, pour se rapprocher des communautés locales, professionnelles, des cellules de bases.

Participation et responsabilisation des citoyens sont souvent malheureusement confondues avec la démocratie directe et la mise en accusation des élus, ou bien dérivent du côté de la défense des intérêts spécifiques. Pour les décisions concernant le cadre de vie, le besoin de consultation des habitants va jusqu'à la notion de "droit au refus" (52 %) dans le cas d'implantation d'infrastructure collective, 42% (en majorité les hommes et les plus âgés) jugeant que ces projets doivent être maintenus en échange d'une indemnisation correcte (13).

Voir les compléments à ce dossier :
Les jeunes adultes absents de la vie collective
A quoi servent les hommes politiques ? Critiques et paradoxes

Dossier établi par Jacques Antoine et Marie-Thérèse Antoine-Paillé - CESEM Opinion en vue de la session des Semaines Sociales de France sur "Démocratiser la République. Représentation et participation du citoyen" (Issy-les-Moulineaux, 20-22 novembre 1998)

Références :

1- SOFRES/Nouvel Observateur, 28 mai, 3 juin 1998
2- SOFRES/Figaro Magazine du 25 octobre 1997
3- SOFRES/Journaux de province du 7 octobre 1997
4- Baromètre de la Solidarité, ISL/CCFD, octobre 1996
5- IPSOS/Le Monde du 27 février 1997
6- BVA/Paris Match du 15 mai 1997
7- Louis Harris/L'Express du 20 février 1997
8- IPSOS/Le Point du 4 avril 1998
9- CSA/Libération du 8 mai 1998
10- Idem
11- IPSOS pour la Fondation de France, 4 mars 1997
12- ISL pour l'AJIS, juin 1997
13- OIP 1994
 
Dernière modification : 22/07/2010