Églises et religions doivent prendre toute leur part au succès de l’intégration à la française
Très présentes, à juste titre, sur le terrain de l’hospitalité et de l’accueil, les Églises chrétiennes en France et en Europe, les associations caritatives qui œuvrent auprès des immigrants au quotidien tirent de cette expérience, si bien illustrée hier par Jean-Arnold de Clermont, avant moi par Patrick Peugeot, des messages forts concernant l’application des politiques d’immigration. Elles s’expriment moins, alors que pourtant elles agissent aussi sur le plan de l’intégration, du vivre ensemble. Leur contribution au processus d’intégration doit devenir plus visible.
Pour cela, il faudrait d’abord qu’existe en France, un lieu et un moment où se rassemblent toutes les forces vives qui œuvrent au processus d’intégration. Comme c’est le cas en Allemagne, nous devrions régulièrement, à l’invitation d’un ministre de l’intégration à forte vocation sociale, réunir dans une conférence nationale du vivre ensemble, entreprises, éducation, organismes de logement et d’aménagement, et les représentants des Eglises et religions pour faire le point des avancées et des difficultés de l’intégration culturelle et structurelle. Dans un tel cadre pourrait être impulsé le travail de croisement des mémoires entre anciens colonisateurs et anciens colonisés. Pourquoi, à l'occasion de la fête du 11 novembre, ne pas engager cette relecture commune, pour que chacun entende de l'autre, sa part d'une vérité commune et blessée? On amplifierait ainsi le remarquable travail accompli par la Cité historique de l'immigration.
Dans une telle conférence nationale, les Églises et religions, englobant ainsi juifs et musulmans, pourraient rendre compte d’un travail qui leur revient en propre, celui du dialogue inter-religieux, antidote précieux contre tous les fondamentalismes d’où qu’ils soient. Ce dialogue, loin de l'abstraction, prendrait en compte les réalités sociales de chaque grande ville. A travers leurs réseaux , leur capacité de rencontre et d’accueil, les Églises sont elle mêmes des laboratoires d'un dialogue des cultures. Les Semaines sociales avaient fait en 2008 la suggestion d’encourager dans chaque grande ville la constitution de comité inter-religieux, voire inter-convictionnels de la fraternité, ayant une qualité consultative sur des sujets concrets intéressant la cité. Je la renouvelle. Comme je nouvelle notre demande que soit réellement mise en œuvre, dans le cadre de l’instruction civique, l’enseignement du fait religieux, indispensable outil pour connaître et pratiquer la laïcité.
Chers amis,
Nous comprenons sans doute mieux ce titre énigmatique et pour certains exagérément optimiste: "Migrants, un avenir à construire ensemble". Non seulement il s'agit de regarder l'avenir à long terme, mais d'inventer, migrants et citoyens du pays d'installation, une culture commune, peut être enfin, cette culture de la fraternité, qu'évoque Benoît XVI dans sa lettre pastorale pour la journée des migrants: « La fraternité humaine est l’expérience, parfois surprenante, d’une relation qui rapproche, d’un lien profond avec l’autre, différent de moi, fondé sur le simple fait d’être des hommes ».
La vie démocratique est-elle encore capable d'une telle vision à long terme ? Peut-elle encore relier les citoyens autour d'un projet qui englobe l'école, le marché du travail , la mixité territoriale? C'est cette vaste question du renouveau de notre démocratie que nous aborderons lors de la prochaine session des Semaines sociales de France en 2011 et pour laquelle je vous donne rendez vous.
Un mot final sur cette session. Beaucoup d'entre vous m'ont fait part au hasard des rencontres, de leur satisfaction. Bien sûr, nous avons connu quelques couacs, mais le déroulement et la participation étaient à la hauteur de l'enjeu. Si cela a été possible, nous le devons à l'équipe de préparation, à Christian Mellon, Jean-Pierre Rosa, Elena Lasida, Laurent Giovanonni, Céline Dumont. Je les remercie très chaleureusement en votre nom, comme je remercie l'équipe magnifique des bénévoles, le personnel du Parc floral, les fines fourchettes des cuisines du monde et tous nos amis européens et migrants.