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Homélies 2/3

Homélie de l'archiprêtre Nicolas Lacaille

Gal III, 26-28




Je dois avouer que le commentaire de ces versets, au regard du sujet qui nous réunit, m’est apparu presque contradictoire, dans un premier temps.
« Oui, vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu le Christ. » Alors : « Il n’y a plus ni juif, ni grec ; il n’y a plus ni esclave, ni homme libre… etc. »


Et que deviennent ceux qui ne sont pas baptisés ? Ils sont enfants de qui ? Ceux qui ne croient pas, ceux qui ne croient en rien, qui n’ont pas la foi ! Sont-ils «fils de Dieu» ? Et comment peuvent-ils être « un en Jésus Christ » ceux-là et ceux qui n’ont pas la même foi… Ceux qui ne peuvent même pas se réclamer d’Abraham.
Lorsque Paul écrit aux Galates, il est inquiet, il est même en colère : « O Galates stupides… » lance-t-il au début du Chapitre III parce qu’ils ne se sont pas libérés de la « loi » : « Est-ce en raison de la loi que vous avez reçu l’Esprit, ou parce que vous avez écouté le message de la foi ? »


Le Christ dit en Mt V, 17 : « Ne pensez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les prophètes. Je suis venu non pour abolir mais pour accomplir. » Cette affirmation du Christ est clairement expliquée en Mt XXII, 37-40, lorsqu’il répond au scribe qui le met à l’épreuve : « Maître, quel est le plus grand commandement de la loi ? », Jésus répond : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée. C’est le premier et le plus grand commandement. Et voici le second, qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. De ces deux commandements dépendent toute la loi et les prophètes. » Paul le rappelle d’ailleurs fermement aux Galates au chapitre V versets 13 à 15 : « […] par l’amour mettez-vous au service les uns des autres. Car la loi tout entière trouve son accomplissement en cette unique parole: Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Mais si vous vous mordez les uns les autres et vous dévorez les uns les autres; vous allez vous détruire les uns les autres. » Voilà donc tout le sens « de la loi et des prophètes » accompli dans le Christ Jésus venu pour sauver le monde, pour sauver l’homme, tous les hommes, sans aucune exception. Car si Paul s’adresse en l’occurrence aux baptisés, nous serions pire que les plus inflexibles des pharisiens et plus hypocrites encore si nous ne comprenions pas que cette loi indicible ne s’appliquait pas seulement aux baptisés mais à tous les Hommes, à toute la création! Est-il nécessaire de rappeler ici la parabole du samaritain !


Le voilà donc le lien entre ce texte et ce qui nous réunit ! Il n’y a pas d’autre loi, aucune loi promulguée par les Hommes ne peut séparer les hommes. Aucune loi ne peut trier, classer, discriminer, avantager tel ou tel ou le léser. Aucune idéologie, aucune frontière, aucune raison d’état, aucune situation économique ne justifie d’imposer par la loi une quelconque différence entre les Hommes. C’est que nous devons avoir présent à l’esprit.


Ceux qui reçoivent, par le baptême, le sceau du don du Saint Esprit, le sceau de la foi, ne peuvent se référer à une quelconque loi, d’où qu’elle vienne, pour nommer l’autre comme étranger ! Non : « Il n’y a pas d’étrangers sur cette terre. »


Cette affirmation n’est certes pas l’apanage du christianisme  mais le chrétien mû par l’Esprit ne peut emprunter un autre chemin que celui de l’Amour absolu. « Revêtu du Christ » par le baptême, il n’y a plus ni juif, ni grec…


Mais par la Divinité du Christ et par son humanité, unies parfaitement, toute vie humaine est contenue en Lui et appelée à prendre la part de divinité qui lui revient, qui lui est proposée en tout cas : « L’homme est un animal qui a reçu vocation de devenir Dieu » dit Basile le Grand. « […] une histoire personnelle et collective – le collectif étant une dimension du personnel et non l’inverse […] » précise Olivier Clément car: «  l’Homme est à l’image de Dieu parce qu’il échappe à toute définition, comme Dieu lui-même »


L’Homme échappe donc à toute définition, il n’est pas qualifiable par ce qu’il veut bien montrer de lui-même, il n’est pas définissable par le statut qu’il occupe dans ce monde ou qu’on lui prête, bon gré mal gré, pas même par ses actes qui, si souvent, lui échappent… L’Homme ne peut être que le « prochain » le « semblable et le différent », l’autre sans lequel personne n’existe, sans lequel l’humanité n’a pas de sens.


Si l’on prend conscience que sans « l’autre » nous ne sommes rien, qu’il soit proche ou lointain, alors on peut envisager cette humanité, divisée certes, et pourtant indivisible que nous annonce le Christ: « Si un membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance; si un membre est glorifié, tous les membres partagent sa joie. Or vous êtes le corps du Christ et vous êtes ses membres, chacun pour sa part.» dit encore Paul dans 1Co XII, 26-27.


« Chacun pour sa part » est bien l’affirmation que pas un seul Homme vivant, défunt ou à naître n’est écarté du plan divin: « C’est toute la nature (humaine) s’étendant du début à la fin (de l’histoire) qui constitue l’image unique de Celui qui est. » écrit Grégoire de Naziance.


Et je voudrais reprendre quelques réflexions d’Olivier Clément qu’il étaie de citation de Jean Climaque, d’Evagre le Pontique et d’autres, mais qui seraient trop longues à citer : « L’amour du prochain est plus important que la prière. »  « Le service concret des autres, avec le détachement de soi, la patience, l’affection vraie qu’il implique, vaut mieux que toute mortification. » Enfin « Même le livre des évangiles, mieux vaut le vendre s’il n’y a plus d’autres moyens de nourrir les affamés. Le don de vie vaut mieux que le livre le plus saint. Surtout quand le livre exige le don de vie. »


Pour terminer, comment ne pas rendre hommage à tous ceux et celles qui, au sein de la Cimade, chrétiens ou non, croyants ou non, ont compris que l’humanité est indivisible et forme un corps, souffrant certes, mais capable de guérison tant qu’il reste un peu d’amour quelque part. Il n’y a aucun sentimentalisme dans ces propos, la guérison nécessite parfois des traitements durs, douloureux et même agressifs… Le combat contre toutes les injustices, pour la reconnaissance de l’autre, paraît sans fin, il est souvent épuisant, inégal… Mais le découragement sans doute le pire des péchés, sinon par sa gravité du moins par ses conséquences ! Car nier l’autre, c’est se nier soi-même et renier le Christ.

Nicolas Lacaille

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Dernière modification : 15/12/2010