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Un chemin qui reste à clarifier

La lettre 61


Un chemin qui reste à clarifier


Par Jérôme Vignon
Président des Semaines Sociales de France


Les chiffres ne disent pas tout d’un événement, pour autant la participation de la récente session des Semaines Sociales de France permettent de conclure à un franc succès.

C’est vrai et j’en suis heureux.Les chiffres nous disent en effet que 4 300 personnes ont participé à l’une ou l’autre de nos journées dont 3 500 pour le samedi 27 novembre. Cela est dû à l’intérêt manifesté pour le thème de cette session, rejoignant bien des questionnements de nos sociétés,mais également à la présence, forte, de migrants eux-mêmes, d’amis venus de toute l’Europe et d’une présence accrue de jeunes (plus de 400) ce qui, pour nous, est un point majeur pour l’avenir.


Le thème choisi, l’immigration, renvoie à des questions sensibles dans notre société, y compris parmi les catholiques. êtes-vous satisfait de ces journées de réflexion et de débat ?

Nous avons atteint l’essentiel des objectifs que nous nous étions fixés, mais pas la totalité. Je crois que nous avons gagné en connaissance des migrants grâce aux témoignages et aux rencontres. Nous avons touché du doigt la vitalité et la richesse de ces jeunes qui passent par notre pays ou cherchent à s’y installer. Nous avons apprivoisé en nous celui qui hésite à accueillir l’étranger. Nous sommes entrés dans une meilleure compréhension d’un phénomène migratoire continu qui transforme lentement le corps national et mieux perçu la différence entre politique etp rocessus d’intégration. C’est essentiel.

En revanche je reste un peu sur ma faim concernant les points de repères pour la politique. On a beaucoup insisté sur la dimension structurelle des processus d’intégration, à travers l’emploi,l’éducation ou le logement par exemple mais insuffisamment sur les aspects culturels qui marquent tout de même fortement des populations de tradition chrétienne ou musulmane. Le défi soulevé par Henri Guaino en termes d’adhésion au  «pacte républicain» comme critère d’intégration n’a pas été suffisamment débattu. La doctrine sociale de l’église reconnaît la légitimité pour des états de réguler les flux migratoires, à condition que ce soit au nom du bien commun.Mais comment apprécier ce «bien commun» ? Voilà qui, à mon sens, n’a pas été assez creusé. C’est un chemin qui reste à clarifier.


Vous évoquez l’intervention d’Henri Guaino, conseiller particulier du Président de la République. La presse s’est fait l’écho de l’incident qui a marqué son intervention, et qui semble avoir divisé le public présent.

Il était inévitable compte tenu de la différence de compréhension existant entre l’orateur et une partie de notre public. L’un mettant l’accent, je l’ai dit, sur les droits et devoirs nécessaires à toute vie en démocratie et à toute intégration; les autres pointant du doigt le fait que ce pacte républicain n’était pas mis en œuvre du fait même des carences  ou pire des réticences, de l’Etat. Il reste que la table ronde a été menée à son terme, avec des conclusions approuvées par tous les participants.


Il est de tradition que les Semaines Sociales de France concluent chaque session sur des propositions d’action, pour échapper au risque de n’être qu’un exercice intellectuel.

Il est également une autre tradition qui veut que nous nous retrouvions pour un temps de prière et de recueillement sans lequel notre engagement n’aurait aucun sens. De ce point de vue la célébration œcuménique du dimanche matin a sans doute été le temps le plus fort, le plus consensuel de cette session. Il a donné courage à chacun et donné un vrai fondement aux quelques conclusions opérationnelles.

Elles sont au nombre de trois: tout d’abord nous entendons nous adresser aux sénateurs qui vont délibérer sur la loi Besson relative à l’immigration pour attirer leur attention sur le fait qu’en effet, ce texte contient à nos yeux des dispositions attentatoires au respect de droits fondamentaux. En second lieu, nous voudrions engager avec nos amis des EDC (Entrepreneurs et Dirigeants Chrétiens) et du MCC (Mouvement Chrétien des Cadres et dirigeants) une réflexion autour de «bonnes pratiques»en matière de lutte contre la discrimination touchant des personnes d’origine musulmane dans l’entreprise. Enfin, après avoir consulté nos partenaires, nous souhaitons populariser le concept de «conseils de la fraternité» dans les villes moyennes, permettant à des hommes et femmes de différentes religions ou convictions, de partager et débattre sur les conditions concrètes économiques,sociales, culturelles de la vie dans la cité. Il y a là un fruit essentiel du dialogue inter-religieux.


Propos recueillis par René Poujol
 
Dernière modification : 10/05/2011