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La lettre du secrétaire d'Etat de sa sainteté

Lettre du Secrétaire d’Etat de sa Sainteté lue au cours de la session 2005 des Semaines sociales de France, "Transmettre, partager des valeurs, susciter des libertés"





Monsieur le Président,

Du 25 au 27 novembre, a lieu à Paris la quatre-vingtième édition des Semaines Sociales de France sur le thème « Transmettre, partager des valeurs, susciter des libertés ». Le Saint-Père se réjouit de l'intérêt croissant pour ces rencontres, signe que les catholiques ont la capacité de rassembler des personnes de tous horizons pour réfléchir aux questions de sociétés, qu'ils sont reconnus comme tels et qu'ils ont un message à transmettre, tiré de l'Écriture, du Magistère et de leur vie à la suite d u Christ. Le Pape m'a chargé de vous assurer de sa prière et de ses encouragements pour les travaux menés sur une question déterminante pour l'avenir de la société, souhaitant que vos recherches offrent une contribution vigoureuse à ceux qui ont pour mission de transmettre un savoir, un savoir-faire et des valeurs, dans l'Église et dans la société.
La transmission des valeurs connaît depuis plusieurs décennies, en France comme dans la plupart des pays occidentaux, une crise profonde, qui laisse apparaître une sorte d'incapacité des générations successives à communiquer le sens de l'existence et l'espérance en l'avenir. Parmi les éléments qui sont en partie à l'origine de la crise actuelle, on peut citer : l'individualisme croissant à tous les échelons de la société ; le relativisme qui laisse penser que tout se vaut ; la croyance exagérée aux pouvoirs de la science ; les fractures conjugales, familiales et sociales ; les difficultés des éducateurs dans le monde scolaire et universitaire ; la faible participation des jeunes dans la vie ecclésiale ; la perte des repères parents-enfants, maître-élèves ; le désintérêt pour la vie associative, ainsi que pour le travail professionnel où l'employé n'est souvent plus considéré que comme un élément de production ; les tensions croissantes dans les grandes villes, qui conduisent au regain de violence auquel nous assistons. Cela entraîne en réalité l'homme contemporain à ne plus rencontrer que lui-même, et donc à n'avoir plus rien à transmettre à autrui, ni à ne plus savoir comment transmettre quelque chose.
Pour sa part, l'Église se trouve aussi confrontée à une difficulté dans la transmission, et cela a poussé les Évêques de France, et plus largement l'ensemble des pasteurs et des fidèles, à s'interroger sur la transmission de la foi et du sens de la vie aux jeunes et aux adultes. C'est dans cette perspective que les évêques portent une attention renouvelée à la catéchèse, lieu de la transmission non seulement d'un savoir sur Dieu mais d'une démarche de foi et de prière, qui ouvre à la relation à Dieu. Les Journées Mondiales de la Jeunesse nous montrent qu'il y a, de la part des jeunes, une attente réelle à laquelle nous sommes appelés à répondre. Il y a en effet un devoir pour chaque génération de transmettre le trésor qu'elle a reçu de la tradition et ce qu'elle a approfondi, pour servir l'homme et le bien commun, et pour ouvrir la voie à l'avenir et consentir l'espérance.
Il est donc heureux que votre institution ait voulu porter un regard neuf sur une telle question et offrir des éléments nouveaux pour que se poursuive la transmission de ce qui est essentiel, permettant ainsi aux jeunes de découvrir le sens de leur existence et contribuant aussi à une plus grande cohérence entre générations et à une plus forte cohésion sociale. Il importe de s'interroger tout d'abord sur le contenu de ce qu'il faut transmettre, qui ne peut se réduire à un savoir, mais qui doit être un ensemble de valeurs qui conduisent à une façon d'être, à un mode d'agir bon et beau. Cela suppose que l'on porte un regard positif et plein d'espérance sur l'homme, sur son origine et sur son devenir. Sans claire vision de l'homme, il semble difficile de proposer aux jeunes un chemin de vie qui soit attrayant et qui conduise au bonheur véritable.
Comment ne pas se rappeler à ce sujet la réponse de Jésus à la question des premiers disciples : « Maître, ou demeures-tu ? » (Jn 1, 38). Et loin de grands discours Jésus a simplement répondu : « Venez, et vous verrez », (V. 39). En appelant Jésus "Maître", les disciples montrent d'emblée que la transmission suppose de reconnaître l'autorité de celui qui transmet, fondée sur l'attrait lié à la cohérence entre sa vie et son enseignement. Vouloir éduquer l'homme nécessite aussi que les adultes aient le souci de vivre avec joie et fidélité selon les valeurs humaines, morales et spirituelles fondamentales sur lesquelles chacun peut édifier sa vie, pour les proposer aux plus jeunes, dans le compagnonnage du quotidien. Car, comment peut-on transmettre ce que l'on vit pas soi-même ? Comment les jeunes pourront-ils reconnaître des valeurs qui ne sont pas mises en oeuvre par leurs devanciers ? C'est donc une invitation à trouver de nouvelles formes "de dialogue idéal" et de relation entre maîtres et disciples , qui permettront à des jeunes d'avoir des contacts forts et constructifs avec leurs parents, ainsi qu'avec des éducateurs, des directeurs spirituels et des accompagnateurs, qui soient des figures prégnantes et qui, de ce fait, les aident à se structurer, dans leur être et dans leurs actions, prenant soin de les faire réfléchir sur les enjeux des actes qu'ils posent. Notre société, largement marquée par tous les moyens de communication, est paradoxalement une société où les relations humaines vraies sont de plus en plus difficiles et où les drames des la solitude sont de plus en plus nombreux. Il convient sans doute de développer toujours davantage une culture de la parole et de l'écoute, en osant proposer les chemins d'une vie belle, à laquelle on parvient avec patience et haute lutte, et dans la fidélité aux engagements pris. C'est ainsi, dans un contact structurant est structuré entre générations, que les jeunes pourront épanouir leur vraie liberté et qu'ils ne seront plus tentés de se laisser guider par leurs seuls instincts ou les désirs de l'instant. Pour cela, il importe que la société soutienne vigoureusement les liens primordiaux de la transmission : la famille et l'école, offrant aussi à l'Église l'espace nécessaire à sa participation en ce domaine. De même, il est nécessaire de faire réfléchir les médias sur leur mission sociale et sur les règles éthiques nécessaires à la communication...
Les chrétiens sont invités à prendre une part active dans cette démarche, en rappelant les valeurs et les racines chrétiennes qui ont édifié le continent européen, et en proposant sans peur le message et la personne du Christ comme source de vie et point de référence de l'existence. Ils sont appelés à poursuivre la recherche dans le domaine éducatif, comme l'on fait de nombreux témoins tout au long de l'histoire, et à former sans cesse les générations dans le domaine catéchétique, spirituel, moral et intellectuel, pour édifier l'homme intégral. De même, il revient aux adultes de proposer aux jeunes générations des modèles à suivre et des exemples de foi dont ils pourront s'inspirer pour devenir "des personnes vraiment humaines" (cf. Homélie lors de la veillée de prière et d'adoration à la XXe Journée mondiale de la Jeunesse à Cologne). En outre, il ne faut pas négliger l'importance de la parole publique sur les questions de société.
En vous confiant à l'intercession de la Vierge Marie et des saints éducateurs, le Pape Benoît XVI vous accorde, ainsi qu'aux organisateurs, aux intervenants et aux participants à la session des Semaines Sociales 2005, la Bénédiction apostolique.
Heureux de me faire l'interprète du Saint-Père, je demande au Seigneur de vous éclairer par la puissance de son Esprit et je vous prie de croire, Monsieur le Président, à mes sentiments cordialement dévoués.

Son excellence le Secrétaire d’État du Vatican,
Cardinal Angelo Sodano


 
Dernière modification : 17/06/2011