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Les mots au-delà des mots - Quelques œuvres de Gérard Garouste

Par Jean-François Bouthors


Conférence donnée au cours de la session 2005 des Semaines Sociales de France, "Transmettre, partager des valeurs, susciter des libertés"






Jean-François Bouthors, responsable éditorial chez Buchet-Chastel



Nous avons beaucoup parlé de transmission en termes d’énoncés, d’explication. Mais ce n’est peut-être pas le tout de la transmission. Les artistes pour leur part emploient des modes un peu différents. J’ai le plaisir de vous présenter Gérard Garouste, qui compte parmi les artistes français les plus importants aujourd’hui. On peut dire aussi parmi les plus singuliers, parce qu’à une époque où certains ne pensent que par les installations, la vidéo ou l’art conceptuel, Gérard Garouste s’attache à peindre, à dessiner, à graver, parfois même à sculpter. C’est dire qu’il est en la matière un homme plutôt classique, un homme de tradition. Mais vous verrez que cela ne l’empêche pas de sortir des sentiers battus. Il est en cette matière un peu ‘apache’, comme on disait dans le temps. Si j’emploie cette vieille expression, c’est pour faire un lien avec une pièce de théâtre qu’il avait créée en 1977 au Palace et qui s’appelait Le Classique et l’Indien. Et vous verrez qu’il y a chez du lui du classique et de l’indien !
Mais je reviens un peu en arrière pour mieux vous le présenter. Gérard Garouste est né en 1946 à Paris et a passé plusieurs années en Bourgogne, chez un oncle qui était à sa manière un artiste et un original. Ensuite, il est passé par les Beaux Arts. Il a fait sa première exposition en 1969. Puis il a attendu dix ans avant d’en faire une seconde à Paris, à la galerie Travers. Là ce fut un vrai démarrage puisqu’il exposait la même année à Milan puis l’année suivante à Gand, et à Paris, accueilli par la galerie Durand-Désert. Liliane et Michel Durand-Désert, qui avaient une renommée certaine, l’ont pris sans doute plus parce qu’ils avaient remarqué un caractère tranché, que parce qu’il était parfaitement cohérent avec les autres artistes présentés. En 1982, il est invité, un peu à son corps défendant, à participer à une exposition collective à New-York. Il hésite, puis finalement envoie un tableau – un seul. Mais cela suffira à convaincre les galeristes américains, et notamment le plus grand d’entre-eux, Léo Castelli. Gérard Garouste commencera alors une carrière internationale.
Pourquoi ce succès auprès des Américains ? Sans doute parce que outre-atlantique (et plus largement ailleurs qu’en France), on était moins obsédé par l’idée qu’il fallait absolument être d’avant-garde par les méthodes de production artistique. Chez ces gens-là, la peinture n’était pas regardée comme une activité désuète, comme cela pouvait être le cas dans l’Hexagone. Si Garouste est justement sorti du rang, c’est parce qu’il a compris que la question de la forme n’était plus essentielle. Il a compris que s’il s’agissait de briser ou de transgresser la forme, tout avait été fait avec Duchamp. Pour lui, la vitalité se trouve donc dans la recherche du sujet. La forme est un moyen ; il lui fallait revenir au contenu.
Pour revenir au contenu, il a choisi la plus classique des techniques : celle de la peinture à l’huile. C’est peut-être la plus riche. Elle est en tout cas riche d’une longue tradition. Elle a été longuement habitée et c’est peut-être pour cette raison qu’elle est le meilleur outil pour libérer de la manière la plus vive ce que le sujet lui inspirait. Cela n’a pas été sans controverse, puisqu’au fond, pas mal de gens se demandaient si l’on pouvait vraiment encore faire du neuf avec quelque chose d’aussi vieux. C’est aussi une des grandes questions de la transmission. Néanmoins, Garouste n’a pas dévié de sa ligne ; il s’est imposé. Il a même eu les honneurs de Beaubourg en 1988. Mais je ne vais pas détailler tous ses succès. Cela aurait pu le griser ; il n’en a rien été. Et il a créé en 1991, avec l’un de ses amis éducateur Christian Gotti, une association appelée La Source  à la Guéroulde, dans l’Eure. Cette association se propose de permettre à des enfants, mais aussi à leurs familles, de faire une expérience artistique et d’y découvrir les richesses dont ils sont porteurs.  La Source  est aussi une autre manière de jouer la transmission.
Ce n’est pas de cela que Gérard Garouste va nous entretenir ; il ne va pas nous dire qu’il est une belle âme ! À travers sa peinture, notamment des œuvres qu’il n’a pas encore montrées, et à travers le retable d’Issenheim, il va nous parler de la manière dont on peut transmettre dans un autre champ et par d’autres voies que celles auxquelles nous sommes habitués.
J’ajouterai pour terminer qu’une bonne part de l’ouvre de Garouste se réfère à des textes et à des auteurs. Je citerai rapidement Rabelais, Dante, Cervantès, la Haggada de Pâque, la Genèse. Jamais il ne s’agit d’illustrer un texte. Il est plutôt question d’une mise à l’écoute pour que quelque chose ou quelqu’un se mette à parler ou plutôt à interroger la peinture. Ecoutons et regardons donc.
   


 
Dernière modification : 17/06/2011