Semaines sociales, Europe, religions laïcité

Introduction à la conférence du Cardinal Ricard, organisée par la Gauche européenne et les Amis aquitains des semaines sociales de France, au Goethe Institut, le 28 avril 2011.



Les amis aquitains des Semaines sociales de France fonctionne comme une antenne locale de Semaines sociales de France.


Les Semaines sociales de France sont une instance de réflexion et de formation jouant un rôle d’université populaire sur les questions sociales, principalement à travers une session annuelle nationale de trois jours, fréquentée par trois à quatre mille personnes selon  les années, et la publication régulière d’une Lettre des Semaines sociales.


1.  La réflexion des semaines sociales est alimentée par la pensée sociale issue du christianisme. Un vigoureux courant d’invitation à la justice sociale est présent dans les prophètes de l’Ancien Testament (Amos, Isaïe et Jérémie en particulier), dans les quatre évangiles et la lettre de l’apôtre Jacques. On le retrouve chez bien des Pères de l’Église et à différents moments de son histoire. Dans le contexte de la société industrielle, il se réaffirme à la fin du XIXe siècle, en 1891, par l’encyclique Rerum novarum du pape Léon XIII. Ce document montre que l’Évangile n’est pas seulement une « bonne nouvelle » pour la vie personnelle et la sphère privée mais aussi pour l’organisation des structures de la société. L’encyclique écarte le matérialisme dialectique de Marx mais pose de fortes limites au libéralisme, dont il dénonce aussi le matérialisme. Sans vouloir ouvrir une impossible troisième voie, il propose plutôt une éthique sociale appuyée sur des critères d’analyse des injustices sociales. Cette pensée va se développer en privilégiant les concepts de bien commun, subsidiarité et solidarité. L’encyclique Caritas in veritate de Benoit XVI apporte, le 29 juin 2009, les derniers développements d’une pensée qui est loin d’être conservatrice.


2.En 1904, à l’initiative de deux chrétiens – le lyonnais Marius Godin et le lillois Adéodat Boissart – naissent les Semaines sociales de France qui tiennent leur première session à Lyon.  La 86e  session est en préparation ; elle se tiendra à Paris en novembre 2011 et portera sur La démocratie : une idée neuve.


3. A Bordeaux, les semaines sociales sont vites présentes ; la 5e session y a eu lieu en 1909 sur le thème « Associations et droit du travail ». Un Secrétariat social est créé en 1919 et déploie une forte activité, sous l’impulsion du père Dieuzayde. En 1957, s’y tient la session nationale sur « La famille ». En 1997, est créé l’association des Amis aquitains des semaines sociales. Les activités récentes de l’association, articulées aux thèmes nationaux, portent sur « Développement durable et solidarité », « Nouvelles solidarités et nouvelle société », « Immigration et solidarité », et cette année sur « La place de la vie associative dans la démocratie ».


4. Les Amis aquitains des semaines sociales se définissent comme porteurs d’un courant de pensée humaniste qui appelle à la réflexion et à la confrontation des pratiques et des idées. Ils s’efforcent de mettre en relation une pluralité de partenaires associatifs locaux, aussi bien appartenant au champ ecclésial qu’aux domaines de l’écologie, des associations de quartier, d’immigrés, de solidarité, d’action  sociale… Dans cette perspective, les Amis aquitains tiennent à garder leur autonomie, aussi bien par rapport à la hiérarchie catholique, avec laquelle les relations sont excellentes, que par rapport aux organismes syndicaux et politiques.


L’Europe, les religions, la laïcité


L’Europe est un des pôles d’intérêt des Semaines sociales de France ; sa 79e session, tenue à Lille en 2004, était intitulée : « L’Europe, une société à inventer ». Les Amis aquitains des semaines sociales ont adhéré à la Maison de l’Europe de Bordeaux-Aquitaine. La dimension européenne de questions comme celles de la séparation du politique et du religieux et de l’apport des religions à la construction européenne leur parait un sujet de réflexion fort utile. Ce qui nous amène à la laïcité et à l’idée que nous en donnons :
1. une valeur fondamentale de la République ;
2. des libertés publiques essentielles: liberté de conscience, d’exercice des cultes, neutralité de l’Etat ;
3. un mode d’être demandant de la retenue aussi bien aux citoyens, qui doivent s’abstenir de manifestations ostentatoires de leur appartenance confessionnelle dans l’espace public, qu’aux agents publics qui doivent respecter la neutralité ;
4. un état d’esprit fait d’ouverture et de tolérance pour s’ adapter à la diversité des situations et aux nécessités du temps ;
5. un appel aux grands courants de pensée, religieux et humanistes, de la société civile à faire entendre leurs voix, avec discernement et sans polémique, dans les grands débats qui traversent une société démocratique. Ces questions peuvent toucher aussi bien à la bioéthique et à la dignité des personnes qu’au fonctionnement de l’économie, à la préservation de l’environnement, à la justice sociale, aux questions posées par l’immigration…


Tout cela explique notre intérêt à répondre à l’invitation de la Gauche européenne pour nous associer à l’organisation de cette soirée de débat autour du Cardinal Ricard - s’appuyant sur son expérience de Vice-Président du Conseil des conférences épiscopales d’Europe - pour nous parler de la place des religions dans la construction européenne et de leurs rapports aux institutions de l’Europe, et notre souhait d’une rencontre fructueuse de ses réflexions avec celle de l’ancien député européen Gilles Savary et des participants à cette soirée.


Bernard Goudet,
Président des Amis aquitains des semaines sociales de France


 
Dernière modification : 30/09/2011