Les associations, des acteurs-clés de la cohésion sociale

Les associations, des acteurs-clés de la cohésion sociale 

 

Le rôle des associations est souvent sous-estimé dans le maintien du tissu social français. Comment les encourager en cette période de fragilité ?

 

Avec le début de la campagne pour l’élection présidentielle, bon nombre de commentateurs et décideurs publics semblent découvrir que la cohésion sociale est menacée en France ! Une prise de conscience si tardive pourrait faire sourire les acteurs de la vie associative qui, depuis des années, assurent tant bien que mal l’entretien du lien social et le maillage de la solidarité sur tout le territoire français.

 

Les associations, vecteurs de liens humains et d’innovation sociale

La liberté d’association, créée par la loi du 1er décembre 1901, offre de très larges possibilités d’action dans tous les domaines de la vie sociale et économique - selon des principes communs qui sont la base de la cohésion sociale. Son premier article indique : « l’association est la convention par laquelle deux ou plusieurs personnes mettent en commun, d’une façon permanente, leurs connaissances ou leur activité dans un but autre que de partager des bénéfices. »

Il faut donc être deux, ou plus, pour créer une association. à rebours de l’individualisme ambiant, les associations naissent d’une démarche collective qui impose de « mettre en commun ». Leurs buts, qui doivent être « autre que de partager des bénéfices », impliquent une gestion désintéressée. Elles jouent un rôle de lien social, de mise en relation qui apparaît bel et bien indispensable pour maintenir la cohésion de notre société.

Tiers secteur entre le service public et les entreprises commerciales, les associations couvrent tous les domaines d’activité. Elles assurent une grande partie des activités sportives, culturelles, de solidarité, de santé, d’éducation (classique, populaire et spécialisée), de formation, d’insertion par l’activité économique, de loisir, de vacances, etc. Elles sont présentes partout et restent souvent la seule forme d’organisation collective quand tous les acteurs publics et commerciaux ont déserté. La facilité de leur création, la souplesse de leur administration, la simplicité de leur gestion, leur implication locale entretiennent la capacité de résilience de territoires et des personnes les plus défavorisés.

Et puis leur histoire plus que centenaire a démontré leur capacité à percevoir les besoins sociaux, à analyser les réponses à y apporter, à concevoir et expérimenter des actions pour les mettre en œuvre. Elles ont été le support de nombreuses innovations qui ont souvent été reprises et développées dans les politiques publiques mais aussi, de plus en plus, par des entreprises commerciales : c’est le cas par exemple pour les établissements et service de prise en charge des personnes âgées.

 

Des fragilités et un risque d’instrumentalisation

Malgré ce formidable bilan, les associations sont entrées à partir de 2012 dans une grande situation de fragilité. Elles sont soumises à des contraintes et des normes sans toujours disposer des moyens pour y faire face. Cela engendre une baisse de l’engagement bénévole à des postes de responsabilité. Mêlant interventions bénévoles et travail salarié, les associations sont particulièrement fragiles en matière de droit social : sujet sur lequel leurs dirigeants doivent gérer certaines contradictions internes, entre respect des droits sociaux et engagement au service d’une cause.

L’évolution de la dépense publique, qui s’oriente de plus en plus vers l’appel d’offre et la mise en concurrence, induit des changements majeurs dans la maîtrise de leurs projets par les associations. Elles se trouvent confrontées à l’offensive de sociétés commerciales, attirées par les bénéfices à tirer de certaines activités sociales. Cette recherche du mieux-disant économique risque de laisser pour compte les publics ou territoires qui ne peuvent être source de « rentabilité ». Si livrer des repas aux personnes isolées se réduit à déposer un panier sur leur palier, ce ne sont pas les sociétés prestataires qui assureront l’accompagnement social dont ces personnes ont besoin...

D’autre part, la logique de marché public signifie que la puissance publique décide des modalités de réponses aux besoins sociaux alors qu’elle ne bénéficie ni de la présence sur le terrain, ni de la souplesse d’organisation des associations. Une telle évolution risque de placer ces dernières dans une situation de sujétion vis-à-vis de l’état ou des collectivités locales en suscitant chez ces derniers une inadaptation aux besoins ressentis, une certaine sclérose, des lourdeurs administratives et des pertes de capacité d’innovation.

 

Plusieurs défis porteurs d'avenir

L’horizon, qui peut sembler très sombre pour les associations, comporte plusieurs défis porteurs d’avenir. Tout d’abord, les responsables associatifs sont confrontés à une exigence d’efficience qui impose de mobiliser les compétences, de renouveler les cadres et d’adapter les organisations. Le recours au mécénat de compétences (encouragé fiscalement), l’implication de personnes extérieures au « sérail » associatif sont autant d’opportunités pour permettre des rencontres, des alliances qui dépassent les barrières sociales, culturelles et économiques. Ces liens inédits peuvent contribuer à construire les ponts dont notre société a besoin pour retrouver plus de cohésion.

Les difficultés de financement de l’innovation sociale obligent à recourir à une mobilisation de la générosité publique qui reste très forte. Les techniques de communication modernes permettent de développer les financements participatifs (« crowdfunding »). Ces fonds d’investissements correspondent bien à l’esprit associatif. Ces nouveaux outils financiers représentent actuellement des montants très faibles (moins de 1%) au regard des sommes en jeu dans le financement public des associations (54 milliards d’euros), mais ils permettent d’imaginer un paysage où ils financeraient l’innovation pour conserver au secteur associatif son dynamisme et sa créativité.

Parmi les réponses apportées par les pouvoirs publics aux attentats des derniers mois, il y a eu le développement massif du service civique. Le succès de cette forme d’engagement constitue un motif d’optimisme pour le monde des associations. De nombreux jeunes le découvrent et poursuivent après leur temps de service un engagement en tant que bénévoles ou salariés. Ce « sang frais » constitue une chance pour une citoyenneté active et pour que soit régénérée notre vie associative.

La cohésion sociale résulte d’un tissage de nombreux liens fragiles. Les interactions entre acteurs que permettent les associations en assurent la solidité. Les Semaines sociales de France peuvent y contribuer en favorisant les rencontres et en ouvrant la réflexion à des acteurs dont elles peuvent paraître éloignées idéologiquement, mais avec lesquelles elles partagent une même volonté d’œuvrer au service de l’homme.

 

Benoît Ménard

 

Les associations en chiffres

Nombre
Il existe en France 1 350 000 associations, dont plus de 90% ne s’appuient que sur le travail bénévole et ne vivent que de cotisations de membres et de quelques subventions des communes.

Près des deux tiers des associations françaises (63 %) sont de petites structures actives dans les secteurs culturels, sportifs et de loisirs.

 

Budget
Un budget cumulé de 104 milliards d’euros (3,5% du PIB), en croissance jusqu’en 2012 et en stagnation depuis. Budget assuré à 51% par des financements privés (cotisations, dons, participation des usagers…) et 49% par des fonds publics (communes 12%, départements 12%, régions 3%, état 11 %, organismes sociaux 7%, autres 4%).

Les budgets et financements publics sont très concentrés dans les associations du secteur médico-social (45%) et de l’Education (13%).

 

Emplois
Environ 1 900 000 emplois salariés sont comptabilisés dans le monde associatif, à temps plein ou à temps partiel, représentant 7% du volume de l’emploi salarié total, public et privé. Ce niveau d’emploi stagne depuis 2012.

Les bénévoles : 32% de la population totale française, équivalant à un million d’emplois à plein temps et représentant 1 à 2% du PIB…

 

Sources : Viviane Tchernonog (« Le paysage associatif français ») et INSEE.

 
Dernière modification : 19/01/2017
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