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78ème Semaine Sociale
L'argent
14 - 15 - 16 novembre 2003
à la Maison de la Mutualité à Paris
Les faits marquants du vendredi matin
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Les Semaines sociales de France (SSF) s’attaquent
cette année au thème de «l’argent». Michel
Camdessus, président des SSF, a lancé la 78e édition
par un constat heureux : le programme proposé semble avoir intéressé
les auditeurs, puisque environ 2500 personnes se sont inscrites, dont
40% pour la première fois. « La vieille dame que nous sommes
a 99 ans, mais elle a bon pied bonne œil ! », s’est-il
réjoui. Il a introduit les débats en insistant sur les deux
grandes dimensions de l’argent : «un système dont on
fait partie et sur lequel nous avons prise», mais aussi «l’instrument
de notre vie personnelle».
La journée s’est poursuivie par la lecture de la lettre du
cardinal Sodano, adressée aux participants des SSF, au nom du Pape
Jean-Paul II. Le cardinal a appelé «les fidèles du
Christ à une nouvelle imagination de la charité»,
afin de mettre «un supplément d’humanité dans
l’économie.»
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Robert Rochefort a ouvert le bal des conférences. Il s’est
attelé à décrypter nos rapports personnels et collectifs
à l’argent. Un paradoxe a marqué le directeur général
du CREDOC (Centre de recherche pour l’étude et l’observation
des conditions de vie) : selon un sondage pour le journal Pèlerin,
78 % des Français pensent que l’argent prend trop de place
dans la société. Et pourtant, on ne cesse d’en parler.
Partant de ce constat, il a décortiqué notre rapport à
l’argent : A quoi sert-il dans nos vies ? Quelle représentation
en avons nous ? Quelles valeurs se révèlent dans notre rapport
à l’argent ? Robert Rochefort a ouvert le bal des conférences.
Il s’est attelé à décrypter nos rapports personnels
et collectifs à l’argent. Un paradoxe a marqué le
directeur général du CREDOC (Centre de recherche pour l’étude
et l’observation des conditions de vie) : selon un sondage pour
le journal Pèlerin, 78 % des Français pensent que l’argent
prend trop de place dans la société. Et pourtant, on ne
cesse d’en parler. Partant de ce constat, il a décortiqué
notre rapport à l’argent : A quoi sert-il dans nos vies ?
Quelle représentation en avons nous ? Quelles valeurs se révèlent
dans notre rapport à l’argent ? |
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Argent et accès à
la liberté
Ressenti comme l’élément nécessaire à
notre qualité de vie, l’argent est aussi devenu pour beaucoup
un « mode d’accès à la liberté ».
Particulièrement aux deux extrémités de la vie :
les jeunes dépensent plus et plus vite, tandis que les retraités
désépargnent et « n’ont plus honte de se faire
plaisir. » L’argent est perçu comme un moyen d’exercer
son indépendance et de réaliser son projet de vie.
Pour la majorité des Français, l’argent reste une
contrepartie du travail. Est-ce à dire que la société
valorise le travail ? Pas forcément. Pour le conférencier,
il est plébiscité avant tout en tant que source de revenus.
La fascination pour les jeux d’argent montre que la valeur centrale
reste le gain : le chiffre d’affaires du marché du jeu (PMU,
loto…) représente 6% du PIB français et 50% des dépenses
de santé !
Autre paradoxe : le salaire est devenu le premier critère de choix
d’un métier chez les lycéens, et pourtant, les jeunes
sont 87% à critiquer l’omniprésence de l’argent
dans la société. Car l’argent est perçu comme
l’instrument de l’exercice du pouvoir collectif : spéculation,
corruption, nouvelles inégalités, gaspillage des deniers
publics, détournement de fonds… La liste des maux qu’on
lui attribue est longue. |
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L’imaginaire de l’argent
La représentation que nous avons de l’argent a changé
: la circulation a remplacé la thésaurisation : «
Aujourd’hui, l’argent sort des murs (des distributeurs) comme
l’eau des fontaines autrefois », s’amuse Robert Rochefort.
Mais cette plus grande liquidité nous fait perdre la valeur des
choses : les prix des biens et services varient dans l’espace et
le temps, si bien que l’argent se déconnecte de la réalité
économique.
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Nos valeurs à l’épreuve
de l’argent
Y’a-t-il des principes moraux dans notre rapport
à l’argent ? Pas pour l’orateur : nous cherchons simplement
à auto-justifier nos choix, sans voir nos contradictions. Un père
de famille qui s’offusque de voir quelqu’un tricher dans le
métro n’aura pas de scrupules à camoufler quelques
revenus au fisc… Car pour le conférencier, la société
ne s’encombre pas de solidarité et de partage. Cet état
de fait serait dû en partie au poids des prélèvements
obligatoires : cette charité subie aurait pris la place d’une
générosité libre.
Robert Rochefort prône deux moyens de s’accommoder
de l’argent dans nos vies :
- préserver des territoires hors de l’influence de l’argent
(religion, sexualité…)
- réenchanter notre rapport à l’argent, apprendre
à vivre avec sans occulter la dimension bénévole
et charitable de nos vies.
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Les réactions de l’assemblée
Après la conférence, les questions sur le rapport des jeunes
à l’argent ont fusé. Il faut croire que certains parents
se sont sentis concernées par le propos de Robert Rochefort…
Comment éduquer les jeunes au rapport à l’argent dans
la société de consommation ? Comment expliquer que les jeunes
soient si attirés par l’argent et veuillent sortir de cette
société ? Les jeunes sacrifient-ils leurs ambitions au profit
de la qualité de vie ?… Autant de questions qui ont permis
au directeur général du CREDOC de rappeler que la situation
a beaucoup évolué depuis les jeunes années de la
majorité des auditeurs… Aujourd’hui, les enfants découvrent
la société par une logique de consommation. Pour être
l’aise dans cette société, ils recherchent l’argent.
Mais subissent cette société plus qu’ils ne la font.
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Ré-enchanter le rapport à l’argent,
beaucoup dans les travées du palais de la Mutualité étaient
prêts à relever le défi lancé par Robert Rochefort.
« Je travaille dans une association catholique en Suisse, mais je
m’aperçois que le bénévolat est loin d’être
une activité très répandue. C’est la preuve
que nous avons un problème avec l’argent », explique
Jean Grob, venu de Genève.
S’il faut changer les mentalités, alors autant commencer
par les plus jeunes. « Faire sortir les enfants de la société
de consommation, leur inculquer des valeurs, ça fait partie des
raisons qui m’ont poussé à venir ici » avoue
Fleurine Tubiana. Dans le public qui se dispersait après la conférence,
on ne pouvait donc qu’approuver Robert Rochefort. Même si
des représentants de la jeunesse cherchaient à donner quelques
notes d’espoir, comme Salivane, 17 ans : « Je crois qu’on
est beaucoup de mon âge à faire passer la famille et l’amour
avant l’argent. » |
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| Pause |
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En deuxième partie de matinée, Jean Boissonnat,
journaliste et ancien président des SSF, a répondu à
la question « L’argent, pour quoi faire ? ». Fort de
son expérience passée de membre du Conseil de la politique
monétaire de la Banque de France, il a retracé les évolutions
de l’aspect et du rôle de l’argent dans le temps.
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| De l’étalon de valeur
au levier du développement
L’argent a d’abord été matérialisé
par la tête de bétail (capita en latin, qui a donné
le mot capital !). Le coquillage a pris le relais et a marqué le
premier pas vers l’abstraction de l’argent. Les métaux
l’ont remplacé. Pendant toutes ces étapes, l’argent
a joué un rôle unique : celui d’un étalon de
valeur, permettant de comparer les biens en vue de faire du troc.
Avec la fractionnement du métal et la création de la pièce,
on entre dans la monétisation. L’argent devient un instrument
de paiement simple et léger. Plus léger encore avec l’apparition
du billet, en Chine, bien avant son arrivée en occident. Parallèlement,
l’argent devient un instrument d’épargne, une valeur
refuge.
Mais l’essentiel pour Jean Boissonnat, c’est la dernière
fonction de l’argent : au XIXe siècle, il devient un formidable
« instrument du développement ». Citant Teilhard de
Chardin, il rappelle cette extraordinaire « dynamisation de l’argent
» qui a permis à la machine productive de s’ébranler
au cours de la première Révolution industrielle, et d’assurer
une croissance de 2,5% par personne et par an pour la première
fois dans l’Histoire de l’humanité.
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| Institutions et maîtrise de l’argent
Le journaliste s’interroge sur ce nouvel âge de l’argent
: comment le définir, comment le maîtriser ? Au début
du XXe siècle, Freud affirmait déjà : « L’ancien
monde était régi par l’autorité, le nouveau
le sera par le dollar. » Jean Boissonnat, lui, constate que «
la politique a abusé l’espèce humaine dans la première
moitié du XXe siècle avec deux Guerres mondiales et deux
totalitarismes. L’espèce humaine s’est vengée
dans la deuxième moitié du siècle en mettant l’économie
au pouvoir. »
Mais « ce n’est pas le diable », précise-t-il
tout de suite. Pour lui, la finance et la spéculation, qui accompagnent
la mondialisation de l’économie, sont le lot de tout gestionnaire,
public ou privé. Il s’agit de se munir des institutions capables
de réguler la monnaie. Certaines existent déjà (banque
centrale, BCE, FMI…). D’autres restent à créer
: aujourd’hui, on ne sait toujours pas comment maîtriser les
évolutions de taux de change entre les monnaies ou l’inflation
des actifs boursiers…
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| Séances de questions
Là encore, le conférencier n’a pas eu le temps de
répondre à toutes les questions. Elles ont porté
principalement sur les angoisses liées à la mondialisation
financière. Jean Boissonnat est revenu aussi sur la nature du capitalisme
: « le capitalisme, c’est ni gentil, ni méchant : c’est
! Ce qui l’a sauvé, c’est d’avoir été
contesté au XIXe et XXe siècles. »
Sur ces bonnes paroles, les discussions se sont poursuivies au réfectoire…mais
aussi dans les couloirs du palais de la Mutualité. Où beaucoup
louaient le sens pédagogique de Jean Boissonnat, qui « a
réussi à synthétiser des choses qu’on devinait
plus qu’autre chose », selon Benoît de Soultrait, déjà
présent l’année dernière. « Pour resituer
un phénomène et le critiquer, encore faut il pouvoir lui
donner une perspective historique » appréciait Emmanuel de
Clerq. Lui avait une raison supplémentaire de se réjouir
de l’exposé de Jean Boissonnat : le propos allait pouvoir
nourri sa licence de théologie sur « Dieu et l’argent
», et lui permettre d’écrire « moins de choses
idiotes sur la monnaie ».
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Vincent de Longueville
Centre de Formation des journalistes.
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