Session 1999
Les luttes contre l exclusion
Table ronde présidée par Monique Mitrani,
avec la participation de René Lenoir,
Jean-Marie Petitclerc et Marie-Danielle Pierrelée
René Lenoir
Voilà deux jours que lon traite de lexclusion
dans cette enceinte, quel que soit le vocabulaire employé, en évoquant
la place du religieux, ou la mondialisation, ou la croissance de lindividualisme.
En raison du temps qui mest imparti, mon propos se limitera
au traitement social de lexclusion. Mais auparavant, comment ne pas dire
un mot de lexclusion par privation de travail, thème absent de
cette session ?
Peut-on
insérer des exclus sans les mettre
ou les remettre au travail ?
Lexclu est un « inutile du monde », pour
reprendre la formule, lexpression dun tribunal de Bourgogne du XV
e siècle. Laction, le travail, déterminent en partie lêtre.
Lactivité nest pas seulement source de revenus, elle est
aussi le lieu déchanges humains qui contribuent à structurer
lindividu. Perdre son travail, cest perdre son gagne-pain, son réseau
de relations sociales, son estime de soi, une partie de son identité.
Prenant acte du fait que le secteur marchand est incapable
de proposer du travail à une personne sur huit, les pouvoirs publics
ont favorisé timidement lémergence de ce quon appelle
le « tiers secteur ». Il a pour objet doffrir aux chômeurs
des activités dans des domaines peu ou mal couverts par le secteur marchand.
Le tiers secteur permet la reconstitution de relations sociales de proximité
: il offre à ceux qui y participent la possibilité de retrouver
la reconnaissance de soi au travers de celle des autres.
Mme Aubry a demandé à Alain Lipietz, écologiste,
un rapport sur lopportunité dun nouveau type de société
à vocation sociale. Ce rapport propose deux choses : dune part,
donner un statut clair à lensemble des expériences conduites
dans ce domaine par des entreprises dinsertion, des associations intermédiaires
et de réadaptation sociale, des régies de quartier, des sociétés
coopératives de production ; et, dautre part, reconnaître
des avantages fiscaux à ces nouveaux services.
Lidée, toujours reprise, est dactiver les
dépenses passives de lÉtat : plutôt que de payer des
chômeurs et des assistés, offrons-leur une activité.
Ce projet donne lieu à un vigoureux débat.
Première objection : si le travail est un remède
essentiel contre lexclusion, plutôt que de renforcer un assistanat
camouflé, pourquoi ne pas consacrer dimportantes ressources à
la création dentreprises, en dotant en capital les candidats entrepreneurs
? Ne serait-ce pas la logique dans une société capitaliste ? Les
fonds de capital-risque sont insuffisants en France et mal adaptés aux
petits entrepreneurs débutants.
Autre objection : faut-il considérer comme une donnée
intangible lexistence dun secteur marchand irréformable,
incapable daccueillir la quasi-totalité des actifs, fabriquant
de lexclusion et laissant lÉtat récupérer les
exclus au travers dactivités dont on voit mal les contours ? Une
société digne de ce nom ne devrait-elle pas moraliser lentreprise,
infléchir ses comportements de manière à ce quils
soient plus conformes aux intérêts de lensemble du corps
social : le seul modèle dentreprise est-il celui qui privilégie
lactionnaire au détriment de tout autre intéressé
?
Lobjection est forte. Mais cest tout le processus
de mondialisation quil faudrait civiliser. Tel quil se déroule,
il laisse peu de marge aux entreprises. Peu de dirigeants du Nord ont connu
lenseignement du P. Lebret et médité lencyclique Populorum
progressio dont il est linspirateur et qui sexprime ainsi : «
Le développement ne se réduit pas à la simple croissance
économique. Pour être authentique, il doit être intégral,
cest-à-dire promouvoir tout homme et le tout de lhomme. »
Cette bataille-là, les chrétiens ne doivent pas cesser de la mener.
Jen viens maintenant au traitement social de lexclusion
en évoquant laction des associations et des ONG, les possibilités
et les limites du système de protection sociale, et la distinction entre
solidarité et fraternité.
[LE TEXTE COMPLET ETAIT DISPONIBLE DURANT LE MOIS DE SEPTEMBRE.
SI VOUS N'AVEZ PAS PU LE LIRE, VOUS POUVEZ ACHETER
LE LIVRE]
|