Session 2000
Rôle et fonction du travail dans l'économie
par Jean Boissonnat

Novembre 1987: pour la première fois depuis 1973, les Semaines sociales de France tiennent à nouveau une session nationale. Elle est consacrée à «Travail et emploi» et se déroule dans une atmosphère particulièrement sombre. La Bourse s’effondre (c’est le «krach» de 1987). Le chômage s’envole. Il dépasse 10% de la population active en France, depuis 1985. La croissance de la production nationale tombe à 2% l’an. Le nombre des salariés dans les secteurs concurrentiels (c’est-à-dire en dehors des secteurs publics) est au plus bas: 12.700.000 salariés, 700.000 de moins qu’au début de la décennie 80. Dans son introduction à la session, Jean Flory reflète le climat ambiant en disant: «En choisissant le thème “Travail et emploi”, les Semaines sociales ont fait un pari difficile: celui d’aborder une fois encore un sujet déjà souvent traité et avec si peu d’espérance qu’il en devient démobilisateur.»

Cependant, au fil des jours, les travaux de la session montrent que l’avenir n’est pas bouché. Jacques Méraud, en bon économiste, constate que le rythme de la croissance est bridé, en France, par la «contrainte extérieure», c’est-à-dire par le déficit de nos échanges avec l’étranger, lui-même lié au manque de compétitivité de nos entreprises. Celles-ci peuvent améliorer cette compétitivité en se restructurant et en tenant leurs prix. Moi-même, sollicité d’examiner le chantier des nouveaux emplois, je constate que si les industries ne créent plus beaucoup d’emplois, les services ouvrent de nouveaux débouchés. Or comme la productivité est plus faible dans les services que dans les industries, il en résultera mécaniquement qu’à rythme de croissance égal, dans l’avenir, on créera davantage d’emplois que dans le passé. Nous pouvions dire: «Il n’y a aucune fatalité durable du chômage dans les sociétés industrialisées avancées. Le plein emploi, au xxie siècle, pourra signifier 3 à 5% de personnes qui demandent des emplois et qui n’en ont pas encore trouvé. Ce type de plein emploi-là, il est possible de l’atteindre avec une croissance beaucoup moindre que celle que nous avons connue. Autrement dit, il n’est pas nécessaire de revenir à des taux de croissance de 5% pour résorber le chômage. Bien sûr, cette résorption du chômage nécessitera du temps. On ne peut la promettre aux Français pour l’année prochaine. Étalée sur une décennie, on peut l’atteindre ou s’en rapprocher.»

Soyons honnêtes. Il n’y avait peut-être pas d’erreur sur la perspective. Il y en avait une, sérieuse, sur les délais.

Novembre 2000, aujourd’hui, où en sommes-nous? L’économie française a retrouvé, depuis trois ans, un rythme de croissance de l’ordre de 3% l’an. Le nombre des demandeurs d’emploi est revenu au-dessous de 10% de la population active. Le nombre des salariés dans les secteurs concurrentiels a augmenté d’un million et demi en six ans. La Bourse est toujours fragile mais les cours ont triplé en cinq ans, ce qui ne s’était jamais vu; même si elle dévissait de moitié, elle serait encore 50% plus élevée qu’en 1996. Tout le monde parle d’un retour possible au plein emploi – dans le sens que nous indiquions en 1987, c’est-à-dire 3 à 5% de chômeurs – au cours de la présente décennie. Verra-t-on donc toujours la sortie du tunnel, dix ans plus tard?

En vérité, depuis 1987, l’économie française a profondément changé. Elle a jugulé une inflation endémique en réduisant de moitié le rythme de la hausse des prix. Elle a modernisé son outil de production, ce qui n’a pas été sans aggraver le chômage pendant plusieurs années: le taux de chômage a culminé à 12,5% pendant la période. Mais elle a reconstruit sa compétitivité: sa balance des paiements courants avec l’étranger est devenue durablement excédentaire depuis près de dix ans. Certes, elle résorbe moins vite que d’autres pays son déficit public, mais elle est l’un des pays européens les moins endettés.

 

[LE TEXTE COMPLET ETAIT DISPONIBLE DURANT LE MOIS DE JUIN 2001. SI VOUS N'AVEZ PAS PU LE LIRE, VOUS POUVEZ ACHETER LE LIVRE]

 

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