Session 2000
Que faire ? Des pistes pour demain
Table ronde présidée par Monique Mitrani avec la participation
de Alain Supiot et Jacques Barrot
Alain Supiot 1
Aujourd’hui l’ouverture des frontières, qui répond à toute
une série de facteurs bien connus (économiques, politiques et techniques), bouscule
les cadres nationaux de la vie en société. Les solidarités nationales sont remises
en cause, par ce qu’on appelle la globalisation et aussi par la relocalisation,
la reterritorialisation. Globalisation et localisation sont les deux faces inséparables
de stratégies économiques mondiales qui se fondent sur la valorisation d’avantages
compétitifs locaux. Les effets de ce double mouvement d’internationalisation
et de régionalisation sur les marchés du travail sont paradoxaux. Ces marchés
sont soumis d’une part à une logique quantitative de pression à la baisse des
coûts du travail, qui dévalorise le travail par rapport au capital, et d’autre
part à une logique qualitative de pression à la hausse de la qualification du
travail, qui résulte des exigences d’innovation et de qualité croissante sur
les marchés des produits et services. Profitables à certains travailleurs (en
général les plus qualifiés) et dommageables aux autres (en général les moins
qualifiés), ces tendances remettent en cause les formes reçues de solidarité
nationale et, parmi elles, bien entendu, le droit du travail.
Le droit du travail a toujours été animé par une certaine
idée de la dignité de l’homme au travail, par une certaine image de ce que le
Bureau international du travail appelle aujourd’hui un «travail décent». En
lui s’est inscrit l’horizon d’une vie meilleure, d’une vie de travail telle
qu’elle devrait être et non pas telle qu’elle était. De même qu’il n’est pas
de vent favorable pour le navigateur qui ne sait où il va, de même l’évolution
du droit du travail ne prend sens qu’au regard des buts qu’on lui assigne. D’abord
porté par l’idée de protection des travailleurs, ce droit est aujourd’hui confronté
à la question de leur émancipation. Mais cette émancipation ne doit pas signifier
un retour à l’âge où la liberté du travail, conçue comme richesse libre à l’échange
sur un marché, allait de pair avec l’aliénation de la personne des travailleurs.
Elle doit être conçue dans le cadre d’un véritable état professionnel des personnes
qui assure à chacun des droits d’un nouveau type, propres à passer librement
d’une situation de travail à une autre.
[LE TEXTE COMPLET ETAIT DISPONIBLE DURANT LE MOIS DE NOVEMBRE
2001. SI VOUS N'AVEZ PAS PU LE LIRE, VOUS POUVEZ ACHETER
LE LIVRE]
1. Ce texte reprend en langue française
certains extraits de la « Sinzheimer Lecture 2000 », prononcée
à luniversité dAmsterdam sous le titre « The
evolution of labour law and the tasks of jurisprudence in the year 2000 ».
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