En 2013, les Semaines sociales innovent en organisant une session polycentrée en trois endroits différents: Paris, Lyon et Strasbourg. Les conférences se tiendront dans ces trois endroits et seront diffusées par vidéo-conférence.

Pijus Kriminas, étudiant lituanien
Est-ce la première fois que vous participez aux Semaines sociales ?
Oui.
Quelle est la conférence que vous avez préféré et pourquoi ?
J’ai vraiment préféré la conférence du philosophe Pierre Manent. J’avais lu certains de ses ouvrages auparavant, mais c’est autre chose d’entendre une pensée vivre, c’est beaucoup plus vivant que dans les livres. Son discours était absolument captivant.
Quel thème avez-vous choisi pour l’expérience de délibération démocratique? Cet exercice vous-a-t-il aidé à progresser dans l’écoute de l’autre ?
J’ai choisi de réfléchir sur la place de la religion dans l’espace public. Mon sujet de mémoire portait sur la problématique relationnelle entre religion et politique en Europe, et les différences entre le christianisme oriental et occidental –et dans mon université en Lituanie, nous avons reçu pour une conférence un étudiant de Sciences-po Paris qui était très surpris de constater tant d’activités et de recherches d’ordre religieux dans la sphère publique : la comparaison est intéressante à creuser.
Cette session vous a-t-elle donné l’envie de mieux vous impliquer dans la vie de la cité ? de quelle manière ?
Le fait de noter, dans certaines conférences, que l’on peut affirmer des choses et les incorporer dans un discours comme des postulats sans concevoir qu’elles puissent être remises en cause m’a donné soif de progresser dans la connaissance, pour pouvoir débusquer les idées reçues et proposer une argumentation pertinente : c’est très utile quand on n’est pas d’accord avec quelqu’un, pour approfondir le débat. J’ai donc très envie de poursuivre des études solides.
Jeunes étudiants d’un diplôme universitaire en conception de projet humanitaire
Est-ce la première fois que vous participez aux Semaines sociales ?
Oui. Cette proposition fait partie du cadre de notre projet d’études.
Quelle est la conférence que vous avez préféré et pourquoi ?
Unanimement, nous avons beaucoup apprécié l’intervention de Loïc Blondiaux. Certains ont également été frappés par la conférence de Paul Thibaud.
Loïc Blondiaux, peut-être parce qu’il est professeur, s’est montré plus directement abordable et accessible à des non spécialistes, sur des sujets un peu nouveaux pour nous. Nous avons apprécié son dynamisme et le fait qu’il ne se contente pas de constater un état de fait problématique mais rebondisse toujours sur des solutions possibles, des propositions qui n’enferment pas dans des vues pessimistes. C’est incontestablement un orateur efficace ! Pour ce qui est de Paul Thibaud, sa conférence permettait un lien intéressant avec nos cours : nous avons été amenés à réfléchir sur les rapports entre identité collective et individuelle, mais sans nécessairement en saisir tous les champs d’application. Ici cette réflexion a pu se ramifier en application avec la démocratie.
Quel thème avez-vous choisi pour l’expérience de délibération démocratique ? Cet exercice vous-a-t-il aidé à progresser dans l’écoute de l’autre ?
Nous avons choisi de participer au débat sur l’Europe sociale, en anglais, donc avec plusieurs étrangers. Beaucoup de paramètres de réflexion nous étaient peu connus, sans parler de la barrière de la langue, mais c’était très intéressant de découvrir d’autres points de vue, notamment sur la question de l’emploi des jeunes. Tout le monde était très à l’écoute, peut être d’autant plus que le groupe était jeune et que nous manquions d’expérience pour nous prononcer sur les aspects techniques de cette question, très vaste. Mais l’expérience était enrichissante.
Cette session vous a-t-elle donné l’envie de mieux vous impliquer dans la vie de la cité ? de quelle manière ?
Par notre choix d’études, nous sommes déjà fortement engagés et motivés pour un monde meilleur, mais je crois qu’après une session pareille, on cerne mieux l’enjeu de s’engager à tous les niveaux, et de réfléchir davantage à la forme que peut prendre cet engagement… Alors, pourquoi pas un master en sciences politiques ?
Guislain Mange, animateur de groupe pour les délibérations démocratiques
Est-ce la première fois que vous participez aux Semaines sociales ?
Oui. Je me suis laissé tenter par l’expérience après le retour de mes parents, enthousiastes et ressourcés, de ces sessions auxquelles ils ont participé plusieurs fois.
Quelle est la conférence que vous avez préféré et pourquoi ?
Je crois que c’est la conférence de Loïc Blondiaux qui m’a le plus frappé, tout particulièrement son développement sur la démocratie participative, et par extension sur la démocratie délibérative.
Quel thème avez-vous choisi pour l’expérience de délibération démocratique ? Cet exercice vous-a-t-il aidé à progresser dans l’écoute de l’autre ?
J’ai choisi d’animer un groupe sur « Démocratie, médias, Internet ». L’écoute au sein du groupe était un peu passive au début, mais dans l’accueil de l’échange. Il faut dire que le sujet est très vaste et il fallait commencer quelque part ! Au fur et à mesure des prises de paroles s’est développée une écoute constructive, plus dynamique, plus interactive.
Cette session vous a-t-elle donné l’envie de mieux vous impliquer dans la vie de la cité ? de quelle manière ?
Oui, très certainement. J’ai par exemple l’envie de créer et animer un blog sur la démocratie participative.
Interviews recueillies par Isabelle Perrot
Ils ont participé à la 86e session des Semaines sociales de France sur la démocratie, une idée neuve. Certains étaient là pour la première fois, d'autres sont des habitués. Interviews de trois participants.

Maryvonne Cros, retraitée
Est-ce la première fois que vous participez ?
Non, j'ai participé aux Semaines sociales de Lyon il y a trois ans. Et la première fois que j'y suis allée, c'était en tant qu'étudiante, à Nice, en 1966. Je suis revenue pour la qualité de l'information donnée à ces sessions, j'avais envie de retrouver ce type de formation personnelle.
Qu'est-ce qui vous a le plus intéressé ?
Déjà de façon générale, j'apprécie énormément la qualité des intervenants. Sinon, à l'issue de cette première journée, j'ai été très intéressée par la conférence de ce matin: l'opinion fait-elle la démocratie? avec sa variété d'expériences démocratiques relatées dans différents pays dont la Tunisie et la Pologne.
Quel thème avez-vous choisi pour les délibérations démocratiques?
Comme j'ai travaillé dans l'enseignement, tout ce qui est communication m'intéresse. J'ai donc choisi celle intitulée ''Apprendre à articuler démocratie, médias et Internet'', car je pense que les gens ne sont pas encore assez formés avec Internet, que leur réflexion sur cet outil n'est pas encore assez poussée.
L'intervenante tunisienne, la juriste Asma Nouira, qui est intervenue vendredi matin, a bien montré que l'on doit avoir un regard critique sur Facebook par exemple… Elle s'est dite frappée par des personnes qui acceptaient d'être amis de personnes qui n'existaient même pas ! On y voit la limite des réseaux sociaux !
Cette session vous donne-t-elle envie de mieux/plus vous impliquer dans la vie de la cité ?
Je m'y intéresse déjà dans la limite de mon énergie. L'intérêt est là, et ma motivation personnelle aussi !

André Galdemar, retraité (et ex-président du Secours catholique dans l'Hérault)
Est-ce la première fois que vous participez ?
Non, ce n'est pas la première fois, j'y vais tous les ans depuis cinq ans.
Qu'est-ce qui vous a le plus intéressé ?
La première conférence du matin, L'opinion fait-elle la démocratie, pour la clarté des interventions.
Quel thème avez-vous choisi pour les délibérations démocratiques?
Articuler parcours de vie et de travail. Je trouve particulièrement intéressant dans le contexte économique actuel de bénéficier d'une formation pendant son parcours de vie au travail… La majorité des gens n'ont pas la chance de pouvoir décrocher du travail pour une formation qui les aide à trouver leur place s'ils n'ont pas fait d'études.
Cette session vous donne-t-elle envie de mieux/plus vous impliquer dans la vie de la cité ?
Non, pas plus que je ne le fais déjà, mais cela me permet d'être un citoyen éclairé qui peut apporter quelque chose. En tout cas, le thème ''Démocratie, une idée neuve'' me paraît particulièrement intéressant à quelques mois des élections.

Sandrine Guillemet, professeur d'allemand au lycée et animatrice pastorale
Est-ce la première fois que vous participez ?
C'est la 5e fois que je viens avec mes élèves de BTS.
Qu'est-ce qui vous a le plus intéressé ?
Les propos du philosophe Paul Thibaud, et notamment sa conclusion : comment le religieux doit retrouver sa place en assurant son histoire et en s'impliquant dans le témoignage pour être crédible.
Quel thème avez-vous choisi pour les délibérations démocratiques?
Pour l'instant j'hésite encore entre ''Faire vivre les religions dans l'espace public'' et ''Promouvoir la santé et favoriser l'accès aux soins pour tous''. J'essaie de voir comment faire entrer dans l'établissement des cycles de conférences qui impliquent les jeunes.
Martine Tandeau de Marsac, maire d’une petite ville de Haute-Vienne
Est-ce la première fois que vous participez aux Semaines Sociales ?
Oui. J’ai profité d’un passage à Paris pour une réunion d’élus locaux. Je suis très heureuse de la réflexion nourrissante et plus approfondie que je viens de trouver ici.
Quelle est la conférence que vous avez préféré et pourquoi ?
Aussi bien dans les conférences de Pierre Manent que de Paul Thibaud, j’ai apprécié cette reconnaissance de la montée des individualismes, du règne du « j’ai droit à ». C’est une réalité à laquelle nous nous trouvons confrontés en permanence dans nos communes, en tant qu’élus. L’enjeu, c’est de réveiller le sens de l’intérêt général, la conscience de l’appartenance à un territoire commun. On retrouve la même problématique au niveau de l’intercommunalité : pour la vivre comme une vraie richesse, il importe de s’habituer à travailler ensemble, autour d’un projet commun. Si la commune, comme l’individu, ne sait se positionner qu’en termes de « j’ai droit à », c’est la mort assurée du projet commun. On en vient à appliquer des règles arbitraires plus que la Loi. C’est très palpable à l’échelle des communes.
Quelle thème choisirez-vous pour l’expérience de délibération démocratique ?
J’hésite entre « la place des religions dans l’espace public » et « Démocratie, médias et Internet ». Je choisirais probablement le second.
Pourquoi ?
Aujourd’hui avec ces médias en plein essor, on assiste à la construction de nouveaux réseaux, dans lequel l’individu se retrouve, mais qui font aussi émerger des espaces collectifs dont nous ne sommes plus maîtres. Ce sont certes de nouveaux moyens, créatifs, de reconstruire du « collectif », mais on reste figé dans le court-terme, dans le superficiel : il manque une construction de fond. La démocratie a besoin de temps – elle a besoin qu’on se pose, qu’on discute, que l’on arrête enfin de zapper.
(interview réalisée vendredi 25 novembre 2011)
Interviews recueillies par Dominique de Courcelles et Isabelle Perrot
Pour la première fois, toutes les conférences seront disponibles sur notre site. La mise en ligne se fera progressivement.