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Que de différences entre le Forum social européen et les Semaines sociales de France, deux rassemblements qui se sont, par hasard, tenus récemment à Paris ! Le premier est un mouvement « jeune », avec tout ce qui en découle d'exubérance, de contestation, de remise en cause radicale, sans concession ni excès de réalisme. Il tente de faire émerger une conscience politique et, bien que loin du compte, il commence manifestement à intéresser les politiques français (clairement à court de vision ou de souffle) et donc les journalistes … Désordonné, hétéroclite, il correspond sans doute à une fraternité éphémère, car appuyé sur le refus d'un système plus que sur des propositions concrètes : on reste encore plus près de l'antimondialisme que de l'alter … L'ambiance d'utopie joyeuse de Mai 68 règne. Bien différent est le colloque des Semaines sociales à la Mutualité. D'inspiration ouvertement chrétienne, il revendique une filiation centenaire à la doctrine sociale de l'Eglise. Les sexagénaires dominent, pour la plupart engagés dans le bénévolat associatif. Au fil des débats, on comprend que les participants sont là non pour changer le monde, mais pour le faire évoluer de l'intérieur. L'entreprise n'y est pas considérée comme l'ennemi mais comme une réalité qu'il faut pousser à changer. Plus réaliste qu'utopique (le mot de révolution serait une faute de goût dans cette assemblée !), ancré sur la proximité plus que sur le grand large, plus rationnel que passionné, on y recherche la sagesse plus que la créativité. Pourtant ces mouvements, aux antipodes par leurs sensibilités, me frappent aussi par ce qu'ils ont en commun. Ils partent tous deux du constat partagé que notre système économique actuel produit à l'évidence un niveau d'exclusion et d'irresponsabilité collective excessif, tant au Nord qu'au Sud. Les deux « peuples », où règne spontanément une raie parité femmes-hommes (contrairement aux mondes de l'entreprise et de la politique …), sont formés de personnes de bonne volonté, prêtes à l'engagement gratuit, au don de soi. Leur intuition commune est qu'il faut faire bouger les choses, vite. L'attitude de l'équipe Bush crée un ciment inattendu à ce front du refus d'une mondialisation imposée et fondée sur une vision impérialiste : la pax americana passe mal ! Tout porte à penser qu'une mise en synergie de ces forces est impossible. Pourtant, toutes deux sont des moteurs, l'un externe, l'autre interne, qui peuvent forcer les mondes politiques et économiques à bouger. Il s'agit de « réenchanter » l'économie, selon le mot de Jean Boissonnat, en remettant l'homme au centre, comme une fin en soi et non comme un simple moyen. Pour enclencher un développement vraiment durable … Faire virer la lourde galère sera difficile. C'est pourquoi il faut beaucoup de rameurs … Bernard Usquin [Retourner à l'accueil de la session]
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