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Deux Français sur trois s'adonnent plus ou moins régulièrement aux jeux d'argent : loto, casinos, cartes à gratter, PMU, etc. Le résultat n'est pas anodin : l'industrie du jeu pèse désormais 6% de la richesse nationale produite en France. C'est colossal, rien moins que la moitié des dépenses de santé du pays. Encore tabou Ce constat du sociologue Robert Rochefort aux rencontres annuelles des Semaines Sociales de France (1) montre que notre rapport à l'argent est de plus en plus décomplexé. Sans honte, sans préoccupation morale évidente, mais sans tabous, remarque le sociologue. On est certes prêt à participer à Qui veut gagner des millions ? mais on a toujours autant de mal à afficher (avouer) ses revenus à ses voisins. On est prêt à tout acheter, mais on veut préserver la spiritualité de la marchandisation croissante... qui fait, par exemple, des ravages dans les religions aux Etats-Unis ! Quoi qu'il en soit, c'est vrai que nos comportements changent énormément à l'égard de l'argent, l'un des trois moteurs historiques des passions humaines - avec le pouvoir et le sexe - selon Saint-Augustin, comme le rapelle Jean Boissonnat. "Un instrument indispensable, mais assez fascinant pour devenir un instrument de violence, de tyrannie, d'injustice", comme le souligne de son côté Michel Camdessus, le président des Semaines sociales. Avant, les fourmis amassaient, thésaurisaient, stockaient. Aujourd'hui les cigales reprennent du poil de la bête. L'argent, c'est plus que jamais du liquide, du volatile, quelque chose de fluide, résume Robert Rochefort. En remarquant que les jeunes sont en première ligne d'une "mutation plutôt spectaculaire". Pour eux, l'argent - géré de préférence en compte séparé - est de plus en plus un outil de satisfaction immédiat : à peine perçu, déjà dépensé. Surtout, la rémunération devient, à leurs yeux, un critère professionnel prioritaire, déterminant. La bonne entreprise est celle où l'on pourra gagner rapidement beaucoup d'argent. "Préoccupant", constate le sociologue mais pas dramatique. Un sondage TNS-Sofres réalisé pour Le Pélerin livre un beau paradoxe. Il révèle que la catégorie des jeunes est loin d'être fascinéé par l'argent. Ils estiment très majoritairement - à 87% des sondés - que l'argent tient une placetrop importante dans notre société. Bref, les jeunes sont les pionniers d'une opinion qui veut globalement garder la tête froide face à l'argent : 78% des Français contestent la place trop importante de l'argent. Rassurant. Paul BUREL (1) Les Semaines Sociales de France, qui fêteront leurs 100 ans l'an prochain, consacrent trois jours de réflexion, ce week-end à Paris, au thème de l'argent, sous toutes les coutures : entreprise, politique, foi, partage... [Retourner à l'accueil de la session]
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