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78ème Semaine Sociale
L'argent
14 - 15 - 16 novembre 2003
à la Maison de la Mutualité à Paris
Les faits marquants du dimanche matin
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Après la messe présidée par Mgr
Olivier de Berranger, évêque de Saint-Denis, deux femmes
se sont succédé à la tribune pour répondre à la
question : « Peut-on concilier innovation financière et
innovation sociale ? » Maria Nowak, présidente de l’Adie
(Association pour le droit à l’initiative économique),
a évoqué le micro-crédit. Nicole Notat, a présenté les
objectifs des agences de notation sociale et environnementale des entreprises, à travers
son expérience à la tête de celle qu’elle a
créée, Vigeo.
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| Prêter l’argent
autrement
Maria Nowak est parti de plusieurs constats :
- la charité n’est pas suffisante pour venir à bout
des problèmes d’exclusion
- les exclus ont les poches vides mais la tête pleine d’idées
- trois milliards d’hommes n’ont pas accès au
crédit
dans le monde
L’Adie a été crée en 1988 pour permettre
aux plus pauvres d’emprunter des petites sommes d’argent
(de 5 000 à 20 000 euros). En quinze ans, l’association
a permis la création en France de 20 000 entreprises, dont 5 000
en 2003. 75% de ses clients sont RMIstes ou chômeurs longue durée
et 17% illettrés. Grâce à l’Adie, des sociétés
ont vu le jour dans des domaines parfois très originaux : fabrication
d’armures, production de vin mousseux au sureau, dentiste pour
chevaux…
Selon Maria Nowak, la solidarité de l’association est contagieuse
: « Un béninois que nous avions aidé a crée
un fond de crédit dans son village africain ! » Elle se
réjouit de certains succès, comme celui de ce beur de Mantes-la-Jolie,
aujourd’hui à la tête d’une compagnie de taxis
employant trente personnes.
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Les obstacles au micro-crédit
Pourtant, plusieurs facteurs s’opposent au développement
du micro-crédit, comme la complexité administrative. En
France, quelqu’un qui veut devenir vendeur de pizza ambulant doit
rencontrer pas moins de 12 institutions différentes ! Autre sujet
d’inquiétude : le déficit budgétaire et la
décentralisation remettent en cause les aides publiques à l’Adie.
Mais Maria Nowak croit qu’il est possible de « remplacer
le cercle vicieux de la pauvreté par le cercle vertueux du micro-crédit,
pour permettre aux plus pauvres de retrouver leur dignité, leur
citoyenneté économique. » 10% de la population active
française est issue des quartiers défavorisés. Le
micro-crédit peut aider les plus défavorisés à s’intégrer
dans le système économique par ses trois vertus : donner
des moyens financiers, faire confiance et se projeter dans l’avenir. |
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Entreprises responsables
Nicole Notat a expliqué sa décision de créer Vigeo,
agence de notation sociale et environnementale des entreprises. Les scandales écologiques
et financiers des dernières années ont montré que
la mondialisation n’est pas assez régulée. Certaines
multinationales craignent que l’impact négatif de leurs
activités ne ternissent leur image.
Des fonds d’investissement socialement responsables se sont mis
en place au cours des années 1990, rassemblant des titres d’entreprises
respectueuses de l’environnement, de leurs salariés, fournisseurs,
sous-traitants… De plus en plus, les gestionnaires d’actifs
ont besoin d’information pour sélectionner ces titres. C’est
le but des agences de notation. Pour Nicole Notat, il s’agit d’une
activité jeune, vouée à se développer en
partenariat avec la puissance publique, « pour atteindre les objectifs
communs de la planète ».
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A l’issue de ces deux récits d’expérience,
remerciements et offres de service adressés à Maria Nowak ont
afflué parmi les questions. La séance a permis d’apprendre
que le taux d’intérêt des micro-crédits est le même
que celui du marché et que le taux de remboursement est supérieur à celui
observé par les banques qui financent la création d’entreprises. « Les
pauvres remboursent mieux que les riches ! », affirme Maria Nowak. Nicole
Notat a expliqué qu’elle recueille l’information auprès
des dirigeants, syndicats et ONG pour noter une entreprise.
Réactions
Julien Couard, étudiant en droit à Aix-en-Provence prépare
une thèse sur « les communautés religieuses et le monde
des affaires. » Il a apprécie la conférence, car « les
gens sont souvent mal informés sur ces questions alors qu’ils
s’y intéressent beaucoup. » Pour Nicole Catuhe, retraitée à Pau,
l’intervention de Nicole Notat faisait un peu « promotion de sa
propre entreprise. » Mais ses « motivations philosophiques et sociales » l’ont
convaincu. |
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Changer le système financier international
Michel Camdessus, ancien directeur du FMI (Fonds monétaire international)
et président des SSF est intervenu en fin de matinée. Sur
un ton résolument optimiste, il a considéré que « changer
le système financier international est une des clés de
la mondialisation de la solidarité. » Il a développé trois
axes :
- organiser des transferts de ressources suffisants pour financer
le développement
- organiser la prévention des risques de crises financières
- démocratiser les institutions mondiales
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| Le transfert des ressources aux pays en
développement doit prendre la forme d’un partenariat, pas
d’une assistance. L’exemple du Nepad (Nouveau partenariat
pour le développement économique de l’Afrique) prouve
que c’est possible. Plusieurs engagements ont aussi été pris
avec les pays du sud, comme ceux du millénaire, à New York
en 2000. Ils visent notamment à une baisse de 50% du nombre de
personnes en dessous du seuil de pauvreté d’ici 2015.
Afin d’atteindre ces objectifs, Michel Camdessus souhaite des
transferts supplémentaires, notamment pour financer des biens
publics mondiaux. Pour lui, l’objectif de transfert de 0,7 % du
PIB des pays riches aux pays pauvres est un impératif absolu.
Mais il faut aussi changer la manière de financer le développement
: revenir au don, comme ce fut la cas à l’époque
du plan Marshall en Europe, et associer des financements privés
par des incitations suffisantes. |
| Lutter contre les crises financières
« Le financement peut accélérer le développement,
si on peut prévenir les dérèglements », comme
les crises financières au Mexique et en Asie du sud-est, dans
les années 1990. Pour cela, il faut donner les moyens au FMI de
remplir ses missions :
- stabiliser les taux de change
- jouer son rôle de prêteur en dernier ressort auprès
des pays en faillite
- assurer la liberté de mouvement des capitaux
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| Démocratiser les institutions
mondiales
Pour Michel Camdessus, le G8 doit s’ouvrir aux pays les plus pauvres.
Une première étape a été franchie cette année
au sommet d’Evian, où une vingtaine de pays ont rendu visite
aux représentants des huit premières puissances mondiales.
Mais il veut plus : créer un groupe de 25 pays qui rendraient
des grands arbitrages internationaux. |
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Questions et réactions « Ce n’est pas le premier catalogue de bonnes intentions
présenté au monde », a écrit un auditeur.
Michel Camdessus a répondu : « Je vous permets de vous
garder de mon optimisme, pas de mon espérance. » Des doutes
sur l’efficacité du FMI se sont exprimés dans plusieurs
questions. Les privatisations systématiques imposées
aux pays en faillite ont été critiquées. Michel
Camdessus a défendu l’institution, expliquant qu’elle
s’adaptait à la situation de chaque pays.
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| Dans les couloirs, certains participants
ont trouvé l’exposé un peu « technique ».
Jean-Luc Derban, agriculteur dans la Somme, est ressorti déçu
de voir «toutes les difficultés à régler
les problèmes financiers internationaux.» Gabriel Merceron
s’occupe du Secours catholique à la Roche-sur-Yon. Pour
lui, «Michel Camdessus est brillant» mais estime qu’ «il
est difficile de se faire une idée sur le fond de la question
quand, comme moi, on n’est pas spécialiste.»
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Vincent de Longueville
Centre de Formation des journalistes.
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