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78ème Semaine Sociale
L'argent
14 - 15 - 16 novembre 2003
à la Maison de la Mutualité à Paris
Les faits marquants du dimanche après-midi
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Les conférences de dimanche ont été consacrées à s’interroger
sur la transformation. Transformation du fonctionnement de la finance
et des institutions internationales le matin, et plus modestement de
la personne l’après-midi. Modestie ne signifie d’ailleurs
pas simplicité, comme l’a montré le discours du jésuite
Etienne Perrot : l’exercice de notre responsabilité personnelle
face à l’argent demande une réflexion approfondie.
Même si cela ne l’a pas empêché à plusieurs
reprises de citer sa grand-mère, dont le bon sens l’a aidé à dissiper
quelques ambiguïtés.
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L’économiste et professeur d’éthique économique à l’Institut
catholique de Paris s’est d’abord attelé à définir
notre posture face à l’argent. Un mot pour le résumer
? Sans doute le salut, au sens latin de santé. « La santé,
c’est d’être capable de réagir aux infidélités
du milieu, aux changements perpétuels » qui affectent aussi
bien la société, la famille, que l’argent, a-t-il
avancé. Ces mutations sont permanentes, et c’est bien pour ça « qu’il
n’est pas question de vouloir rebâtir le système idéalement
dans notre tête ».
Mieux vaut donc se référer à la pensée du
prophète Michée, qui nous donne trois pistes. D’abord « accomplir
la justice », c’est-à-dire, selon Etienne Perrot, « respecter
la communauté dans laquelle on vit, ce qui passe par payer ses
impôts en solidarité avec la communauté ».
Ensuite « aimer avec tendresse », être attentif aux
situations personnelles : on manque encore trop souvent « d’attention à la
singularité des personnes, une attention pourtant indispensable à une
vraie solidarité ». Enfin le prophète Michée
appelle à « marcher humblement avec son Dieu », et
donc avoir « le souci des pauvres », comme l’explique
le jésuite. |
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L’examen critique des gains
Etienne Perrot s’est également interrogé sur notre
attitude face aux origines de l’argent gagné. Bien sûr,
tout gain venant de la prostitution ou des jeux de hasard est « suspect
pour toute conscience éclairé ». Mais la légalité de
ces activités n’exonère pas de tout examen critique
sur les conséquences de nos revenus sur autrui.
Premier domaine visé : le travail, pour lequel on doit payer
le juste prix. Etienne Perrot rappelle alors que, dans ce juste prix, « la
doctrine sociale catholique demande à ce que le revenu soit suffisant
pour assurer la subsistance de l’ouvrier et sa famille, et même
d’accumuler un petit pécule ». Le jésuite appelle à dépasser
les récriminations prévisibles des économistes face à cette
position, en poussant à « des changements institutionnels
et politiques tout en faisant un travail sur nous même ».
Cet examen critique porte aussi sur le pendant du travail, le capital
: si le risque doit être rémunéré, il faut
que « ce risque ne soit pas uniquement financier, mais aussi celui
des fournisseurs, des salariés… La communauté de
risque fonde la solidarité ». |
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La semence de l’argent
L’orateur s’est ensuite s’intéressé au
dernier versant du problème : l’usage de notre argent. « L’attitude
chrétienne ne consiste pas à se débarraser de l’argent,
mais à l’utiliser selon nos responsabiltés envers à autrui »,
a-t-il souligné. L’autre mot d’ordre est de s’efforcer
de « payer le juste prix » : d’après tradition
des théologiens, le juste prix se trouve non par l’évaluation
du marché mais grâce à « une évaluation
commune, c’est-à-dire une évaluation qui a le souci
du bien commun ». L’épargne est également concernée
: « avant de se donner bonne conscience avec les placements éthiques,
il faut d’abord s’interroger sur la transparence des critères
retenus pas ces fonds ou encore sur la politique d’intervention
de l’entreprise», bref sur des questions très concrètes. |
| Enfin le don, que beaucoup
de conférenciers ont appelé à redécouvrir,
n’est pas oublié par Etienne Perrot. Ce don, « qui
peut donner un sentiment d’euphorie une fois réalisé »,
doit être également examiné sous l’angle de
l’efficacité. La sagesse de sa grand-mère fait alors
réapparition, avec l’adage « gaspiller, c’est
pire que voler ». Plusieurs questions doivent donc venir à l’esprit
de chacun avant de passer à l’acte, comme de savoir « quelle
part d’argent va toucher au final celui que je veux aider »,
et si « l’association à qui je donne est transparente ».
A cette condition les préceptes du prophète Michée
seront pleinement réalisés.
Les réactions du public
La sagesse de la grand-mère d’Etienne Perrot, invitée
surprise de cette conférence, a retenu l’attention du public.
Mais sans doute moins que le salaire des hauts dirigeants, thème
que le jésuite avait déjà abordé au cours de
sa conférence, mais sur lequel il est revenu longuement à la
demande du public, visiblement partagé sur ce sujet. « Les
revenus actuels de nos élites économiques ne sont justifiables
ni par l’économie ni par la morale » a-t-il martelé. « Mais
je ne cherche pas à juger des personnes, mais bien un système.
C’est à chacun d’exercer la critique sur son fonctionnement » a-t-il
précisé. A la sortie de la conférence, l’invitation
avait été entendue. Gilles Denoyel, venu aux semaines sociales
pour la première fois, se réjouissait de cet exposé « stimulant,
qui me montre que nous avons beaucoup de progrès à faire
: c’est vrai pour les salaires des dirigeants, mais aussi pour le
salaire de chacun, dont on doit se demander s’il est justifié ». |
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La conclusion de Michel Camdessus
Les idées et les grands thèmes abordés au cours
de trois jours de conférence se bousculaient encore dans les têtes
quand Michel Camdessus a pris la parole dimanche en milieu d’après-midi
en conclusion. Une conclusion à laquelle assistaient le Cardinal
archevêque de Paris Mgr Jean-Marie Lustiger et le cardinal Roger
Etchegaray. Quel sentiment prédomine chez tous les participants
? Sans doute que ces Semaines sociales de France ont permis de mieux
cerner notre rapport à l’argent, un rapport décomplexé « face à son
usage, pour la satisfaction de nos besoins ». Son influence s’étend, à mesure
que grandit un malaise : « existe-t-il encore un endroit pour l’échange
gratuit, pour le don ? »
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| Michel Camdessus a alors lancé une
double mise en garde. D’abord contre tout sentiment de fierté car « nous
bricolons nos règles pour l’usage de l’argent » : « il
faut que finisse les grandes déclarations sur la générosité des
Français car nous ne le sommes pas tant que ça »,
a-t-il notamment rappelé. Mais pas question d’avoir peur
non plus face à l’Argent, « Léviathan » des
temps modernes. Il y a « toujours quelque chose à faire
pour remettre l’argent à sa place. Les politiques ont plus
de marge de manœuvre qu’on ne le croit. »
« L’amour de l’argent est la source de tous nos maux » :
le gouverneur honoraire de la Banque de France le reconnaît bien
volontiers, mais préfère s’intéresser à des
questions plus concrètes. Le salaire des hauts dirigeants par
exemple, souvent évoqué pendant la session, et qu’il
faut « contrôler ». Mais ce sujet polémique
ne doit pas éclipser un autre moins évoqué, celui
des salaires situés à l’autre bout de l’échelle
sociale, chez ces travailleurs ou chômeurs pauvres qui « ne
peuvent subvenir à leurs besoins ». « L’ébauche
d’un partenariat avec ATD Quart Monde a permis d’entamer
un dialogue sur cette thématique » s’est félicité Michel
Camdessus. |
| Répondre à la nouvelle donne économique
mondiale doit aussi inciter « à réhabiliter le don
pour faire face à toutes les asymétries du monde » ou
encore à s’engager pour « le respect de la parole
donnée ». « La pensée sociale chrétienne
doit continuer de s’enrichir sur ces questions, mais aussi influencer
les pouvoirs publics qui peuvent transformer le système international »,
a ajouté l’ancien directeur du FMI. Mais elle a aussi pour
mission de renverser une logique trop présente qui rend les électeurs
des pays occidentaux insensibles au développement du reste du
monde, et pousse les décideurs à l’immobilisme. « C’est
un formidable appel au renouvellement de notre responsabilité citoyenne »,
s’est-il enthousiasmé.
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| Avec un Forum social européen qui
s’est tenu en parallèle aux Semaines sociales, la question
de l’Europe s’est imposée naturellement. Une Europe
qui pose un problème quand on parle de référence
religieuse, sujet surlequel les représentants français
cherchent à faire prévaloir une « lecture réductrice
des racines de l’Europe ». Au même moment, la préparation
d’une loi contre le port de signes religieux à l’école
fait aussi naître « une inquiétude pour la libre expression
des croyances religieuses de chacun ». Problème également
quant aux « nouvelles responsabilités mondiales de l’Europe à 25 »,
qui ne peut tolérer que l’Afrique « soit à nos
portes le continent de la désespérance ».
Les problématiques européennes sont esquissées,
elles trouveront un écho plus grand encore pour les Semaines sociales
du centenaire, l’année prochaine à Lille, qui réuniront
des participants venus de tout le continent. « Ce n’est rien
moins que l’Europe du 21è siècle que nous inaugurerons
ensemble » a promis Michel Camdessus, appelant chacun à accompagner
et soutenir cette nouvelle aventure : « nous sommes certains que
vous voudrez faire de cette rencontre votre affaire et votre fête ». |
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A la sortie du Palais de la Mutualité
Réhabiliter le don et le partage comme le demande Michel Camdessus,
ils ont été nombreux à s’associer à ce
vœu au sortir de ces trois journées de rencontre et de conférences.
Comme Michel Menou qui se réjouit que les sessions n’aient « pas
donné une vision caricaturale de l’argent, tout blanc ou
tout noir : c’est avant tout un moyen qu’il faut exercer
avec responsabilité ». Catherine Albertalli travaille dans
une banque : « cette responsabilité va me pousser à m’interroger
sur mon épargne, à chercher une forme de placement qui
me permette d’assurer mes vieux jours mais qui donne aussi vie à un
projet concret ». |
Place à présent aux Semaines sociales du centenaire.
Avec ce vœu d’un participant: qu’on instaure « un
véritable partenariat avec tous ceux qui vivent dans la pauvreté,
afin que les discours donnés ici s’incarnent véritablement.
L’institution des Semaines sociales grandit en s’ouvrant à l’Europe,
elle ne doit pas se couper de ses bases. » |
Renaud Honoré
Centre de Formation des journalistes.
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