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78ème Semaine Sociale
"L'argent"
14, 15 et 16 novembre 2003
à la Maison de la Mutualité à Paris
Eléments de réflexion préparatoire
à la 78e semaine sociale
"L'argent"
[Ce texte
est aussi disponible en téléchargement au format PDF]
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Chères amies, chers amis,
Comme les années passées, vous trouverez
dans les pages qui suivent quelques éléments de réflexion
préparatoire à notre prochaine session. Cette dernière
se tiendra du 14 au 16 novembre 2003 à la Maison de la Mutualité
à Paris, et aura pour thème « L’argent ».
Ce document est envoyé tous les ans aux communautés
chrétiennes d'étudiants, mais il peut s'avérer utile
pour tous. De fait, nous avons conscience que quelques jours de rassemblement
ne suffisent pas à épuiser les thématiques proposées
tous les ans. Pouvoir réfléchir ensemble avant la session
au thème proposé peut s’avérer utile et enrichissant.
De plus, la question de l’argent, du fait de son actualité
mais aussi du caractère déterminant qu’elle peut avoir,
recoupe certainement vos préoccupations.
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Autant que faire se peut, nous pensons que la démarche
de réflexion proposée ici doit prendre la forme d’un partage
d’expériences. L’enjeu n’est pas d’ouvrir de
grands débats théoriques ou perspectives catéchétiques
mais de vous faire parler, vous. Par ailleurs, il existe de multiples manières
d’approcher les textes qui vous sont proposés. Nous vous en proposons
une, qui recoupe directement le travail de préparation mené dans
le cadre de notre prochaine session. Nous vous ferons parvenir le programme
détaillé de notre rencontre durant l’été.
Dans cette attente, nous vous transmettons en pièce jointe le canevas
que nous avons d’ores et déjà retenu pour traiter notre
thème annuel, et les grandes questions que nous aborderons à cette
fin.
Nous nous tenons à votre entière disposition pour toute information
complémentaire. N’hésitez pas à nous faire part de
vos commentaires ou suggestions, aussi bien en ce qui concerne ce document que
le contenu de notre prochaine session. Ce sont tous vos apports qui nous aident
à progresser et nous permettent de faire en sorte que notre travail réponde
à vos attentes.
En vous souhaitant par avance des réflexions et échanges aussi
riches que confiants sur cette question centrale de l’argent, nous nous
réjouissons à l’idée de pouvoir accueillir certains
d’entre vous à la mi-novembre.
Damien Cocard, Séverine Patey et Alban Sartori,
Commission Jeunes des Semaines Sociales de France
Quelques textes pour aborder la question
de l'argent
1
A force de remplir des chèques et de dégainer
des cartes de crédit ou un porte-monnaie électronique Monéo,
le rapport à l'argent tend à se dématérialiser.
Progressivement, la dimension symbolique de la transaction s'est réduite
comme peau de chagrin. Certes, la multiplication des situations de surendettement
doit sans doute moins aux cartes de paiement qu'aux difficultés
sociales des ménages qui en sont victimes et au laxisme intéressé
de certains organismes financiers. Néanmoins, les enfants savent
bien que les billets sortent des murs, une simple Carte bleue suffisant
à attendrir le généreux distributeur automatique.
Quelquefois, on se demande si les adultes n'y croient pas un peu, eux
aussi. [...]
Bien sûr, il y a la crainte d’en manquer mais
aussi la peur de le voir s’envoler et la sourde anxiété
liée au flottement des repères qu’engendre cet argent
dématérialisé au bas de la colonne de chiffres d’un
relevé bancaire, que l’on ne « palpe » plus guère
entre ses mains. L’imaginaire du fric évolue ; ses angoisses
changent également et elles deviennent multiformes. [...]
« Comme le sang, l'argent irrigue la société
et l'époque est à l'argent fluide, voire hémorragique,
qu'il n'est pas recommandé de placer au long cours »,
considère Jacqueline Barus-Michel, professeur de psychologie sociale
à l'université Paris-VII. En pleine mue, l'imaginaire est
aussi en plein éclatement. « Aujourd'hui, l'argent n'est
pas un équivalent universel ; la conception que l'on peut en avoir
dépend largement de son origine et, surtout, varie selon les générations
», souligne Jean-Philippe Bouilloud, professeur à l'Ecole
supérieure de commerce de Paris (ESCP-EAP). Le rapport des moins
de vingt-cinq ans à l'argent est « décomplexé,
volontiers magique, voire hollywoodien » – ce qui exacerbe
les frustrations de ceux qui n'y ont pas accès –, si l'on
en croit l'étude réalisée par Intuition à
la demande de l'agence de design Dragon rouge et de Sixième son,
spécialiste de l'identité sonore. Deux sociétés
qui proposent aux institutions financières un programme particulièrement
ambitieux : « Repenser l'univers des agences bancaires sur le
mode du désir plutôt que sur celui du devoir »...
Extrait de l’article de Jean-Michel Normand, «
Le nouvel imaginaire de l’argent »
paru dans Le Monde du 18 février 2003
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| 2
Etre libre par rapport à l’argent est important
: il faut faire en sorte que l’argent ne nous asservisse pas, il
faut le faire servir. Je connais des gens riches chez qui je suis allé,
dans l’île des milliardaires, l’île Moustique,
où il est effrayant de voir que plus on a de l’argent, plus
on est angoissé, plus on se protège : on crée l’abîme
du désespoir, on se confine de plus en plus dans un état
qui ne peut pas répondre à sa sécurité fondamentale
qui est celui que l’autre vous donne, l’autre c’est
Dieu.
Je suis allé dans 123 pays du monde, et à
Manille je suis allé voir le cardinal Sin. Le mot « sin »
veut dire péché en anglais et argent en chinois. On a donc
parlé de l’argent, de la bonne définition de l’argent
donnée par sainte Thérèse d’Avila : «
l’argent, excrément du diable, mais pour cette terre, quel
bon engrais ! ». Il faut se servir de l’argent comme d’un
bon engrais mais pour cela il faut se protéger un peu des tentations,
c'est-à-dire garder autant que possible la proximité du
pauvre comme personne ; il ne faut pas s’établir dans les
affaires générales, mondiales, en se disant que le contact
des pauvres est pour les autres. Pour ma part, je regrette de ne pas avoir
assez eu le contact des pauvres.
Dans notre vie personnelle, il faut accepter une morsure
de la pauvreté, accepter de manquer. Il faut accepter ses propres
manques parce que nous en avons tous, accepter nos vulnérabilités
: par là, nous sommes pauvres avec les pauvres.
Michel Camdessus, ancien directeur général
du Fonds Monétaire International (FMI),
à l’occasion de la rencontre nationale des Chrétiens
en Grande Ecole (CGE),
janvier 2002
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| 3
Et [Jésus] leur dit une parabole : « Il y
avait un homme riche dont la terre avait bien rapporté. Et il se
demandait : « Que vais-je faire ? Car je n’ai pas où
rassembler ma récolte. » Puis il se dit : « Voilà
ce que je vais faire : je vais démolir mes greniers, j’en
bâtirai de plus grands et j’y rassemblerai tout mon blé
et mes biens. Et je me dirai à moi-même : « Te voilà
avec quantité de biens en réserve pour de longues années
; repose-toi, mange, bois, fais bombance. » Mais Dieu lui dit :
« Insensé, cette nuit même on te redemande ta vie,
et ce que tu as préparé, qui donc l’aura ? »
Voilà ce qui arrive à celui qui amasse un trésor
pour lui-même au lieu de s’enrichir auprès de Dieu.
».
Evangile selon Saint Luc, 12, 16 à 21,
Traduction Œcuménique de la Bible
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| 4
Comme [Jésus] se mettait en route, quelqu’un
vint en courant et se jeta à ses genoux devant lui ; il lui demandait
: « Bon maître, que dois-je faire pour recevoir la vie éternelle
en partage ? ». Jésus lui dit : « Pourquoi m’appelles-tu
bon ? Nul n’est bon que Dieu seul. Tu connais les commandements
: tu ne commettras pas de meurtre, tu ne commettras pas d’adultère,
tu ne voleras pas, tu ne porteras pas de faux témoignage, tu ne
feras de tort à personne, honore ton père et ta mère.
». L’homme lui dit : « Maître, tout cela, je l’ai
observé dès ma jeunesse. ». Jésus le regarda
et se prit à l’aimer ; il lui dit : « Une seule chose
te manque ; va, ce que tu as, vends-le, donne-le aux pauvres et tu auras
un trésor dans le ciel ; puis viens, suis-moi. ». Mais à
cette parole, il s’assombrit et il s’en alla tout triste,
car il avait de grands biens.
Evangile selon Saint Marc, 10, 17 à 22,
Traduction Œcuménique de la Bible
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| 5
Notre époque est malheureusement influencée
par une mentalité particulièrement sensible aux sollicitations
de l’égoïsme, toujours prêt à se réveiller
au cœur de l’homme. Dans la vie sociale, de même que
dans les médias, la personne est souvent sollicitée par
des messages qui, de manière insistante, ouvertement ou subrepticement,
exaltent une culture de l’éphémère et de l’hédonisme.
Bien qu’une attention aux autres ne fasse pas défaut dans
des situations de catastrophes écologiques, de guerres ou d’autres
cas d’urgences, il s’avère en général
difficile de développer une culture de la solidarité. L’esprit
du monde affaiblit la tendance intérieure au don désintéressé
de soi aux autres et pousse à satisfaire ses propres intérêts
particuliers. Le désir d’accumuler des biens se fait toujours
plus pressant. Il est évidemment naturel et juste que chacun, grâce
à ses talents personnels et à son travail, s’attache
à obtenir ce dont il a besoin pour vivre, mais le désir
exagéré de posséder empêche la créature
humaine de s’ouvrir au Créateur et à ses semblables.
[...]
À l’homme d’aujourd’hui, souvent
insatisfait d’une existence vide et éphémère,
et recherchant la joie et le bonheur authentiques, le Christ se propose
en exemple pour l’inviter à le suivre. À qui l’écoute,
il demande de dépenser sa vie pour ses frères. [...]
Le service de ceux qui sont dans le besoin peut être
pour «ceux qui sont loin» le chemin providentiel pour rencontrer
le Christ, car le Seigneur rend sans mesure pour tout don fait au prochain.
Message de Jean-Paul II
pour le Carême 2003 |
Quelques questions face aux textes
Pour chacun des textes (numérotés de 1 à 5), nous vous proposons
une série de questions.
Libre à vous de les utiliser ou non dans l'ordre proposé !
1. L’argent : entre désir et devoir
- Ce texte dit-il quelque chose de ma relation et de celles de mes proches
à l’argent ?
- Selon l’auteur, la conception que l’on a de l’argent
dépend de l’origine et des générations. Est-ce
mon expérience ?
- Qu’est-ce que ce « nouvel imaginaire de l’argent »
m’inspire ?
2. Liberté, argent et pauvreté
- Comment mettre en parallèle l’aspect « volontiers magique
» de l’argent, évoqué dans le texte précédent,
et le désespoir des riches évoqué dans celui-ci ?
- L’auteur affirme que la pauvreté peut être associée
à une liberté. Cela me semble-t-il juste ou provocateur ?
- Etre « libre par rapport à l’argent », qu’est-ce
que cela m’évoque ?
3. La richesse : pour quoi ?
- A la place de l’homme riche, qu’aurais-je fait ?
- Qu’est-ce qui arrive à « celui qui amasse un trésor
pour lui-même » ? Qui Jésus met-il en cause ?
- La mort est inéluctable pour tout être humain. Qu’est-ce
que cela peut impliquer sur l’usage de ses richesses ?
4. Ma liberté face aux biens
- « trésor », « grands biens » : comment sont
utilisés ces mots dans le texte ? Comme les reçois-je ? (voir
également dans le texte précédent)
- Pourquoi l’homme riche part-il « tout triste » ? Parce
que « il avait de grands biens » ?
- Que puis-je dire de mon propre attachement aux biens ?
5. Un appel à agir
- Ai-je le même point de vue que Jean-Paul II sur notre époque
?
- Qui pourrait dans mon entourage appartenir à « ceux qui sont
loin » ?
- Quel appel entendre et quelles décisions prendre, quelles actions
entreprendre ?
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Pour aller plus loin, quelques éléments
de bibliographie :
- Les
chrétiens et l’argent, Etienne Perrot, Cahiers
pour croire aujourd’hui, Assas Editions, 1994
- L’argent
dans la Bible, Pierre Debergé, Nouvelle Cité,
1999
- Invitation, plaidoyer pour la gratuité et l’abstinence,
Maurice Bellet, Bayard, 2003
- Le Jubilé et l’argent, Conférence des
évêques de France, 2000 (téléchargeable sur
Internet à l’adresse : http://www.cef.fr/catho/actus/evenements/2000/20000607jubileargent.php)
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