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78ème Semaine Sociale
L'argent
14 - 15 - 16 novembre 2003
à la Maison de la Mutualité à Paris
Les faits marquants du samedi après-midi
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La première conférence de l’après-midi
a été menée par Henri de Castries, président
du directoire d’Axa, deuxième compagnie d’assurances
au monde. Il a évoqué les rôles de l’argent
dans l’entreprise : mesurer, échanger et produire. Pour lui,
l’argent est une « invention majeure et positive, comme la
roue. » Pourtant, il fait aussi partie de la « trinité
diabolique » : pouvoir, gloire et argent. Comment concilier les
deux aspects ?
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La place de l’argent dans
l’entreprise.
L’entreprise est au cœur d’une autre trinité
: actionnaires, clients et salariés y confrontent leurs intérêts
en permanence. Le chef d’entreprise doit « trouver un équilibre
entre ces trois catégories au niveau le plus élevé
possible. » Plus encore, si l’une des catégories est
financièrement lésée, la survie de l’entreprise
est en péril.
Henri de Castries a approfondi la question du niveau des salaires, allant
jusqu’à dire que « l’égalité en
matière de salaire est le contraire de l’équité.
» Car pour lui, « toutes les contributions à l’entreprise
sont respectables, mais toutes sont différentes. »
La fonction financière
Il compare la fonction financière de l’entreprise
au chronomètre du sprinter: c’est un moyen de mesure qui
permet de « s’analyser pour progresser. » Elle est donc
indispensable, mais pas suffisante, la ressource la plus rare de l’entreprise
étant l’homme. Le conférencier affirme la nécessité
de se garder des experts financiers qui recherchent la rentabilité
économique à court terme. Pour ce faire, un seul moyen :
toujours rendre compte aux trois catégories qui se rencontrent
dans l’entreprise, dans la plus grande transparence possible.
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Les rapports des Français
à l’argent
Le conférencier a brocardé les rapports complexés
à l’argent en France et « un modèle social selon
lequel il faut travailler moins pour être plus heureux. »
Sa solution pour faire baisser les inégalités : «
réfléchir à la façon de faire grandir le gâteau
de la croissance avant de le partager le plus équitablement possible.
» Et sa conclusion : « prospérer pour mieux redistribuer
».
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La séance de questions
Chaudement applaudi par une partie de la salle pour sa franchise, Henri
de Castries a aussi été vivement critiqué au travers
des questions de l’assemblée. Sa justification d’un
écart important entre les salaires les plus bas et ceux des patrons
a fait bruisser les travées. Le conférencier a divisé
le public. Pour une partie, « il est bon de sortir de la diabolisation
de l’entreprise ». Pour l’autre, Monsieur de Castries,
a force de s’excuser de choquer, montre qu’il est peut-être
mal à l’aise avec son discours. Seule une personne a jugé
préférable de ne pas prendre parti sur le fond : «
Je remercie Dieu pour votre joli sourire ! »
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| Un conférencier
qui fait réagir
« Scandaleux ! » Nicole de Broin, professeur de philosophie,
a été choquée par l’intervention du président
d’AXA. « C’est en contradiction avec ce qui a été
dit à la conférence du matin. C’est bien d’avoir
plusieurs points de vue, mais les SSF manquent de fil rouge. » Plus
modéré, Robert Fougeas, retraité, aurait préféré
« un patron plus mûr, d’une entreprise moins financière
et plus productive. »
D’autres ont apprécié la sincérité du
chef d’entreprise : « C’est un homme de franchise, qui
donne de bonnes explications du monde de l’entreprise, lance André
Leroy, retraité de La Roche-sur-Yon. Mais je ne suis pas d’accord
avec tout. » « C’est un capitaliste honnête, un
homme de dialogue, affirme Louis Haag, de Lyon. |
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| Pause |
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Argent et pouvoir politique
Deux conférenciers se sont partagé la deuxième intervention
de l’après-midi. Philippe Maystadt, président de la
BEI (Banque européenne d’investissement) et Dominique Strauss-Kahn,
ancien ministre de l’économie et des finances, se sont répondu
sur le thème : « L’argent et la politique : qui commande
? »
Philippe Maystadt a montré que l’argent gagne du terrain
partout : le développement des trafics (travailleurs clandestins,
drogue, embryons…), la marchandisation de la culture, où
le dépôt de brevet sur certains gènes humains le prouvent.
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| Quatre propositions pour réguler
le marché
Si le marché reste le système économique le plus
performant, on attend des autorités publiques qu’elles définissent
des bornes, notamment dans quatre domaines :
- le marché des armes, par l’instauration d’une taxe
internationale sur les ventes, allouée à l’ONU par
exemple.
- les services publics, en créant, en accord avec l’Union
européenne, un ensemble de services minimaux, d’une qualité
déterminée, partout et pour tous à un prix abordable.
- la culture : une convention internationale permettrait de sauvegarder
une diversité culturelle menacée.
- les médicaments : inciter financièrement les laboratoires
pharmaceutiques à faire des recherches pour des maladies concernant
surtout les pays du sud. |
| Mondialisation politique
Dominique Strauss Kahn a abondé dans ce sens. Pour lui, «
il est possible de mettre en œuvre des convictions face aux puissances
de l’argent. » Même si certaines multinationales comme
Wallmart ont un chiffre d’affaires comparable au PIB de l’Autriche,
« les marges de manœuvre des politiques restent grandes. »
Face à une économie globale, il faut mettre en place une
« mondialisation politique. » Notamment, il s’agit de
renforcer et démocratiser les institutions internationales qui
ne fonctionnent pas comme il faut. L’OMC, le FMI et la Banque mondiale
doivent être capables de construire des politiques mondiales.
Y a-t-il une volonté suffisante pour mettre ces institutions en
place ? Dominique Strauss-Kahn pense que les dérives des dernières
décennies vers une course effrénée au profit et l’accumulation
sans règle sont derrière nous. Il croit en un « réarmement
moral de la démocratie. » |
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| Il définit quant à lui quatre
lignes rouges:
- refuser le financement des partis politiques par les entreprises
;
- ne pas abandonner les besoins sociaux au marché ;
- refuser l’idée qu’il y a « des inégalités
nécessaires », et les combattre à la base, c’est-à-dire
dès l’école ;
- associer les salariés aux choix de l’entreprise pour
aller vers une démocratie économique.
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Questions et réactions
La relation hommes politiques / argent a suscité
plusieurs questions. Dominique Strauss Kahn a estimé que les hommes
politiques sont payés convenablement, mais manquent de moyens pour
travailler. Il a critiqué le fait que les hommes politiques issus
de l’administration puissent regagner ses rangs après leur
mandat, quand les hommes politiques issus du privé n’ont
pas de garantie au retour. « C’est nécessaire d’avoir
plus de personnes de l’entreprise en politique ». |
| Les commentaires sur la conférence ont été
plutôt élogieux : « les intervenants ont donné
l’impression d’avoir des solutions pour encadrer le marché
», affirme Dominique Bousson, retraité à Lyon. François
Fontaine a regretté que les intervenants appartiennent à la
même tendance politique. Mais ce fonctionnaire du conseil régional
de Haute-Normandie a apprécié les interventions : «
C’est bien d’envisager que la politique l’emporte sur
l’économie. » |
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Trois grands témoins
Pour les ateliers de l’après-midi, les semainiers
avaient le choix entre sept propositions. Trois grands témoins
ont évoqué leur expérience personnelle. Dans une
salle bondée, Jean-Baptiste de Foucauld, président de SNC
(Solidarités nouvelles face au chômage) et plusieurs intervenants
réunis par ATD Quart-Monde se sont exprimés sur la question
: « Privation et partage : comment construire un développement
solidaire ? ». « Peut-on réguler le capitalisme ? »
était le sujet traité par Michel Prada, ancien président
de la COB (commission des opérations boursières). |

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Myra Daridan, membre du conseil économique et social,
a évoqué les rapports entre l’Islam et l’argent.
Devant une assistance nourrie, elle est revenue au texte du Coran pour
montrer à quel point l’argent est présent dans sa
religion. L’aumône est l’un des cinq piliers de l’Islam,
tandis qu’en arabe, Dieu se dit « ghani », ce qui signifie
à la fois « le riche » et « qui protège
du besoin ».
Deux carrefours et deux forums
Deux carrefours étaient aussi proposés : « Argent
et rémunération » et « Les placements éthiques.
» Et deux forums sur les « Associations de loi 1901 et l’argent
» et « L’argent de poche des enfants ». Beaucoup
de personnes assistaient à ce dernier forum, animé par Anne
Furst, journaliste à Okapi. Partant d’un échantillon
de 200 réponses à un questionnaire d’Okapi sur l’argent
de poche, elle est revenue sur les différents moyens de gagner
de l’argent de poche et de l’utiliser. Les parents présents
ont débattu de l’âge auquel commencer à donner
de l’argent de poche, du montant, des contreparties…
Verre de l’amitié
La journée s’est achevée autour d’un verre
de l’amitié. Les participants étaient largement satisfaits
du programme : « J’ai apprécié la diversité
des points de vue, affirme Philippe Kloechner, aumônier d’étudiants
à Clermont-Ferrand. Il y a plusieurs opinions, ce qui stimule la
réflexion ». Pour Michel Pierre, de Paris, « il n’y
a pas de langue de bois : on pose les bonnes questions et on essaye d’apporter
des réponses concrètes, proches du terrain. » Agnès
et Annick, deux retraitées du Morbihan, parlent d’une seule
voix : « Au carrefour d’ATD Quart-Monde, nous avons écouté
des témoignages rappelant qu’existe la misère dans
notre monde d’abondance. » |
Vincent de Longueville
Centre de Formation des journalistes.
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