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78ème Semaine Sociale
"L'argent"
14, 15 et 16 novembre 2003
à la Maison de la Mutualité à Paris
L’argent et ATD Quart-Monde
Lorsque l’on pense à l’argent, à son
utilisation, à son emploi, comme se le proposent les Semaines Sociales
de France, chacun pense d’abord à la richesse, à ceux qui
la produisent, à la finance, à l’entreprise, à la
consommation, et à tant d’autres thèmes qui sont au menu
des journées de novembre 2002. Mais que pourrions-nous dire de l’argent
si, délibérément, nous prenions le contre-pied, et que
nous abordions notre réflexion en partant du point de vue de ceux qui
en manquent désespérément, et réellement, et de
manière chronique ?
D’abord, sans doute, une découverte : l’argent, obsession
de certains « riches », est une obsession pour les très
pauvres. « Ce qui me surprend toujours, malgré les années écoulées,
c’est que mes parents ne parlaient que d’argent. Eux qui n’en
avaient pas, se disputaient presque sans relâche à cause de lui.
Quand quelque argent rentrait au foyer, ils se querellaient sur la manière
de le dépenser. Plus tard, quand maman sera seule, ce sera toujours
d’argent qu’elle nous parlera. (…) Lorsque les êtres
ont faim et sont dans le besoin, ne compte que ce qui peut combler le manque.
Il en est toujours ainsi, et dans les zones grises qui entourent nos villes,
les intérêts, les disputes, les échanges se ramènent à des
questions d’argent » (1). Ces paroles du père Joseph
Wresinski décrivent de manière saisissante l’obsession
de l’argent
qui oppresse ceux qui en sont privés. Nous sommes au delà de
l’inégalité, dans une insécurité sociale
telle qu’aucun projet ne peut même être esquissé,
sinon comme un rêve totalement inaccessible.
En ces temps où la sécurité ( des biens, des personnes,
de la société dans son ensemble) est une autre obsession, il
est bon de se rappeler que la 1ère de toutes les insécurités
est l’insécurité sociale dans laquelle demeurent plongées
des centaines de milliers de familles dans notre pays, des millions d’européens,
des milliards d’êtres humains.
Cette insécurité paralyse tous les efforts engagés pour
se libérer de la misère. L’urgence – aller quérir
un secours, aller « chiner », accepter un petit boulot non déclaré – vous
fait renoncer à la formation professionnelle à laquelle vous
aviez eu difficilement accès. L’absence de réserves financières
rend problématique l’accès à un nouvel emploi :comment
faire en attendant la 1ère paie, alors que se remettre au travail génère
de nouveaux coûts, tel l’habillement, le transport, la cantine,
la santé qu’on avait longtemps négligée… Le
crédit est inaccessible, ou alors c’est l’usure, le surendettement,
l’huissier, la saisie sur salaire qui vous fait mal considéré par
votre employeur et vos collègues de travail.
Cette analyse sommaire, qu’il conviendrait de développer, nous
conduit à proposer que dans le vademecum et ultérieurement dans
le « Manifeste de l’argent serviteur », les Semaines Sociales
de France incluent l’urgente nécessité de libérer
les plus pauvres de l’obsession de l’argent. Le manque chronique
d’argent fait d’eux les esclaves de celui-ci : il n’est pas à leur
service, ils sont sous sa férule.
Cette libération ne peut se faire que si nous assurons à tous
les êtres humains, parce qu’ils sont humains et pas en fonction
de leurs soi-disant mérites, une sécurité de base, pour
eux et pour leurs familles, qui ne soit pas calculée au plus juste,
au niveau de la survie, mais qui soit pour eux un véritable tremplin
vers l’emploi, vers la participation culturelle et sociale, vers l’ensemble
des champs variés de l’activité humaine, y compris la spiritualité,
elle aussi compromise quand jour après jour, nuit après nuit,
vous vous demandez : « Que mangerons-nous demain ? Que donnerai-je à manger à mes
enfants demain ? »
Jean Tonglet
Directeur de la Revue Quart Monde
Septembre 2003
1. Wresinski Joseph, « Les pauvres sont l’Eglise »,
Entretiens avec Gilles Anouil, Le Centurion, Paris, 1983, pp. 8 et 9.
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